Dans l’enceinte de l’opéra, le danseur originaire de Guyane Bboy Danny a su éliminer ses adversaires tour à tour jusqu’au sacre : le titre individuel dans la catégorie homme de la Snipes Battle Of The Year, qu’il a remporté vendredi 16 novembre à Montpellier.  Un trophée qui vient s’ajouter aux nombreux titres qu’il a glané aux niveaux national et international avec le Vagabond Crew, l’équipe dont il est issu.

Danny a quinze ans lorsqu’il commence le breakdance en 2003 dans la commune de Saint-Laurent-du Maroni au nord-ouest de la Guyane, à la frontière avec le Surinam. C’est par le biais de son cousin que va naître le goût de la danse chez l’adolescent : « Je savais que mon cousin prenait des cours de break et je suis passé accidentellement devant la salle d’entraînement une fois. J’ai assisté au cours sans y participer, j’ai demandé plus d’informations à mon cousin pour venir aux entraînements les semaines suivantes. Le lendemain, je suis revenu avec mes baskets et je me suis présenté à l’intervenant qui donnait cours dans ma ville, » se remémore-t-il.

De la Guyane à la métropole

C’est le déclic pour Danny : le jeune danseur assiste à chaque entraînement avec assiduité et se met à rêver de la métropole dans l’espoir d’y faire carrière : « En 2008, j’ai décidé de venir en métropole pour poursuivre mes rêves en quelque sorte, du moins essayer de vivre de la danse. Je suis venu sur Paris. Au début ça été un peu dur vu qu’il m’a fallu un certain temps pour m’acclimater à la capitale » raconte-t-il.

Par la suite, Danny et quelques-uns de ses amis de l’époque décident de monter un crew de danseurs nommé 97X, qui a la particularité d’être composé uniquement de Bboys antillais. Danny et son équipe enchaînent les battles dans la capitale puis dans quelques villes de France, ce qui lui permet d’avoir une certaine visibilité dans le milieu.

Lorsque tu t’entraînes aux côtés de gens expérimentés, tu ne peux que progresser

Tout s’enchaîne pour Danny : il rencontre le Bboy Lil’Kev, membre du groupe Phase T, avec lequel il s’entraîne à quelques reprises : « Le lien a fonctionné entre lui et moi et puis on est devenu potes. Du coup, je suis venu aux entraînements de leur équipe, et petit à petit je suis rentré dans le crew ». En intégrant Phase T, Danny accélère son ascension : Phase T est un crew internationalement reconnu, vainqueur à de nombreuses reprises de la Battle Of The Year : « Rejoindre cette équipe m’a permis d’avoir de l’expérience : lorsque tu t’entraînes aux côtés de gens expérimentés, tu ne peux que progresser. Ils m’ont forgé un mental, ce qui fait qu’aujourd’hui j’ai un mental de guerrier qui me pousse à aller jusqu’au bout à chaque fois, » explique-t-il. Quelques années plus tard, Phase T se renomme Infamous, mais l’ossature du crew reste la même. En étant membre à part entière de l’équipe, Danny décroche ses premiers titres mondiaux et nationaux et est amené à se produire à l’étranger. Une véritable chance qui pour celui qui a quitté sa Guyane pour réaliser son rêve.

Le Vagabond Crew, un tournant

En 2015, Danny rejoint l’emblématique Vagabond Crew, vainqueur de nombreux titres aux niveaux national et international : « Le Vagabond est une grosse écurie. L’équipe a été créée au tout début des années 2000, et aujourd’hui avec le crew, on représente la troisième génération. ». L’entrée dans le Vagabond Crew marque un véritable tournant dans la vie de Danny. L’équipe lui permet de se perfectionner encore et de s’affirmer, comme il l’explique : « Je me suis beaucoup plus affirmé, mon caractère et mon mental se sont endurcis. Aujourd’hui, je vois les armes que j’ai, j’ai l’impression de partir à la guerre avec un bazooka (rires), ils m’ont insufflé cette confiance ».

Comme la compétition revenait en France, je me suis dit qu’il n’y avait pas moyen que ce ne soit pas la France qui gagne

Vendredi à l’opéra de Montpellier, Danny a remporté la battle of individuel en catégorie 1 vs 1 pour le grand bonheur du public et de ses coéquipiers, venus en nombre pour l’encourager : « Tout le crew était derrière moi, j’ai senti une véritable armada, ce qui m’a poussé à puiser dans mes ressources et à aller chercher le titre. En plus, comme la compétition revenait en France, je me suis dit qu’il n’y avait pas moyen que ce ne soit pas la France qui gagne. Je n’ai pas eu le temps de réaliser, vu que j’ai dû enchaîner avec la compétition par équipe » confie-t-il.

Danny ressent toujours la même joie à l’idée de défendre le drapeau tricolore à chaque compétition, et prend conscience du privilège qui lui est donné : « Je ressens à chaque fois la même fierté de représenter le drapeau tricolore. Je sais que beaucoup auraient aimé être à ma place et cette place, je l’ai gagnée en travaillant et en remportant les qualifications, » dit-t-il avec émotion.

J’essaie de ramener en Guyane le maximum d’expériences que j’ai engrangées en métropole et dans le monde pour les aider

Néanmoins, le danseur né en Guyane n’oublie en rien ses racines, puisqu’il retourne aux Antilles deux fois par an, notamment pour y faire un travail associatif et donner des cours aux plus jeunes : « J’essaie de ramener en Guyane le maximum d’expériences que j’ai engrangées en métropole et dans le monde pour les aider. Je sais que c’est dur là-bas, j’y ai vécu, je sais ce que c’est. Ça avance doucement, vu que je ne suis pas là tout le temps, mais ça avance. Chaque fois que j’y retourne, je vois de nouvelles têtes, et pour moi, c’est comme si j’entraînais mes petits frères. On vient du même endroit, on parle le même créole, et puis quand j’avais leur âge, j’aurais aimé qu’un danseur de chez nous puisse avoir ce rôle-là. J’espère qu’il y aura d’autres générations après moi qui vont arriver. »

Félix MUBENGA

Crédit photo : © Elsa GOUDENEGE

Pour suivre Bboy Danny sur Instagram : @danydann97

Articles liés

  • « Freda » : Ôde à la résistance haïtienne et féminine

    Présenté dans la catégorie Un Certain Regard et deuxième film haïtien à être présenté au festival de Cannes depuis 1993, Freda est un film important et immersif sur la jeunesse féminine haïtienne telle qu’elle est. Analyse et interview de la réalisatrice Gessica Généus.

    Par Farah El Amraoui
    Le 18/10/2021
  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Amina Lahmar
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021