C’est une danse maléfique, qui emporte dans les méandres de l’âme. Une danse comme un tourbillon, où le corps se détend, s’élance, s’embobine, se fige. Elle est là, gracieuse, dans les eaux dangereuses du Lac des Cygnes. Nathalie Portman est Nina, une timide danseuse du New York City Ballet. Des années que la rigueur la contraint à se lever, s’étirer, s’échauffer… Des années qu’elle est un petit rat d’opéra, jamais distribuée dans les grands rôles. Cloitrée dans une salle aux barres parallèles et aux miroirs aux mille reflets. La nuit, encore chez sa mère, elle se couche dans sa chambre. Les murs sont roses. Nina est une gamine sage, qui n’a pas grandi et que la routine de la vie a prise dans ses filets.

Vincent Cassel interprète le directeur de la troupe, chorégraphe de renom. Il veut mettre en scène le Lac des Cygnes de Tchaïkovski, un des ballets les plus joués et aimés du public. Son cygne sera blanc et noir, gentil et mauvais, aimé et détesté. Il sera la pureté et la débauche, le rêve et le cauchemar. Un rôle convoité par toutes les danseuses. Nina voit l’occasion rêvée d’être propulsée Grand Cygne… Mais il manque à la gamine le côté rebelle et traître du cygne noir. Cassel veut la corrompre, la rendre haineuse. Il lui demande de se masturber, de se découvrir, de devenir une véritable garce.

Le film est sombre, souvent noir (on est toujours dans le macabre quand les productions hollywoodiennes se vautrent dans l’horreur), alternant entre chorégraphies poétiques, musique enivrante du Lac des Cygnes et scènes effrayantes. On en a parfois des frissons, on en retient sa respiration. « Black Swan » est un film éprouvant, qu’on vit, qu’on ressent intensément. C’est un film principalement haletant et toujours mélodique. Nathalie Portman y excelle. Darren Aronofsky, le réalisateur, nous transporte dans son univers étrange, aux allures fantastiques, et on y plonge.

« Black Swan » n’a pourtant pas le destin tout tracé d’une grosse production américaine. Un film sans grandes cascades, sans histoires vagabondes dans les villes du monde, sans héros, sans gadgets, sans explosifs. Et pourtant ! Et pourtant, ici et là, « Black Swan » devient un film populaire, qu’on télécharge, qu’on se passe, qu’on échange avec les derniers épisodes de « Dr House ».

Un film que certains jugent « élitiste », mais qui est en passe de devenir une œuvre regardée et admirée de tous. C’est un thriller psychologique qui fait salle comble, un chef-d’œuvre qui casse les codes et les barrières du cinéma psychologique. Qui invite tout le monde dans sa danse. « Black Swan » séduira par sa frayeur, par sa beauté, par ses scènes atrocement érotiques, peu importe la ou les raisons. Mais il virevoltera, jusqu’à étourdissement.

Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah

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