On ne va pas se mentir, malgré une amélioration récente avec une volonté de mettre plus de minorités à l’écran, le cinéma et les métiers du cinéma restent encore trop peu accessibles pour les minorités les plus modestes. Certains ont eu la possibilité d’être mis en avant et c’est notamment le cas de Steve Tientcheu, originaire d’Aulnay-Sous-Bois (Seine-Saint-Denis), qu’on a pu voir notamment dans le rôle du ‘Maire‘ dans le film, Les Misérables de Ladj Ly.

L’acteur de 39 ans, originaire de la cité des 3000, souhaite aujourd’hui contribuer à l’accessibilité des métiers du cinéma avec l’aide de Tarik Laghdiri en mettant en place l’initiative « cinéma à ciel ouvert ». Une formation intensive d’une durée de 2 mois pour découvrir l’envers du décor.

Ça c’est parce que personne proposait, les gens venaient faire leur film puis ils se barraient.

Pour cette première édition, l’accès à la promotion 2021 a été réservé en priorité aux habitants d’Aulnay-Sous-Bois qui n’ont jamais eu d’expérience dans le cinéma. Pour cette année, ‘Cinéma à ciel ouvert‘ a privilégié l’acting, avant de faire découvrir d’autres domaines de l’industrie. Les potentiels acteurs ont donc du d’abord passer par un casting et à l’issue de ces derniers, ont été sélectionnés et coachés lors de cours de danse, de jeu avec une solide préparation physique.

Au terme de la formation, les acteurs ont donné la réplique dans un court-métrage, La chimère, écrit par Tarik Laghdiri en personne. Et pour gérer la partie réalisation et cadrage, Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri ont fait appel à une association d’étudiants en cinéma, Paris Vision Libre, avec qui les acteurs et actrices sélectionnés ont pu partager leurs sensations.

La volonté de transmettre et de former

C’est lors du confinement, et notamment grâce à des vidéos Tiktok que le projet ‘Cinéma à ciel ouvert’ est né. « Le projet est venu au premier confinement, j’aidais un ami à faire des vidéos Tiktok et je lui racontais les histoires qu’il devait mettre en scène dans ses vidéos », raconte l’acteur.

Alors qu’il donne un petit coup de main à un ami, en manque d’inspiration et de bras, l’idée naît dans l’esprit de Steve Tientcheu de permettre au plus grand nombre d’accéder aux techniques cinématographiques pour pourquoi pas pénétrer l’industrie. De cette idée, Steve Tientcheu contacte Tarik Laghdiri et les deux commencent à travailler plus profondément sur l’élaboration du projet.  L’idée était de proposer une formation aux Aulnaysiens dans un premier temps et de les former au maximum afin de « susciter des vocations ».

Les quartiers n’étaient qu’un décor où des fois on venait piocher des talents, des révélations. 

« En fait l’idée c’est que Steve voulait faire profiter les Aulnaysiens, leur donner leurs chances. Et on s’est rendu compte qu’en fait si on ne les formait pas, on risquait de se griller et de les griller c’est à dire qu’on leur rendait pas service de les envoyer au charbon sans être former », ajoute Tarik sur le besoin d’accompagnement des jeunes créateurs et artistes avant d’attaquer les projets.

Dès le mois de juin, des premiers castings ont d’ailleurs été organisés en ligne mais aussi et surtout à Aulnay-Sous-Bois. Meriem Amari, directrice de casting a rejoint le projet. Celle qui a travaillé notamment pour les productions de Terrence Malick ou Louis Leterrier, a contribué à la sélection des participants.

Semer des graines pour les Aulnaysiens

Avec cette formation, Steve et Tarik espèrent que les jeunes habitants d’Aulnay-sous-bois, passionnés de cinéma, pourront avoir l’envie de continuer et voir que d’autres chemins artistiques sont possibles. Tarik explique à ce sujet : « Nous notre ambition c’est d’avoir un impact non pas sur le milieu du cinéma dans un premier temps mais sur les habitants d’Aulnay. En fait l’idée c’est de montrer aux habitants qu’il y’a une passerelle vers le monde culturel, vers le monde du cinéma. En fait l’ambition c’est d’avoir un impact sur les Aulnaysiens dans un premier temps ».

Steve et Tarik profitent d’ailleurs de la reconnaissance qu’ils ont pu avoir au fur et à mesure pour pouvoir faire bénéficier les habitants de la ville. Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’utiliser la ville d’Aulnay sous-bois comme décor mais de permettre à ses habitants de bénéficier d’une vraie professionnalisation. Steve explique à ce sujet : « Ça c’est parce que personne proposait, les gens venaient faire leur film puis ils se barraient. Nous on ramène ce qu’on est parti chercher à Paris donc je suis identifié, Tarik il est identifié. C’est plus facile car nous on s’est déplacés pour aller chercher les choses. »

L’idée c’est quoi ? C’est de redonner.

« Les quartiers n’étaient qu’un décor où des fois on venait piocher des talents, des révélations etc. Et le déclic pour moi c’est des gens qui ont pris confiance dans le fait qu’il fallait redonner au quartier par exemple c’est ce que fait Steve avec cette formation et ce que font d’autres aussi dans d’autres secteurs mais l’idée c’est quoi ? C’est de redonner. Et c’est à partir de là que je pense que ça a évolué », ajoute Tarik.

« Le but à terme serait de faire rayonner des gens, des personnes qui sont entrées dans la formation. Là on va les prendre dans leur genèse, dans leur début, ce serait magnifique de les voir apprendre à marcher, travailler ailleurs dans d’autres projets et s’ils sont repérés même par d’autres directeurs de casting, ça serait bien. Moi j’aurais rempli ma mission », conlut Steve.

Tarik et Steve ont pour objectif de faire perdurer cette formation chaque année avec une création différente et des modules différents. Ils ont d’ailleurs déjà commencé à travailler sur leur deuxième projet qui sera cette fois-ci, ouvert à l’ensemble du département.

Farah El Amraoui

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