« Trop noire pour être française ? ». Isabelle Boni-Claverie soulève ce débat dans un documentaire diffusé sur Arte le vendredi 3 juillet. En relayant des propos discriminatoires, parfois « maladroits », avec des paroles racistes d’une rare violence, la scénariste tente de montrer à sa manière ce que signifie prendre conscience d’être noir en France. « Maman, où sont les noirs à la télé ? » se demande une petite fille. Un manque de représentativité de la diversité dans les grands postes entraîne inévitablement généralités et comparaisons hasardeuses. Ainsi, un nouveau journaliste noir sera présenté comme le nouvel Harry Roselmack lorsqu’un nouveau délinquant sera vu comme tous les autres. Parce que dans certains domaines les modèles fleurissent plus que dans d’autres.
Vinza, 22 ans, se souvient d’un sujet de dissertation au lycée qui traitait de l’Afrique. Son professeur avait alors fait remarquer à la classe que tous les élèves blancs écrivaient « les personnes de couleur » dans leurs copies. Comme si le noir était tabou et que le blanc était incolore, indolore. Pourquoi la perception des noirs reste péjorative ? Selon Pap Ndiaye, historien témoignant dans le documentaire, l’esclavage et la colonisation sont derrière nous, mais les stéréotypes sur les noirs restent présents afin de faire perdurer des formes d’inégalités. Celles-ci conviendraient à la France d’en haut. La France où le slogan raciste « Y’a bon banania », trop direct, se corrige en « Christiane Taubira retrouve la banane », mieux dissimulé. Dans les deux cas, on mime « SOS Ouistiti ! » à qui veut bien le comprendre.
Il serait plus facile de s’arrêter là, de se considérer comme victime en pointant du doigt une population pourtant bien trop multiforme pour en parler comme une entité appelée « les blancs », « les Français » ou bien « l’extrême droite » par ceux qui font l’effort de réduire l’effectif. Ces gens se penseraient supérieurs et feraient tout pour donner des complexes à ces « négros fragiles aux grosses lèvres et grosses narines ». En réalité, les plus racistes envers ceux parfois appelés « les minorités visibles », ne le sont pas plus qu’eux. Ils sont leurs « frères de couleur ».
Comme s’il y avait des « vies de blancs » et « des vies de noirs »
On pourrait s’épancher sur cette fille blanche d’une grande école qui expliqua qu’elle ne travaille pas avec « les non-blancs » à sa camarade répondant au nom tristement connu de « Coulibaly ». En effet, « la classe n’efface pas la race » comme l’appuie Isabelle Boni-Claverie. Cependant, il est également utile de parler de cette grande sœur qui explique à sa cadette qu’une faculté de droit « c’est pour les blancs », comme si la place des noirs était uniquement sur le banc des accusés.
Si un maire FN exprimait cette idée, beaucoup seraient horrifiés et pourtant il arrive que les discriminations se fassent au sein même de la communauté. Se comporter comme un « babtou » est mal vu par certains Africains. Être courtois et poli, porter un caban, écouter du M. Pokora, rire devant Bienvenue chez les ch’tis ou encore sauter une classe sont autant de modes et de manières de vivre qu’on dit réservés aux blancs et qu’on ne souhaite pas universaliser.
Comme si la réussite sociale ne pouvait pas avoir la même définition entre les cultures. Comme s’il y avait des « vies de blancs » et « des vies de noirs », une vulgaire compétition des couleurs de peau où les métis seraient considérés comme des bâtards. Un jeune d’origine africaine qui réussirait sa vie selon les codes de la « culture occidentale » pourrait se voir affublé de « bounty qui choco (parle comme un Français) », de noir de service. Lors d’une ascension sociale, les élus seraient considérés comme des traîtres. Pour rester noir, il faudrait dénigrer les mœurs sociétales. L’équipe adverse pourrait crier au racisme anti-blanc ce qui ferait un score de 1-0 avant que Willy Sagnol vienne vanter « le joueur typique africain ». 1-1 Tirs au but, mais quel en serait le but ?
S’intégrer en acquérant les normes et les valeurs d’une société ainsi qu’une « identité nationale » est inutile aux yeux de certaines personnes, voire dangereux pour d’autres. Selon L’INSEE en 2012, 60 % des immigrés disaient se sentir français et 38 % avaient le sentiment d’être vus comme des Français. Ces chiffres, bien que différents, montrent que le problème va dans les deux sens. Finalement le Français se sentira vu comme un étranger en France et comme un Français à l’étranger. Sans identité fixe.
Les statistiques, les documentaires et autres débats prouvent que beaucoup de personnes jugent les identités de leurs voisins sans réellement se demander qui ils sont eux-mêmes. Ces identités sont aussi multiples que meurtrières. Nous pourrions nous efforcer de trouver des coupables, d’accuser au lieu de dénoncer, mais nous n’aurons jamais assez de munitions pour tous les dégommer, car nous sommes à la fois différents les uns des autres et tous présents sur un même territoire. La France ! Doux pays où on fait d’un rien tout un fromage et tout un mafé.
Oumar Diawara

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