Comment c’est loin est sur les grands écrans depuis le 9 décembre. Un film drôle, fort, où le réalisateur propose un mélange des genres, la comédie musicale se mêle la réflexion sociale.
Dès le générique, le ton est donné ! Semi-musical, semi-social, le film raconte l’histoire de deux losers : Orél et Gringe. Amis dans la vie, ils sont inséparables et complémentaires. Le plus rêveur : Aurélien alias Orél, impertinent, vanneur, nonchalant croit en ses rêves. Tout au long du film, il est absorbé et enfermé dans un monde imaginaire pour éviter la violence du monde réel. Gringe, terre à terre, glandeur sans faille, noie sa frustration dans des aventures sans lendemain. En quête de reconnaissance, voire de sens, Gringe use de son ton âpre pour rappeler à son pote qu’il s’agissait d’une foutaise de croire ou d’avoir cru « qu’ils allaient percer dans le rap ».
Tous deux attendent depuis dix ans, le jour où ils auront le déclic pour retrouver l’inspi’ et pouvoir écrire à nouveau. Dans ce film, le duo joue leur propre rôle et forme dans cette fiction comme dans la réalité le groupe Casseurs Flowters. Ils disposent alors de 24 heures pour écrire une chanson, un défi qui va chambouler leur quotidien et réveiller cette passion morte : le rap. D’ailleurs, dans un des morceaux, Inachevés, chanté dans le film, le duo évoque les conséquences de cette passion dans leur vie.
Le film s’ouvre par un flash-back, où l’ont voit le binôme balancer leur premier freestayl sur une radio locale, la radio Phoenix. Depuis et cela pendant dix ans, plus rien, ils vivent le « syndrome de la feuille blanche ». Ces deux trentenaires se complaisent et alternent entre errance, autodestruction et système D, le temps de retrouver le flow, l’inspi, le goût…
L’histoire du film s’étale alors sur une journée, une journée marquée par des péripéties, mais qui condense toutes les difficultés auxquelles ils sont confrontés au quotidien. Pour illustrer ces obstacles, ces derniers vont recracher dans des textes l’émotion, le mal-être, la colère qui les animent. Durant le film, les textes vont se succéder et représenter un fait ou un état des lieux. La scène à l’arrêt de bus est frappante. Les deux amis veulent rejoindre le centre-ville où se trouve le centre commercial. Pour cela ils empruntent l’autobus qu’ils vont attendre des heures et qu’ils vont bien évidemment louper. Un arrière décor dépeuplé, esseulé qui rappelle l’abandon des zones urbaines moyennes en France, en l’occurrence Caen, dans le Calvados. Le film se ferme par le single qui fait un carton actuellement : A l’heure où je me couche.
httpv://youtu.be/1b0Eh4iELqQ
Contesté par certains, récompensé et reconnu par d’autres, Orelsan nous montre une fois de plus sa performance à travers le film. C’est avec spontanéité et profondeur qu’il incarne son propre personnage avec son meilleur ami dans la vraie vie. En 2009, il sort son premier album, Perdu d’Avance, un deuxième en 2011, Le Chant des Sirènes, s’en suivent des singles qui tournent en boucle sur les ondes, des victoires de la Musique, des duos avec des artistes talentueux, et fait ses premiers pas dans le petit écran avec la série Bloqués diffusée sur Canal+.
On le voit aujourd’hui sur le grand écran avec son film Comment c’est loin qui nous permet d’écouter l’album des Casseurs Fowters. Les textes sont forts, saillants, et nous parlent parfois même nous troublent, car certains morceaux portent des messages et soulèvent des réalités sociales. C’est en regardant ce film et en écoutant les textes qu’on se rend compte que cela fait du bien d’écouter du bon rap, du vrai rap, qui retrouve ces fonctions. Leur rap fait appel aux tripes, au vécu et délivre un message de révolte, de contestation et d’espoir.
Orel nous offre un film où le public peut s’identifier à travers les personnages et permet de lever le voile sur certaines problématiques que connaît aujourd’hui une partie de la jeunesse de province, confrontée elle aussi à l’ennui, au chômage, au racisme ou encore à l’exclusion. D’ailleurs, un regard croisé mérite d’être fait entre ce film Comment c’est loin, sorti en 2015 et celui de La haine de Mathieu Kassovitch sorti en 1995. Même principe : 24h, des jeunes, un défi, l’ennui, des obstacles, des révoltes…
Nadia Azzaz
httpv://youtu.be/3d0DhYX6ZO8

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