Centre Belgique Wallonie, une trentaine d’élèves de première en section économique et sociale du lycée Jean Renoir de Bondy sont fébriles, la séance de projection de leurs films débute dans quelques dizaines de minutes. Les documentaires réalisés à l’aide de leur téléphone portable sont baptisés pocket-documentaires. Neuf mois de travail, entre proposition de sujets, tournage, montage puis préparation du festival de ce soir seront présentés aux spectateurs, venus nombreux.

Un public a priori conquis, puisque composé de parents, de certains protagonistes, d’une partie du personnel du lycée et de représentants de la cinémathèque parisienne, le Forum des Images. Applaudissement après chaque film : il connaît parfaitement son texte. Myriam, la maman de Sabrina, avoue être curieuse de voir enfin leur film sur l’excision. « On en a énormément entendu parler. Et aujourd’hui on va comprendre des choses. Cette expérience les a transformées. » Le thème est difficile, mais le film est réussi. Une voix féminine raconte son expérience, sur fond d’images de son quotidien. Le visage n’est pas dévoilé. Le film se veut pudique, il montre finalement la maturité que les trois lycéennes ont acquise au long de l’année.

Élaborer un documentaire, pour « filmer le réel » comme le dit la consigne, à partir d’un si petit objet n’a été un exercice évident. « Au début on ne savait pas trop sur quoi faire notre film. Finalement, on a choisi Bondy, parce que c’est ça notre réel. C’est notre ville. Et comme on la connait très peu, on a décidé de raconter son histoire », explique Christelle, auteure avec Zahra et Myriam de Bon… dis… tu connais ? C’est précisément par leur œuvre que débutera la soirée. Elle s’achèvera avec C’est moi le chef, qui se penche sur les bagarres dans les cours de récréation.

Leurs auteurs n’ont pas vu Être et avoir, le joli documentaire de Nicolas Philibert. Pourtant leur personnage principal est au moins aussi malicieux et attachant que le petit Jojo. Les scénarios sont d’une grande originalité, tant dans le choix des sujets que dans le traitement de l’image. Ils se sont pour cela inspirés de Délires flagrants de Raymond Depardon ou de Les glaneurs et les glaneuses d’Agnès Varda, pendant leur séance de travail au Forum des Images.

Question cruciale : pourquoi avoir opté pour le téléphone portable ? Avouons que les qualités visuelles et sonores ne sont pas toujours optimales. « Il est un objet de conflit dans l’éducation nationale, les élèves envoient des SMS quand ils s’ennuient en cours ou filment le prof à son insu. On a voulu en faire un objet de création artistique et pourquoi pas de réconciliation », décrit joliment leur professeur Martine Chen. Visiblement émue, fière de ses élèves et heureuse d’avoir partagé de beaux moments avec eux, elle espère réitérer l’expérience l’année prochaine.

Épaulés par le Forum des Images et le festival Pocket Film, les réalisateurs en herbe ont de quoi fanfaronner. Trois œuvres seront projetées les 13, 14 et 15 juin prochains au festival. Une occasion à ne pas manquer. Au hasard des titres, Prison string, Une Femme comme les autres, Tecktoril’s Day.

Retour sur scène, où l’ambiance est détendue. Quatre élèves ont endossé le costume de présentateur d’un soir. Quelques blagues potaches, que leur professeure avouera n’avoir ni cautionnées ni censurées, de véritables mises en scènes et beaucoup d’humour, comme la remise du prix du film le plus tendu remis à Prison string. Un concentré de cultures urbaines, qui montre une fois de plus que banlieue et créativité font souvent bon ménage !

Bouchra Zeroual

La 4e édition du Festival Pocket Films se déroulera les 13, 14 et 15 juin 2008 au Centre Pompidou à Paris. Programme détaillé sur www.festivalpocketfilms.fr

Bouchra Zeroual

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