L’exposition « Bande dessinée et immigration : 1913-2013 » retrace le phénomène migratoire dans le 9e art, à travers le temps et les œuvres de dessinateurs immigrés ou fils d’immigrés. Une exposition ludique, colorée, riche et passionnante présentée par le musée de l’histoire de l’immigration jusqu’au 27 avril 2014, à Porte Dorée.

En montant les escaliers qui mènent à l’exposition, une fresque chronologique parcourt de 1789 à 2007 l’histoire et la politique de l’immigration française, un petit rafraîchissement historique de bon augure. Arrivée à l’étage, des voix résonnent : « Sur le port du bateau, je regardais Alger s’éloigner, c’était en 1962 », des films défilent sur des grands écrans, des valises disposées dans des vitrines, un lit superposé à 6 étages dans une chambre reconstituée, des photos d’exil sont accrochées au mur. Ça met dans le bain. Puis, on rentre au cœur de l’exposition « Albums ».

Plus de 400 pièces et documents originaux, planches de BD, esquisses et croquis, entretiens filmés, photographies font la synthèse d’un siècle d’immigration dans la bande dessinée. Née au XIXe siècle, la bande dessinée a accompagné les grands mouvements de populations de l’Histoire contemporaine. À travers les Comics, la BD reportage et l’autofiction, sont illustrés évolutions et parcours des migrants.

Divisée en trois séquences, elle permet de distinguer à travers les différentes périodes de l’histoire, les figures emblématiques de la Bande dessinée. Ces dessins reflètent les histoires de ces immigrés ou fils d’immigrés, un 9e art qui reste toujours préoccupé par les problématiques de son temps en adéquation avec l’actualité notamment avec la BD reportage.

Sur des murs blancs tâchés de bulles fuchsia, jaunes, bleues, comme au cœur d’une BD à taille humaine, s’entremêlent histoires intimes et témoignages historiques d’immigrés des Amériques, d’Afrique et d’Asie. La première retrace travaux et parcours des précurseurs américains, comme McManus, immigré irlandais (Bringing up Father ) et Goscinny, immigré italien, qui abordent le thème de l’immigré en terre inconnue avec humour et dérision. Munoz, dessinateur argentin, quant à lui, opte pour un ton plus grave pour aborder la souffrance du déracinement des argentinq venus émigrer en Espagne (Sueurs de Métèques ).

La génération suivante de Bilal et Boudjellal défend la mémoire de l’immigration. Dans Les soirées d’Abdullah, sous la mine de Boudjellal, l’humour noir dénonce le racisme. Bilal avec États des stocks quitte sa terre natale, la Yougoslavie, un sac sur le dos, poids de son exil. Satrapi, Pahé ou Oubrerie, illustrent une société mondialisée, « la planète nomade » où tout circule, surtout les hommes.

La deuxième envisage la question de la représentation. Récits de vie, science-fiction, western, BD reportage à mi-chemin entre fiction et actualité, tous les genres et les formes sont utilisés et utiles pour montrer, raconter, dénoncer et même parfois avertir, des dangers et risques de l’immigration clandestine.

Le départ, l’arrivée, parfois le retour, les différentes phases migratoires sont démystifiées dans la troisième et dernière séquence, explicitement ou sous forme de métaphore. Douleur du déracinement, rejet, stigmatisation, racisme, régularisation des sans papiers, toutes ces problématiques majeures ternissent les illusions de ces hommes et de ces femmes qui aspiraient à une vie meilleure en quittant leur terre natale.

Pour clôturer l’exposition, par une métaphore universelle du migrant, Là où vont nos pères de Shaun Tan, dépeint des « photos portraits » d’immigrés inconnus appelés un jour à plier bagages. « Albums », c’est prendre un billet pour traverser l’Histoire à travers ces destins d’immigrés ou de fils d’immigrés et se plonger dans la réalité de leurs histoires. Partir, arriver, parfois repartir. Ces destins d’immigrés, représentatifs de plusieurs générations, laissent parfois un goût amer. On n’en ressort pas indemne.

Myriam Boukhobza

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