Qui a dit que les arts urbains ne s’apprenaient que dans la rue ? Qui a dit que l’on ne pouvait pas consacrer un lieu à toutes les disciplines urbaines ? Pas le Canal 93 en tout cas ! L’ambiance y est bonne ce dimanche après-midi quand arrivent les premiers visiteurs de la toute nouvelle école. Vers 15 h comme prévu, la salle est remplie. Ados, adultes, hommes et femmes ont répondu présents pour découvrir la discipline qui leur ressemble.

Nous souhaitons voir naître des acteurs culturels qui viennent des milieux populaires et représentent la France

Tout a débuté après les mots de bienvenue de Rachid Ziani, le directeur de Canal 93, cette structure de musique qui héberge l’école. Il ne cache pas son plaisir et en profite pour rappeler l’objectif : « Notre but premier est d’ouvrir un espace, une pépinière d’artistes. Ici, les talents sont divers. Ils ne sont pas uniquement dans le domaine du sport. Ainsi, nous voulons répondre aux besoins de la population. Aujourd’hui, les demandes tournent au tour des activités urbaines. Pour cela, on sollicite toutes les associations qui œuvrent dans tous les secteurs pour qu’ensemble nous puissions travailler. Nous organisons des mastersclass avec des thématiques différents qui permettront de tisser des liens sociaux et de recréer une cohésion sociale. Nous souhaitons voir naître des acteurs culturels qui viennent des milieux populaires et représentent la France ailleurs. »

Rachid Ziani, le directeur de Canal 9, nous reçoit le jour de l’inauguration de l’école des arts urbains à Bobigny

Le but de la journée est de donner la possibilité à tous les habitants des quartiers populaires de s’initier à des activités culturelles dont ils pouvaient ignorer l’existence. Pour toucher un public aussi large que possible, l’équipe de Canal 93 a choisi de travailler avec des animateurs, des éducateurs et des formateurs qui ont su montrer leur détermination et leur conviction à aider les jeunes, à les tirer vers le haut et à les sortir des clichés de la banlieue qui produirait uniquement footballeurs et humoristes. Les ateliers sont accessibles dès 12 ans.

Nous voulons d’abord que tous les jeunes aient un accès à la culture au cœur du 93

« Nous voulons d’abord que tous les jeunes aient un accès à la culture au cœur du 93, précise Ladji, un jeune homme d’une trentaine d’années, responsable du pôle danses. Notre ambition est de faire en sorte que la Seine-Saint-Denis devienne une pépinière de talents. Nous voulons que ce département rayonne d’une manière positive par la culture. C’est pour cela que nous invitons tout le monde, même si nous nous adressons surtout aux jeunes, à venir s’impliquer », plaide-t-il avant de remercier la mairie de Bobigny qui soutient l’initiative en mettant des locaux à disposition.

Diamantaire est, lui, un jeune humoriste de 27 ans, originaire de Bobigny . Ici, il gère le pôle humour. Difficile de le regarder les yeux dans les yeux sans tomber rapidement dans une rigolade. « Mon but est d’abord de permettre à un maximum de jeunes de s’épanouir dans la culture qu’ils aiment, dans l’art qu’ils aiment et ensuite, de travailler avec eux pour en faire des professionnels quand ils savent ce qu’ils veulent faire. Durant toute l’année, on organisera des cafés-théâtres où les jeunes font face à un public. Il s’agit de leur faire découvrir cette confrontation, qu’ils s’imprègnent très vite de ce milieu de l’humour sur scène », affirme-t-il.

Enseigner les bases du théâtre

Un jeune homme croisé dans l’espace occupé par le pôle théâtre et cinéma a le sourire aux lèvres. Il demande des renseignements pour y participer. Il assure vouloir faire du théâtre. Il est le bienvenu car il répond exactement aux critères fixés par les responsables du projet. « On veut apprendre aux jeunes les bases du monde du cinéma et du théâtre : l’improvisation, l’articulation, comment se tenir en scène, les entrées et les sorties… Nous voulons donner une chance à ses jeunes qui veulent être accompagnés en les soutenant et en les formant. Et nous démarrons tôt puisque nous avons des ateliers d’éveil qui s’adressent aux tout petits », s’explique l’équipe théâtrale.

L’équipe théâtre de la nouvelle école des arts urbains à Bobigny

Un projet ambitieux dans un secteur où il n’est pas facile de bousculer les habitudes.  Mais l’union faisant la force : Rachid, la direction de Canal 93 et les acteurs de la culture sont persuadés d’une chose : que les talents des jeunes peuvent porter haut la culture au même titre que le sport.

Kab NIANG

Articles liés

  • Hip-Hop 360 : La philharmonie de Paris met le rap sur le devant de la scène

    Le Hip-Hop mondial et francophone a pris ses quartiers pour plusieurs mois, jusqu'au mois de juillet prochain à la Philarmonie de Paris. L'exposition "Hip-Hop 360" met à l'honneur un mouvement culturel longtemps dénigré par institutions et politiques, qui a fini par s'imposer aux yeux du monde entier. Reportage.

    Par Félix Mubenga
    Le 18/05/2022
  • Younès Boucif : « L’humour, un moyen de dire des choses en avance »

    Révélé au grand public avec la série Drôle, Younès Boucif a déjà une carrière bien lancée et ne compte pas s’arrêter là. Si Netflix a décidé que la série n’aurait pas de saison 2, l’artiste de 27 ans originaire de la banlieue de Rouen, a des projets plein la tête. Écriture, humour, prochain album, projet hollywoodien… On a discuté de tout ça avec Younès. Entretien.

  • Des K7 au streaming, Driver raconte son histoire du rap

    Paru le 25 mars dernier chez Faces Cachées Éditions, l’autobiographie du rappeur Driver, co-écrite avec le journaliste Ismael Mereghetti a beaucoup plus à notre contributeur Ryan Baruchel. Dans ce livre on découvre l’évolution du mouvement Hip-Hop français depuis les années 1990. Un livre qui démonte les clichés du rappeur, instaure des messages fort et raconte la vie d’un homme. Rencontre.

    Par Ryan Baruchel
    Le 04/05/2022