C’est en voyant la bande-annonce sur Facebook qu’on a décidé de contacter l’équipe. Les réseaux sociaux, c’est là aussi que tout a commencé pour ce film, là que l’histoire s’est nouée. C’est là que, derrière son ordinateur, Massyl Kasri a écrit la première ligne de ce qui deviendrait son histoire, mise en image par Mohamed Ouaddah et Souleymane Boel dans Belles paroles, un court-métrage qui le raconte.

Au départ, Massyl contacte Mohamed via les réseaux sociaux, intéressé par ses supposées connections avec le monde du hip-hop. Mais le quarantenaire, désormais acteur, s’est éloigné du milieu. Ils discutent et ce dernier lui laisse entendre qu’un jour, peut-être, son avenir passerait par le cinéma et la réalisation. Ça tombe bien : Massyl a une histoire à raconter. Celle d’un jeune homme de 24 ans, originaire de Meaux, né avec une infirmité motrice cérébrale, à l’élocution difficile mais à la volonté si forte.

Son histoire et ses problématiques parlent d’emblée à Mohamed. « Mon grand frère était handicapé, raconte-t-il. Ce film, c’est aussi un peu lui rendre hommage. » Mohamed propose à Massyl, qu’on appelle « le Mexicain », de le mettre en relation avec Souleymane Boel, un ami auteur et scénariste. Nous sommes en décembre en 2017 et les deux quadras partent à la rencontre du jeune homme à Meaux.

Un très bon film fait sans argent

L’occasion de se parler, de se raconter. « Au cours de la discussion, je me rends compte que Massyl réalise en parallèle un projet de compil’ avec le rappeur vitriot Zesau que je connais bien, explique Mohamed. C’est tout simplement cette histoire qu’on a décidé de raconter. » Pendant deux ans, Souleymane et lui font jouer les connexions, trouvent les comédiens et les techniciens.

Parmi eux, Nadja Noui et Jean Philippe Badckot, présents le jour de notre rencontre. Elle joue le rôle de la mère de Massyl, lui celui d’un rappeur pas sympa. Tous y vont avec le cœur, sans compter leurs heures de travail… Ici, tout est bénévole. A voir le rendu final, on a du mal à y croire tant le film n’a rien à envier à certains de ses concurrents d’autres catégories.

Belles paroles est un film émouvant, vrai et ancré dans la réalité. Loin des clichés sur la banlieue, le monde du rap ou le handicap. Un film sans fioriture dans lequel Massyl joue son propre rôle. Ce film, c’est « un moyen de faire passer le message qu’une personne handicapée peut faire des plus grandes choses qu’une personne valide », nous explique le jeune homme, qui a beaucoup travaillé son élocution avec son orthophoniste pour le tournage.

Il est dans la vie comme dans le film

« Massyl, il est trop déter, sourit Souleymane. Il est à la fois déterminé, rigoureux, travailleur, et parfois même envahissant ». Nadja renchérit : « Il est enfermé dans son corps, mais dans sa tête ça va à cent à l’heure. » Une singularité que confirme le réalisateur : « Massyl, il est dans la vie comme dans le film. C’est cette authenticité que je voulais retranscrire. C’est aussi pour cela que je laissais beaucoup de latitude aux acteurs. Je voulais qu’ils retiennent l’idée mais qu’ils la mettent à leur sauce. »

C’est d’ailleurs ce qu’a fait Jean-Philippe dans une scène où il lance une vanne improvisée sur les handicapés. Aujourd’hui, le comédien se justifie en rigolant : « C’est Massyl qui m’a dit d’être un vrai enfoiré ! » 

Belles paroles, c’est un film réalisé par des banlieusards, en banlieue et avec les moyens de banlieue, c’est à dire beaucoup de talent mais pas d’oseille. La débrouillardise et les bonnes connexions ont fait le reste. Un film émouvant, mais qui ne tombe pas dans le pathos. Une belle histoire à aller voir, pour changer son regard sur le handicap.

Céline BEAURY

Belles paroles, lundi 9 mars à 20h à l’espace Paul-Eluard, 93240 Stains

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