« Cannes est à nous ! ». Si certains se sont plaints sur Twitter de son discours de 6 minutes, la plupart de l’entourage d’Houda Benyamina avait les yeux mouillés en la voyant sur la scène du Palais du Festival de Cannes en ce dimanche 22 mai 2016.
Après avoir remercié la réalisatrice Catherine Corsini de lui avoir remis la Caméra d’Or du meilleur premier film (« Une femme ! ») mais surtout Edouard Waintrop, délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs pour avoir eu « du clito » en la sélectionnant ; après avoir scandé « c’est possible ! » à tous les jeunes de l’association Mille Visages qu’elle a créé en 2006 à Viry-Châtillon (91) avec Eiji Ieno ; après avoir félicité sa petite sœur Oulaya Amamra pour cette récompense reçue pour « son travail » et non « par réseau » ; après avoir demandé à ce que l’industrie cinématographique française s’ouvre aux femmes et fasse la part belle aux scénaristes, Houda Benyamina a rappelé qu’ « on n’a pas le droit d’être fatigué quand on fait du cinéma ».
Le poing levé comme son idole Malcolm X, Houda Benyamina se révèle au monde tandis que ceux qui travaillent dans les quartiers la connaissent depuis longtemps. Houda l’utopique qui crée une association et fédère des jeunes pour leur montrer qu’il est possible de faire du cinéma, qu’il est nécessaire d’être sur les écrans. Houda la battante qui se déplace en réunion ou festival, ses enfants sous le bras. Houda la têtue qui tient tête à ses confrères dans les commissions du Centre national du cinéma et de l’image animée, défendant des projets dont certains (beaucoup ?) doutent – parce qu’ils ne viennent pas du même milieu et ne comprennent pas forcément ce qui est raconté. Houda l’amazone qui tourne, bouge, crie, parle, gesticule, vit ! Houda n’est pas la seule, à ses côtés des dizaines, des centaines, demain, des milliers ?
A tous les médisants qui se moquent des origines sociales de ceux qui tentent de s’immiscer dans le cinéma français, à tous les méfiants qui se focalisent sur des anecdotes plutôt que du concret, à tous les réfractaires à voir le cinéma français prendre les couleurs d’un talent brut essentiel pour se renouveler, à tous les sélectionneurs qui écartent, à tous les financeurs qui refusent, à tous les diffuseurs qui ne programment pas, à tous les jurys qui ne comprennent pas, à tous les petits frères et sœurs qui veulent y croire, à tous les parents qui ont du mal à y croire, à tous ceux qui triment chaque jour, chaque mois, chaque année, à tous ceux qui prennent des coups et continuent de se relever, à ceux qui oeuvrent dans l’ombre et dissimulent leur rancœur, à tous ceux qui ont faim et qui continuent d’avancer, à Djinn Carrénard, Carine May, Hakim Zouhani, Pascal Tessaud entrés à l’ACID, à Karim Dridi, à Hamé et Franck Gastambide entrés en sélection officielle, à Rachid Djaïdani, Nora El Hourch et Demis Hérenger passés par la Quinzaine, à Aïcha Bélaïdi qui a semé tant de graines… Tenez, résistez ! Car comme dirait René Char : « Imposez votre chance, serrez votre bonheur, allez vers votre risque. A vous regarder, ils s’habitueront ».
Claire Diao

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