On connaît le Maroc pour son soleil, son authenticité et ses traditions. Mais ce qui nous vient spontanément en tête ce sont aussi ses plats et ses saveurs. Alors pour la semaine du Maroc, Sevran, Villepinte, Stains et Clichy sous Bois accueillaient la plus populaire des cuisinières marocaines, Choumicha. Véritable star dans ce pays, elle présente la plus célèbre des émissions culinaires sur la chaine 2M. Toutes les mamans originaires du Maghreb la connaissent déjà et en sont fans. Elles regardent son émission avec intérêt. Lorsque la recette commence, c’est silence radio à la maison. Au moindre bruit, le son augmente. En clair, Choumicha, on l’aime ou on quitte le salon. Nous l’avons rencontré à Sevran où elle a tenu une conférence autour de l’art culinaire marocain partageant avec nous bien plus qu’une recette.

La conférence devait commencer à 15h. Arrivée à 14h40, il y avait déjà un monde fou devant la salle des fêtes. Des femmes pour la plupart, enfant au bras se bousculaient au portillon. Bientôt 15h et seuls les premiers rangs étaient complets. Les gens n’arrêtaient pas d’affluer. En moins de 15minutes toutes les places étaient occupées. Il était 15h30 et Choumicha n’apparaissait toujours pas mais qu’importe, les spectateurs présents ont fait comme s’ils étaient à la maison. Ils  ont patienté un verre de thé et une pâtisserie orientale à la main.  L’ambiance à l’intérieur de la salle des fêtes était bon enfant et plutôt familiale. Tout le monde se connaissait. Les enfants couraient de partout, ça discutait de tous les cotés notamment de la dédicace faite le matin même.

Bien qu’à majorité féminin, le public comptait une dizaine d’homme. Les femmes semblaient excitées comme des enfants par son arrivée, certaines comme Warda, ont fait le déplacement de Belgique pour cette occasion. Seul un petit du nom de Imad qui se trouvait derrière moi n’avait qu’une hâte c’était de rentrer chez lui boire parce qu’il avait soif. « Je t’ai dit de boire avant de sortir, maintenant tu attends » lui répond sa mère agacée par son manque d’enthousiasme. Imad s’est tu dès l’entrée de Choumicha. Une ovation a fait rougir Choumicha. Puis un court silence régna dans la salle interrompu par un  « Bienvenue chez nous Choumicha !!! » qui déclara la conférence ouverte. Elle nous proposa de faire un couscous sucré appelé Sefa au Maroc ou encore Mesfouf en Algérie (voir en bas de page pour la recette) « Mais rien ne nous empêche de discuter en même temps de tout ce que vous voulez. On peut parler de cuisine, de moi de vous ». L’une des femmes demanda à Choumicha de parler en arabe, alors l’entretien se déroula en arabe et en français et cela, tout en cuisinant.

Les questions fusent. « D’où t’es venue cette passion pour la cuisine ? » « J’aime manger, partager et parler. Et la cuisine est un moyen de faire tout ça. J’ai toujours pris du plaisir à cuisiner. Ça fait maintenant 10 ans que je fais ce métier, je n’arrête pas de découvrir de nouvelles choses et c’est ce qui me plait dans la cuisine. »
« Où as-tu appris à cuisiner ? » « J’ai fait l’école hôtelière de ma grand-mère.[rires] J’ai appris avec elle et avec ma mère. Les gens que je rencontre m’apprennent aussi beaucoup de choses. »
« Combien de temps l’huile d’argan se conserve t-elle? » « L’huile d’argan extraite de manière artisanale ne se conserve pas plus de trois mois. »
« Comment peut-on l’utiliser ? » « Celle de couleur ambre est utiliseé exclusivement pour la cuisine mais celle de couleur plus claire (jaune) avec une odeur moins forte peut être utilisée pour nourrir la peau et les cheveux. »
Choumicha n’est pas avare en conseils, saviez-vous que « pour être belle, il faut manger 7 dattes par jour ». Alors c’était ça le secret !
Puis elle continue, « depuis toujours, au Maroc, on a connu que deux variétés d’huile : l’huile d’argan et l’huile d’olive. Lorsque les autres huiles comme l’huile de maïs ou l’huile de tournesol sont apparues sur le marché marocain, les gens les nommaient l’huile sango. Pensant qu’il s’agissait d’une marque, j’ai finit par comprendre qu’on appelait comme ça toutes les nouvelles huiles dit sans goût. »

Une fois le couscous prêt, Choumicha a quitté la salle sous les applaudissements. Un mélange de sympathie et de simplicité, avec un zeste d’humour, une dose de fraîcheur et une tranche d’authenticité, voilà Choumicha, belle ambassadrice du Maroc. Même si j’appréhendais le fait de passer toute une après midi avec plusieurs sosies de ma mère, toutes réunies dans une seule et même pièce, à ma grande surprise, j’ai apprécié cette rencontre et aimé suivre la recette qu’elle a tenté de délivrer malgré les interruptions. J’y ai moi même ri. Pleine d’humour, elle a su mettre à l’aise tout son public, plus là pour l’admirer, la soutenir et lui dire à quel point ils étaient gourmands de ces émissions.

Recette du couscous sucré

Ingrédients :

Semoule fine ou couscous fin, fruits secs (raisins secs, dattes, pistaches, noisettes, amandes), sel, sucre, huile, eau, cannelle et œufs durs pour la décoration.

Préparer la semoule dans un saladier et l’enduire d’huile. Mélanger pour éviter les grumeaux. Ajouter une pincée de sel.

Préchauffer la couscoussière jusqu’à l’ébullition. Mettre la semoule dans la couscoussière et laisser cuire une bonne quinzaine de minute jusqu’à ce que la semoule s’imprègne bien de la vapeur.

Enlever la semoule du feu. La mettre dans un saladier. Attendre qu’elle refroidisse un peu et l’humecter d’eau (ou de lait le goût sera meilleur) et bien mélanger de manière à n’avoir aucun grumeau.

Remettre sur le feu pendant une quinzaine de minute.

Renouveler l’opération 3 fois.
Lors de la troisième cuisson rajouter des raisins secs hachés. Cela donnera un goût naturellement sucré au couscous.

Y ajouter les autres fruits secs.

Saupoudrer le couscous de cannelle pour la décoration, et disposer des œufs durs coupés en finition.

Et bon appétit bien sûr !

Farah El Hadri

Farah El Hadri

Articles liés

  • Franck Gastambide face au BB

    Un droit de réponse qui se transforme en débat enrichissant sur la création culturelle des quartiers populaires. C'est le programme proposé par cette rencontre entre Franck Gastambide et la rédaction du BB, après la publication de notre édito acide sur ses films. Rencontre.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 30/11/2021
  • Avec ‘Suprêmes’ NTM back dans les bacs

    Félix Mubenga n'a pas pu voir l'explosion du groupe de rap mythique NTM. Il n'était pas né. Mais deux décennies plus tard, il est parti voir le biopic du légendaire duo de Seine-Saint-Denis, 'Suprêmes' réalisé par Audrey Estrougo. Et c'est grand oui, pour notre contributeur qui raconte cette plongée enflammée dans une époque pas si différente de la nôtre. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 23/11/2021
  • Au nom du rap, une œuvre collective pour réconcilier tous les mondes

    'Au nom du rap' est un livre unique, entre poésie et illustrations. Un recueil de proses qui veut redonner ses lettres de noblesses à un genre musical encore trop souvent dénigré par certaines élites culturelles. Anissa Rami s'est entretenue avec Elena Copsidas à l'origine de l'ouvrage, ainsi qu'avec les artistes qui ont participé à cette oeuvre collective singulière.

    Par Anissa Rami
    Le 11/11/2021