Des allées et venues dans les studios de cinéma à Bry-sur-Marne (94). La serveuse de la cafétéria digne des films hollywoodiens, met l’ambiance en ce matin frileux de décembre. Femme ronde d’une cinquantaine d’années aux yeux rieurs, elle chauffe les troupes. Les maquilleuses sont déjà en place. Popeck, l’humoriste, et David Saracino (Neuilly sa mère, Da Vinci Code, Les rivières pourpres 2…) se tiennent prêt. Buffet de brioche, pain, confitures et miel, à la bonne franquette !  Et une grosse dose d’humour de la part des acteurs. Séverine, 27 ans, qui s’occupe de l’administration de la production, n’échappera pas aux taquineries de David.

Après Neuilly sa Mère, le réalisateur Djamel Bensalah se plonge dans l’univers des flics de banlieue avec Beur sur la Ville, en référence au film de Verneuil, Peur sur la ville (1975), qui sortira le 20 juillet 2011. De l’humour derrière un thème très actuel. Dans le film, « Khalid Belkacem avait tout raté : son BEPC, son code de la route, son BAFA et même son BCG. Il ne s’attendait pas à devenir le premier  » discriminé positif de la police « . Mais comme dit sa mère:  » C’est ça la France! Elle donne sa chance à tout le monde !  » ».

Visite du commissariat de Villeneuve sous Bois, version carton-pâte. Il a fait son temps ! Il manque des lettres à l’enseigne bleue délavée. Les carreaux tiennent avec du scotch, quelques résidus de peinture s’accrochent désespérément. A l’intérieur, des gitans menottés décorent les chaises collées aux murs qui tombent en miettes, une fuite d’eau au plafond, ce qui a pu ressembler à du fer est aujourd’hui complètement rouillé. Même les ampoules s’affolent ! Les dalles du sol sont complètement explosées, laissant apparaître le ciment.

Les ordinateurs de bureaux ont visiblement plus de 40 ans ! De vieilles consoles de jeux divertissent les policiers pendant leur pause. Le froid extérieur transperce les murs mal isolés. On s’imagine dans les vieilles cités délabrées, clichés des conditions de vie des « blacks, beurs, noich ». Ainsi est composée l’équipe policière du commissariat de Villeneuve sous Bois. Pas de Brad Pitt aux muscles saillants et à la coiffure impeccable, pas de physique à faire tomber les filles. Mais un brigadier chauve à moustache, un sénégalais rondouillard et un jeune flic aux airs de Peter Lorre, acteur des années 30-40 au physique inoubliable qui a joué dans M le Maudit de Fritz Lang. Des yeux perçants, une bouche très expressive qui lui a valu d’être l’inspiration de nombreux cartoons.

Popeck, chapeau et blouson de cuir et le Brigadier Gassier (Gérard Jugnot) échangent quelques paroles en gitan suivis de Khalid (Booder, humoriste et acteur, ex « caillera » dans Neuilly sa mère) et José (Khalid Maadour, acteur dans Marock, Oss 117, Neuilly sa mère…). Ici, tout le monde parle gitan ! Personne n’est mit à l’écart. On ne comprend rien, mais c’est une vraie performance de diction ! Rires garantis. Ils répètent la scène inlassablement à la demande de Djamel Bensalah posté derrière les moniteurs. L’ambiance est festive mais les acteurs s’appliquent. Les cameramen prennent des mesures, placent les acteurs, règlent leurs caméras.

Le Brigadier Gassier a sa fierté, même dans un commissariat pourri ! David s’avance vers Booder, Issa  et Steve Tran, et leur balancent un sanglant « Vous êtes la honte de la police ! ». Khalid, un beur qui a tout raté dans la vie, est mit sur une affaire importante de criminel en série. Tout le monde doit avoir sa chance ! Une façon de rompre les idées reçues en France, comme le fait que « les jeunes de cité soient systématiquement contre la Police » m’explique l’équipe.

Brigadier Gassier rappelle d’ailleurs à Fabiani (David Saracino) les conditions difficiles dans lesquelles ils doivent exercer, le fait d’avoir à « traverser la rue pour pisser », par exemple. Et que malgré cela, ils n’ont jamais abandonné. Le ton monte, les insultes fusent. On se défie du regard, on ne se touche pas, mais ce n’est pas l’envie qui manque. Le policier Koulibali part dans un délire avec un fort accent africain, s’agitant de toute sa rondeur, donnant des coups dans le vide pour manifester son soutien au brigadier. Une solidarité entre les personnages, qu’importe la tronche qu’ils ont et d’où ils viennent. Une petite gueguerre des cultures dans laquelle Fabiani évoque la suprématie italienne en utilisant l’argument des pâtes. Ce qui n’est pas pour plaire à Tong (Steve Tran, lui aussi dans Neuilly sa mère), le policier chinois.

Derrière le plateau, le réalisateur et toute l’équipe se fendent la poire. La scène a beau se répéter, les acteurs s’approprient leurs rôles et les textes, apportant de temps en temps une touche personnelle. On s’y croirait! Il est presque midi, une personne de la régie apporte deux plateaux de sandwiches. Un halal, l’autre non. Une autre France dans quelques mètres carrés, tout se respecte.

Aude Duval

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