Combo, artiste de 28 ans est-ce qu’on appelle un globe-trotter. Natif d’Amiens,  il enchaine les lieux de « villégiature »: Paris, Troyes, Nice, Maroc, Centre-Afrique. « Combo me vient depuis l’époque du graffiti, ça correspondait à mon mélange de style » explique-t-il. Ce pseudonyme bisyllabique est également un clin d’œil à sa génération avec ce terme emprunté aux jeux vidéo définissant un enchainement de coups.
Après le Bac il se lance comme objectifs les Beaux arts. « En 2003, à la suite de plusieurs concours j’ai intégré les beaux-arts à Nice. Il y a beaucoup de demande et très peu de reçu, j’ai réussi à m’introduire malgré que ce soit compliqué parce que je ne correspondais pas au profil social et artistique… Le street art n’était pas très bien perçu. Je voulais rentrer aux beaux arts pour trouver une façon libre de m’exprimer, mais j’y ai trouvé un moule comme toutes les autres écoles d’art et je n’ai pas voulu m’y fondre. J’ai été viré à la fin de l’année 2003 et je me suis tourné vers la publicité, la communication. » La main sur les aérosols depuis l’âge de 16 ans, dans son crew c’était celui qui réalisait les personnages. Combo s’arrête de peindre quelques années pour pouvoir finir ses études à l’abri des bombes.
« Mes proches voyaient le graffiti d’un mauvais œil »

ALI vs Ryu

« Ali VS Ryu »


« L’entrée dans le street art s’est fait à mon retour, pendant quatre ans je n’avais pas peint pour pouvoir finir mes études et faciliter mon intégration dans mon nouveau boulot sur Paris. Un jour poussé par l’envie je me suis mis à faire des affiches… C’était le format qui correspondait avec ce que je voulais exprimer. Je trouvais plus de plaisir avec le graffiti qui était assez redondant. » Cela fait 12 ans maintenant que ce français d’origine marocaine et libanaise peinturlure les murs à l’encontre de ses proches. « Mes proches voyaient le graffiti d’un mauvais œil, car je fais partie de ceux qui ont connu les jugements, les amendes, les moments périlleux. Après l’apparition du terme street art, les consciences se sont éveillées… À Paris culturellement ça passait beaucoup mieux, la connotation vandale n’était pas associée au street art et ma famille a changé son fusil d’épaule. »
Il se distingue avec une série d’affichage avec des cartoons de 2010-2011 à Paris en détournant des photos cultes avec des caricatures. « Ali VS Ryu », la célèbre photo de Mohamed Ali célébrant sa victoire face au boxeur Sony Liston le 25 mai 1965, devient « The Greatest » face à Ryu la figure iconique des jeux vidéo. « ONU », la poignée de main franche de deux chefs d’État devant le sigle de l’ONU se transforme en deux pantins de bois de Disney se saluant, sourire aux lèvres, devant le symbole l’organisation mondiale. « Wariot », l’antihéros de chez Nintendo charge la horde de CRS qui ploient sous son poids en pleine révolte urbaine. Sa créativité prend un tournant et se vaporise à l’internationale.
De Tchernobyl à Hong Kong
« L’année suivante je suis partie dans la zone interdite de Tchernobyl pour y coller des affiches de promotion du nucléaire. Dans la même veine en 2013 je me suis envolé pour Honk Kong pour coller des affiches de censure de pages Internet sur les murs. J’avais un peu d’angoisse, mais je m’inspirais de Bando, tous les graffeurs de Writers… Ils disaient qu’il fallait voler ses bombes, venir libre, ça me parlait. Le street art, le graffiti, c’est un art engagé physiquement et esthétiquement, car quand on va dans la rue on prend un risque… On va dans un espace public, normalement on devrait on faire ce qu’on veut, mais ce n’est pas le cas. Pour manifester il faut demander une autorisation, pour pouvoir s’exprimer il faut être une personne habilitée. Le street art prend la parole dans un espace public sans la demander, d’une certaine manière il reprend le pouvoir. J’essaye d’aller de façon plus engagée, car j’estime que le street art c’est un coup d’État dans l’espace public, une sorte d’attentat visuel. »
Il se définit « djihartiste », c’est à dire l’inverse d’un « djihadiste », donc combattre la guerre par la paix. « Il y a le street artiste Jonone qui signait déjà ses graffitis à l’époque avec Al Qaïda. Je pense qu’il y a un point commun, je disais que le street art c’était un attentat visuel, car on vient imposer quelque chose de façon brutale, voilà pourquoi je fais un parallèle avec les djihadistes. Ce nom, m’est venu par défi en octobre dernier quand je suis partie faire ma résidence d’artiste à Beyrouth. J’ai voulu prendre la parole sur ce sujet et l’idée de ‘djihartiste’ m’a souri. Il y a plein d’autres mots, je disais la ‘dèche’ à la place de DAECH, je détournais leurs vocabulaires comme ils le font avec l’imagerie hollywoodienne. »
Coexist
tumblr_njrszxp6tG1r4mjr8o1_1280

Son oeuvre « Coexist »


Il y a plus d’un mois, Combo s’est fait agresser pour l’une de ses œuvres. Le 30 janvier dernier, il placardait sur un mur de la capitale une de ses créations où il se met en scène en djellaba mélangeant collage et signes religieux monothéistes incrustés dans le nom de son œuvre : « coexist ». « Ce logo a été créé par un artiste polonais en 2001, selon les vœux de cette artiste, il n’a déposé les droits. Il avait exposé pour un show à Jérusalem, pour la paix entre les religions. Le symbole a circulé, on l’a retrouvé dans un concert de U2, dans des manifestations un peu partout dans le monde. Je l’ai récupéré comme dans mes autres détournements et je l’ai collé le soir où je me suis fait agresser, le samedi 30 janvier. Souvent on se fait insulter, chahuter par nos réalisations dans les rues. Là cette fois-ci, c’était le message, qui était visé… Mon regard a changé, dorénavant je m’interdis d’être négatif et j’oblige mes propos et les gens qui sont autour de moi à ne jamais dire de truc raciste ou haineux… Je continue les collages, surtout en ce moment avec ce qui est en train de se passer en France, les élections et ce climat d’intolérance. »
Il continue sa compagne « Coexist » avec ses trois personnages, représentant les trois religions. Après avoir commencé la série sur les musulmans, il s’oriente sur une campagne sur les juifs, dans le même esprit que la précédente. Combo continue d’arpenter les rues un peu plus sur ses gardes, plus déterminé que jamais avec son adage qui l’accompagne : « Fear no one fear nothing, n’aie peur de rien ni de personne ! »
 
Lansala Delcielo
 

Articles liés

  • Amandine Gay, ‘une histoire à soi’ pour raconter les non-dits de l’adoption

    Dans son dernier film ‘Une histoire à soi’, la réalisatrice Amandine Gay propose cinq récits intimes de personnes adoptées à l'international. Sur fond d'archives personnelles, les protagonistes livrent leurs questionnements tout au long de leur parcours de vie, au sujet de leur adoption. Des témoignages forts qui ouvrent une discussion plus large sur la famille, la parentalité, l'acculturation ou encore la quête identitaire. Entretien. 

    Par Louise Aurat
    Le 13/07/2021
  • « Gagarine », cité céleste sur grand écran

    Une cité devenue film. Le premier long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sort ce mercredi 23 juin au cinéma. À quelques jours de sa sortie nationale, le film était projeté en avant-première au cinéma le Luxy, situé à quelques mètres de l'ancienne cité Gagarine (Ivry-sur-Seine), au centre de cette histoire étonnante et poétique. Reportage et témoignages.

    Par Louise Aurat
    Le 23/06/2021
  • Kery James à l’INA pour guider les jeunes vers le « show-business »

    Accéder aux métiers de l’audiovisuel, sans diplôme, ni réseau : c’est la promesse de la classe Alpha, une promotion de 100 jeunes guidés par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et pour les aider à garder la motivation, qui de mieux que Kery James pour animer une master class attendue par tous. Le dramaturge, réalisateur et artiste a pu échanger avec ses jeunes sur son expérience et son parcours.

    Par Nolwenn Bihan
    Le 02/06/2021