Alors que Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu, comédie familiale interculturelle de Philippe de Chauderon a attiré 12 236 166 spectateurs, soit le meilleur box-office de 2014, ne figure dans aucune catégorie, les nominations des César 2015, révélées le 27 janvier 2015, sont à l’image d’un cinéma français en pleine mutation.

En pleine mutation parce qu’ouvrant timidement la porte à une nouvelle génération d’acteurs et réalisateurs issus d’une double culture, souvent nés et élevés en France de parents étrangers, qui n’aspirent qu’à raconter des histoires qui leur ressemble et interpréter des rôles qui sortent des clichés.

C’est ainsi que l’acteur Réda Kateb (nomination meilleur acteur dans un second rôle) a été repéré dans Hippocrate de Thomas Litli (nominé dans les catégories meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original et meilleur montage), sorti en septembre 2014, où il campait un médecin étranger plus expérimenté que l’interne campé par Vincent Lacoste (nominé, lui, en tant que meilleur acteur).

Sorti en octobre 2014 après avoir agité la Croisette et suscité moults débats sur les réseaux sociaux, Bande de filles de Céline Sciamma (nominé dans les catégories meilleur réalisateur, meilleure adaptation, meilleure musique et meilleur son) a révélé l’actrice Karidja Touré (nomination meilleur espoir féminin) qui y campait une jeune fille se désinhibant au sein d’une bande de copines.

Nominé dans la catégorie meilleur espoir masculin, l’acteur belgo-congolais Marc Zinga, repéré dans le premier long-métrage du slammeur Abd-El-Malik (Qu’Allah bénisse la France, sorti en décembre 2014, nominé meilleur premier film), y interprétait le rôle éponyme du slammeur dans ce long-métrage autobiographique.

Pour son rôle dans le film Les Héritiers de Marie-Castille Mention-Schaar sorti en décembre 2014, Ahmed Dramé (nominé dans la catégorie meilleur espoir masculin), à l’origine du scénario de ce film, y campe son propre rôle, celui d’un lycéen de Créteil qui participe, avec sa classe, à un Concours national sur la résistance et la déportation.

Nominé dans la catégorie meilleur court-métrage, La virée à Paname de Carine May et Hakim Zouhani, récit d’un jeune albertivillarien n’arrivant pas à gagner la capitale pour y trouver l’inspiration, a fait la tournée des festivals, récoltant au passage le Prix Ça tourne en Ile-de-France du festival Paris Court Devant 2014.

Nominé dans la catégorie Meilleur documentaire, La cour de Babel de Julie Bertucelli, sorti en mars 2014, abordait la question de l’apprentissage du français dans une classe de jeunes primo-arrivants d’un collège du 10e arrondissement de Paris.

En phase avec l’actualité, le documentaire Caricaturistes, fantassins de la démocratie de Stéphanie Valloatto (nomination meilleur documentaire) et Timbuktu du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako abordent les thématiques de la liberté d’expression de caricaturistes et la vie sous une occupation djihadiste.

Produit par la société française Les Films du Worso et sélectionné aux Oscars 2015 en tant que meilleur film étranger mauritanien, Timbuktu a décroché non moins de 8 nominations (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure musique, meilleure photographie, meilleurs décors, meilleur son). Racontant dans un film choral l’occupation djihadiste de la ville malienne de Tombouctou, ce film – adulé par les médias qui viennent de lui remettre le prix du Syndicat français de la critique – est en train de devenir le meilleur box-office africain en France (avec 622 799 entrées soit 3130 de plus que Le Destin de l’égyptien Youssef Chahine, indétrôné depuis 1997).

Preuve qu’à l’heure du repli sur soi, l’ouverture à l’Autre est nécessaire, voire plébiscitée.

 Claire Diao

 

 

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