Du 20 au 21 juin 2013, les Laboratoires d’Aubervilliers accueillent la troisième édition des Journées des jeunes producteurs indépendants (JJPI) initiées en 2010 par la productrice Laurence Lascary de la société De l’autre côté du périph’. Reportage.

Durant deux jours, vingt-quatre société de productions indépendantes sont réunis aux Laboratoires d’Aubervilliers (93) pour découvrir le métier de producteur, se mettre en réseau, échanger des tuyaux et, si possible, vendre leurs films. « Ce dont on a besoin, c’est d’un élan des décideurs pour soutenir cette manifestation, souligne la productrice Laurence Lascary qui a initié ces journées en 2010. Je suis contente que ça continue et j’espère que ça grandira encore plus pour devenir un peu comme Sundance (l’un des plus grand festival américain de cinéma indépendant, NDLR)».

Moyennant 60€ de participation pour les professionnels et 90€ pour les décideurs, ces journées de production sont également soutenues par l’ACSE, la Région Ile de France, l’INA Expert, le CNC, la ville d’Aubervilliers et la Commission du Film d’Ile de France. Les JJPI permettent aux jeunes producteurs de rencontrer des décideurs (diffuseurs ou financeurs), lors des sessions de marché où les décideurs tournent de table en table au rythme d’un temps chronométré. « Je suis toujours contente de participer aux JJPI car c’est un réel exercice, déclare Apolline Piccadaci, productrice au sein de la société Goodstuff Productions (Paris) sélectionnée au Talents des Cités 2013. C’est un endroit où les producteurs peuvent se confronter aux décideurs en famille, dans une bonne ambiance, on peut se dire franco les choses : c’est une belle ruche, un vivier ».

Fidèle participante de cet événement, la responsable des programmes courts de Canal + Pascale Faure a été marquée par un débat lors de la première édition : « J’ai fait pas mal de rencontres et j’ai assisté aux débats, notamment sur les représentations de la diversité dans le cinéma qui a été pour moi assez fondateur. Depuis, j’incite énormément les producteurs avec qui je travaille à prendre des comédiens de tous types et pas forcément « typés », justement, parce que je trouve que c’est au niveau du court-métrage que cela doit se passer ».

DSCN9078DSCN9078Des JJPI à la FJPI

Dans la salle du Marché où les tables bien ordonnées sont recouvertes d’affiches, de catalogues, de DVD et d’ordinateurs pour montrer des teasers (extraits de film), les producteurs proviennent d’Ile-de-France, de Provence-Alpes-Côte-d’Azur, de Bretagne… Comme la productrice Monorom Youk qui a fait le déplacement depuis Lorient : « J’ai découvert une annonce sur les JJPI sur le site Movifax il y a deux ans, nous raconte-t-elle. Nous avions eu de bons contacts avec un décideur qui a depuis changé de poste. C’est un peu le problème, les chaises changent beaucoup ». Produisant depuis 2010 des courts-métrages, des longs-métrages et des émissions TV avec ses associés, Monorom Youk apprécie d’être ici entourée : « Ca fait plaisir, on se sent moins seuls ».

Même constat du côté du collectif BKE basé dans le quartier Parc aux Lièvres d’Évry : « L’idée de la Fédération des Jeunes Producteurs Indépendant (fondée en 2013, la FJPI regroupe 18 sociétés de production françaises et organise les JJPI, NDLR) nous a motivé, explique l’un des membres, Élie Séonnet. C’est un esprit qui nous parle à fond ! ». Issu d’une association fondée en 2005 autour de la télévision locale Voi Sénart (91) qui a aujourd’hui cessé d’émettre, le collectif BKE réalise essentiellement des documentaires sociaux et culturels, des clips et des ateliers. « Nous avons la volonté de parler d’Évry, de parler depuis la banlieue et de faire venir les gens jusque dans nos locaux, insiste le jeune homme. On nous pose souvent la question « Vous n’avez pas de problème ? » Mais non, nous n’avons jamais eu de problèmes. Au contraire, les gens nous sont reconnaissants de mener une activité dans le quartier ».

Malgré un programme chargé (avec des tables rondes sur la coproduction internationale, les outils d’organisation de tournage, le développement durable et la Marche pour l’Egalité), les participants demeurent souriants et motivés. Tout comme la nouvelle marraine de l’événement, Anne-Dominique Toussaint. « C’est formidable d’organiser des choses comme ça, d’avoir créé cette fédération, s’exclame la vice-présidente de l’Association des Producteurs de Cinéma (APC) qui a créé la société de production Les Films des Tournelles en 1989. La chose la plus importante, c’est le projet, parce que c’est ça qui nous donne la force de conviction et qui va nous permettre d’y arriver. Si on produit un film pour les mauvaises raisons, c’est sûr qu’on va à la catastrophe ». Dans un contexte de crise du cinéma français, il est clair que pareille phrase fera écho aux producteurs jeunes et indépendants… ou pas.

Claire Diao

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