Le festival de Cannes, c’est magique. Qui n’a jamais rêvé de côtoyer la jet-set, d’être invité dans les bling bling partys où le champagne coule à flots avec des filles, toutes plus plantureuses les unes que les autres ? Je vous arrête tout de suite ! Je ne vous parlerai pas de tous ces aspects superficiels que notre chère société occidentale de consommation et de l’apparence veut hisser au rang de valeur symbole. Non, j’ai tout simplement eu la chance de discutailler avec un ami passionné de cinéma, Florian Lapôtre (photo). Grâce à lui, j’ai pu vivre un festival de Cannes inédit, le sien, celui qu’il a vécu, un Cannes off. Quelle aventure ! Faut que je vous raconte.

Reprenons du début : Flo tient un blog depuis deux ans, www.filmgeek.fr, qui a acquis une certaine notoriété. Le 14 juillet 2008, Flo obtient via son petit réseau qu’il a tissé minutieusement le scénario du prochain film de Quentin Tarantino, « Inglourious Bastards ». Dans la seconde qui suit, Flo le met en ligne sur son blog. C’est alors qu’il reçoit, le jour même, un e-mail des avocats des producteurs du futur film de QT, les frères Weistein de la Weistein Company, ces derniers étant les anciens patrons de Miramax, distributeur emblématique de Tarantino. Ils somment Flo de retirer le scénario de son blog. Mais le « buzz » est lancé. Du coup, le soir, quand il envoie un e-mail aux avocats leur assurant qu’il a retiré le scénar de QT, celui-ci circule sur la Toile : « C’est la magie d’Internet, rien ne disparaît. Ça a été un honneur que les frères Weinstein prennent contact avec moi. »

Dès lors, il n’a plus d’écho mais continue de suivre l’actualité du film, « news après news ». Et coup de chance, Flo apprend entre-temps que le film est sélectionné pour le festival de Cannes 2009, et « les premiers échos du film sont ultra-positifs ». « En partie grâce au buzz d’Internet, mon blog a commencé à être un peu plus connu et j’ai eu pas mal d’opportunités. » L’une des ces « opportunités » est l’appel d’un journaliste cinéma du Monde, le lundi de Pâques. « Il m’a appelé pour me poser des questions, savoir ce qu’il s’était passé pour le scénario, comment je l’avais eu, si c’était vrai ou faux. » Cependant, le journaliste ne lui promet pas qu’il écrira un article sur le sujet.

Dans les jours qui suivent, Flo papillone de félicité : « Allociné m’a contacté pour me dire que j’avais été sélectionné avec six autres bloggeurs pour aller pendant trois jours au festival de Cannes 2009. » Il reçoit plus tard le programme complet des trois jours pendant lesquels il sera sur la Croisette. Flo a décollé le samedi 15 mai. A l’aéroport de Nice, une limousine l’attend.

Flo m’explique que les organisateurs de cette épopée ont trouvé dans l’urgence 10 pass et 10 smokings afin que les bloggeurs montent les marches du festival et voient un film en compétition officiel, « Vengeance », le film de Johnnie To, en compétition officielle. « C’était la cerise sur le gâteau, on touche le rêve du doigt, on voit l’équipe du film, Johnny Hallyday, le jury avec Isabelle Huppert, on sert la main de Quentin Tarantino. On est là et on en profite à 200%. Le séjour prend une autre dimension, on vit Cannes comme comme tout le monde aimerait le vivre. »

Mais pour Flo, le plus intéressant, c’est le Cannes off, le Cannes qu’on ne voit pas sur le petit écran, l’envers du décor d’un film, un univers « pas promotionnel mais professionnel » : « J’ai assisté au marché du film où se dealent les ventes des films à l’étranger, nous avons eu un entretien privé avec le réalisateur de « Vilaine », Jean-Patrick Benes, qui essaie de monter son second film avec, pour maquette, un court-métrage qu’il nous a montré et qu’il présente pour trouver un producteur. Nous avons eu aussi eu un rapport informel avec Studio Canal. Du coup, nous avons découvert les coulisses d’une grosse boîte de prod. Ils nous ont montré des extraits de leur prochain film d’animation en 3D. Ce n’était pas une rencontre dans la logique commerciale. »

Les blogueurs ont eu d’autres entretiens passionnants. « Ça te donne la patate, on est passionné et on est là pour le cinéma. »

Stéphanie Varet

Stéphanie Varet

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