Hadidja Shona, une jeune poétesse de 20 ans, nous offre Bloom on the Ocean, comme second ouvrage. Le recueil autoédité, disponible à partir du 30 juillet, est un voyage d’introspection passionnant qui mêle réflexion sur l’amour, mélancolie et espoir. Une invitation à se laisser transporter par les vagues de la poésie en plein été.

Être une artiste musulmane et noire sans forcément militer

Âgée de 20 ans, cette jeune femme passionnée décide à nouveau de se lancer dans l’écriture d’un recueil et de l’autoéditer. La poésie comme moyen d’expression, c’est ce que Hadidja Shona a choisi depuis ses années de prépa littéraire : « on lisait et on étudiait de la poésie. J’ai tout de suite aimé l’action de retranscrire une émotion brute à travers des métaphores et d’y mettre des silences. »

La poésie, je l’ai connue à travers Musset, Verlaine, donc des hommes blancs.

Un choix pour lequel l’artiste a longtemps douté en raison du manque de représentativité des femmes noires et musulmanes dans le domaine. Une volonté, aussi, pour elle de vouloir parler d’émotions sans pour autant devoir militer ou parler de racisme ou d’islamophobie.

« La poésie, je l’ai connue à travers Musset, Verlaine, donc des hommes blancs. Étant dans une situation d’urgence politique en raison de nos conditions de femmes et de non-blancs, j’ai eu l’impression qu’il fallait toujours militer même dans notre œuvre. Avoir le besoin de défendre, de militer comme si je n’avais pas le droit d’écrire sur mes émotions seulement. J’avais envie d’en parler comme un homme hétéro blanc le ferait. »

L’image de la rose pour évoquer les maux

Sans pagination, sans chapitre ni sommaire, Hadidja Shona invite le lecteur à s’arrêter sur un vers, une émotion. Ainsi, sans être contraint par les choix de l’auteur, il peut au contraire voguer à sa guise à travers l’œuvre.

La rose blanche laisse une grande liberté de sentiments et d’interprétation.

La métaphore de la rose blanche est filée tout au long du recueil. Une image choisie minutieusement par la poétesse, pour que chaque lecteur ou lectrice puisse s’y identifier. « Le choix de la rose blanche était évident. Elle a un centre autour duquel plusieurs pétales s’imbriquent comme une personne et tous les pans de sa personnalité. On offre toujours des roses sans réellement savoir pourquoi. La rose blanche laisse une grande liberté de sentiments et d’interprétation. C’est une déclaration d’amour, un cadeau d’amitié, mais aussi un moment de deuil. Je m’y identifie car elle représente au mieux l’être humain », explique Hadidja Shona. Au fil des vers, cette rose est écorchée par les vagues brutales de la vie mais le recueil conclut sur l’espoir d’un renouveau possible.

La rose blanche : le fil rouge du recueil de poésie de Hadidja Shona

Inviter à faire son introspection et à redéfinir les émotions

D’après l’artiste, il est important « de mettre nos émotions au centre, se rendre compte de soi en tant qu’humain pour être utile au collectif ». L’invitation proposée par Hadidja Shona au long de Bloom on the ocean est aussi un moyen de se remettre au centre de sa vie. Se connaître et se rendre compte de l’importance de ressentir une émotion aussi forte que l’amour, la tristesse ou même la quiétude.

C’est impressionnant que l’amour dans la poésie soit toujours lié à une vision hétéro-normée.

À travers ses vers, elle évoque les vagues d’émotions que chaque âme a pu connaître. Des émotions souvent mal définies ou mal comprises comme l’amour ou la solitude. L’amour est un des éléments importants du recueil. Hadidja le redéfinit au sens plus large « On m’a dit que je ne pouvais pas écrire sur l’amour tant que je n’étais pas tombée amoureuse d’un homme. C’est impressionnant que l’amour dans la poésie soit toujours lié à une vision hétéro-normée. On peut connaître l’amour pour soi, pour ses amis ou sa famille».

J’ai appris à aimer être seule et même à y trouver du plaisir lorsque j’écris par exemple

Dans Bloom on the ocean, on apprécie aussi la solitude, d’ordinaire perçue comme une fatalité. La poétesse invite à la voir par un prisme nouveau, celui de l’introspection, du lien précieux que l’on peut créer avec le divin. « Mettre en avant la solitude comme un moment bénéfique et plaisant est important. Je la voyais négativement mais j’ai appris à aimer être seule et même à y trouver du plaisir lorsque j’écris par exemple. Écrire, c’est aussi une forme de prière. Le religieux à une place importante dans mon écriture. Je renoue les liens avec ma spiritualité », conclut Hadidja Shona.

Bloom on the ocean nous permet de se laisser aller à la lecture, sans injonction. De faire une pause silencieuse dans l’océan des émotions.

Kamelia Ouaissa

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