2015, mais toujours pas d’Hoverboard. Trente ans après la sortie du premier volet de la trilogie Retour vers le futur, cette saga tient encore une place particulière dans le cœur de nombreux nostalgiques. Le 13 juin dernier, au Palais des Congrès de Paris, le film était projeté avec un orchestre symphonique de quatre-vingts musiciens interprétant la bande originale.
« J’adorais ce film, car il était drôle, très fin, proposant une réflexion sur l’avenir de la société américaine des années 80. Ce film est hyper optimiste puisque le héros change le cours de l’histoire, il ne vivra pas comme ses parents, c’est l’inverse d’une tragédie », explique Nathalie qui a vu Retour vers le futur au cinéma à l’âge de 14 ans.
« C’est impressionnant tout ce qu’ils avaient inventé à l’époque et qui existe aujourd’hui : les imprimantes à la maison, la météo presque à la minute près, les tablettes tactiles… ». En ces quelques mots de Charlotte, 24 ans, réside l’une des clés du succès de Retour vers le futur. Les années 80 de Ronald Reagan respiraient l’insouciance et l’espoir de jours meilleurs. Les voitures volantes ou les Nike autolassantes étaient autant d’inventions qui paraissaient réalisables en 2015. « C’était magique, avant-gardiste, ça faisait rêver » résume une ancienne admiratrice qui avait économisé pour voir le premier volet à sa sortie.
« Mon père est allé voir le film au Grand Rex. À l’époque, on pouvait fumer dans la salle alors ils se sont complètement défoncés puis sont restés voir le film dans la salle quatre fois » raconte Mathilde, 19 ans, amusée par le contraste entre son « papa » et « cette réplique parfaite de Marty McFly avec un teddy et un jean un peu trop court ».
« J’avais une dizaine d’années à l’époque de la sortie du premier opus. Après l’avoir vu j’ai eu une discussion passionnante jusqu’à pas d’heure avec mon père, lui-même scientifique, au sujet du paradoxe temporel. Je m’en souviens encore parfaitement ». Yan est le webmaster de rvlf.fr, site consacré à la saga. Si la mémoire du film traverse autant d’années que nos deux héros ont traversé d’époques c’est grâce à l’efficace thème du film. Qui ne rêverait pas de posséder la célèbre DeLorean qui permettait le voyage dans le temps ?
Des coiffes, des princes et du charleston
Personne, à en croire ces jeunes qui se sont prêtés au jeu de choisir une époque où ils souhaiteraient se rendre si ils avaient le pouvoir de Hiro Nakamura comme le rappe Soprano. « L’époque des princesses avec des coiffes, c’est mon rêve. Jeter mon mouchoir à un chevalier qui se serait battu pour moi, voir le couronnement de Charlemagne ou suivre Lancelot dans ses péripéties » récite Sivane, inspirée. Le choix d’Éléonore s’est sans doute fait à la suite d’un prime de Danse avec les stars : « J’irais dans les années 20 pour le Charleston. Je danse comme un biscuit, mais j’aime le culte de la beauté qui existait à l’époque, les femmes étaient très belles. Rien à voir avec les femmes orange d’aujourd’hui ». D’autres s’aventureraient dans les années 60 pour revivre la période hippie « où tout le monde s’assumait » ou les grandes années du rock’n’roll avec notamment la Beatlemania. Vivre les grandes rébellions du passé pour se sentir présent c’est le choix de nombreux jeunes en quête d’aventures.
Certaines se voient comme des « femmes des années 80 » pour vivre le rêve américain trop rare de nos jours, car réservé aux anges de la télé-réalité. D’autres s’imaginent plus se réinventer dans un contexte de deuxième guerre mondiale. « La Seconde Guerre attire. Nous nous demandons quels choix nous aurions fait. Est-ce qu’on serait du côté des résistants ? Des collabos ? Des nazis convaincus ? ».
L’élection de Barack Obama, la mort de Michael Jackson, le 11 septembre 2001… Autant de dates qui ont marqué les courtes vies des jeunes adultes. Des souvenirs que certains aimeraient vivre ou revivre, d’autres effacer. La finale de la coupe du monde 1998 et son fameux « et un, et deux et trois zéro » apparait également pour beaucoup comme le symbole par excellence du sport. Pourquoi ? « Parce que c’est le foot, c’est l’équipe de France, je suis français, non ? » se justifie un adolescent d’origine étrangère. Ce 12 juillet, la réponse semblait si simple.
Les joies de l’enfance, parfois même de la naissance, dictent les envies des jeunes. Observer la rencontre de ses parents comme Marty McFly, les mois de grossesse pour au final recommencer sa vie depuis le début avec des jouets en guise d’armes. « Je voudrais retourner avant mes 7 ans pour changer la relation de mes parents, faire comme si leur bonheur pouvait se prolonger sans se déchirer qu’on mène notre petite vie parfaite à trois jusqu’au bout. C’est un peu cliché, mais c’est la seule période que j’aimerais retrouver… » explique une jeune femme rongée par les souvenirs d’un passé trop absent.
Le bonheur selon Evan tient en ces quelques choses : « Si je le pouvais, j’irais dans le passé afin de créer une application comme Facebook et je serais milliardaire. Plein de “meufs” à mes pieds, des voitures de luxe et une fontaine en chocolat, car l’important n’est pas l’histoire du monde, mais ta propre vie. » Alors nous comprenons que seuls les optimistes rescapés, croyant encore en l’avenir, se donneront rendez-vous dans dix ans. Même jour, même heure, même pomme.
Oumar Diawara

Articles liés

  • Amandine Gay, ‘une histoire à soi’ pour raconter les non-dits de l’adoption

    Dans son dernier film ‘Une histoire à soi’, la réalisatrice Amandine Gay propose cinq récits intimes de personnes adoptées à l'international. Sur fond d'archives personnelles, les protagonistes livrent leurs questionnements tout au long de leur parcours de vie, au sujet de leur adoption. Des témoignages forts qui ouvrent une discussion plus large sur la famille, la parentalité, l'acculturation ou encore la quête identitaire. Entretien. 

    Par Louise Aurat
    Le 13/07/2021
  • « Gagarine », cité céleste sur grand écran

    Une cité devenue film. Le premier long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sort ce mercredi 23 juin au cinéma. À quelques jours de sa sortie nationale, le film était projeté en avant-première au cinéma le Luxy, situé à quelques mètres de l'ancienne cité Gagarine (Ivry-sur-Seine), au centre de cette histoire étonnante et poétique. Reportage et témoignages.

    Par Louise Aurat
    Le 23/06/2021
  • Kery James à l’INA pour guider les jeunes vers le « show-business »

    Accéder aux métiers de l’audiovisuel, sans diplôme, ni réseau : c’est la promesse de la classe Alpha, une promotion de 100 jeunes guidés par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et pour les aider à garder la motivation, qui de mieux que Kery James pour animer une master class attendue par tous. Le dramaturge, réalisateur et artiste a pu échanger avec ses jeunes sur son expérience et son parcours.

    Par Nolwenn Bihan
    Le 02/06/2021