Le 2 juin, devant le tribunal de Paris, Brahi était dans la foule qui disait ‘stop’ aux violences policières et au racisme. « Ce jour-là, l’atmosphère était vraiment particulière. C’était à la fois pacifique et guerrier. Une sorte d’union sacrée », raconte le rappeur.

Comme lors de tous les rassemblements organisés par le comité Adama, les prises de paroles des familles de victimes s’enchainent alors. Mais c’est le discours de Fatou Dieng, la sœur de Lamine, mort en 2007 d’un plaquage ventral dans un camion de police, qui résonne dans l’esprit de l’artiste, ancien membre du groupe Harcèlement Textuel.

« Lorsque Fatou explique comment on peut soutenir les familles des victimes et parle de la pétition ‘Laissez-nous respirer’, j’ai compris que je pouvais aider. » C’est à ce moment que le Franco-Guinéen décide de poser son ressenti sur papier et dégaine sa plume, convaincu du « rôle social » que peut avoir une chanson.

« Le plaquage ventral est ancestral/A bord d’un négrier je suis mort au fond d’une cale ». Un refrain acerbe qui, à l’image du morceau, fait le lien entre l’esclavage, la colonisation et les violences policières actuelles. « Cœurs noirs » est véritablement un condensé d’histoire et de références à la mort de Georges Floyd et aux victimes de violences policières de part et d’autre de l’Atlantique.

Pour celui qui se qualifie de « Noir de France », « ce n’est pas une hérésie de faire un parallèle entre ce qu’il se passe aux USA et ici. Ce qui est indécent, c’est de s’offusquer du parallèle en niant l’existence d’un racisme systémique dans l’Hexagone ».

Fatou Dieng touchée par l’initiative

Dès sa sortie, le titre reçoit un très bel accueil de la presse spécialisée, mais pour l’artiste, le morceau n’a de sens que s’il est validé par celle qui l’a inspiré. Il contacte Fatou Dieng et lui fait part de son envie de relancer la pétition via son titre.

Fatou Dieng, le 2 juin à Paris

 

La grande sœur de Lamine, très touchée par l’initiative, accepte. « Lorsque j’ai visionné le clip et vu le nom de mon frère barré à côté de ceux des autres victimes, ça m’a marquée, reconnaît-elle. J’attendais des artistes qu’ils puissent nous soutenir avec leurs armes, en l’occurrence l’écriture. Brahi a bien compris le message et le résultat est génial. »

Celle qui mène le combat avec sa sœur Ramata poursuit : « Ce morceau s’inscrit dans l’histoire depuis le Code noir, jusqu’à la formation actuelle des policiers. Outre la puissance du texte, on a un clip qui dénonce, révèle et informe, car il est nécessaire de rétablir des vérités historiques. »

Fatou et Brahi s’accordent sur l’idée de lier le morceau à la pétition qui compte d’ores et déjà près de 80 000 signataires. « Ma première victoire, ça a été que la famille Dieng valide le morceau, se félicite l’artiste originaire de Seine-et-Marne. La seconde serait que tout cela aboutisse à l’abolition des techniques d’immobilisations mortelles. »

Céline BEAURY

Articles liés

  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021
  • Swag Dance Studio : l’école des profs de danse étrangers

    Créé en janvier dernier, le Swag Dance Studio emploie des personnes immigrées : expatriés, exilés avec ou sans papiers dans le cadre de cours ouverts aux adultes débutants. Une initiative qui a pour but de démocratiser l’accès à la danse, tout en changeant le regard porté sur la migration. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 29/09/2021