Elle a 16 ans, a déjà publié deux livres, « Confidences » et « Cicatrices », et travaille actuellement à son troisième. Dali Touré habite Aulnay-sous-Bois, dans le quartier de la Rose des vents, dit aussi les 3000. Qui se cache derrière cette jeune femme ? Une auteure et lycéenne en première littéraire, passionnée par la lecture et l’écriture. « Depuis que j’ai su lire et écrire, je me suis mise à écrire des histoires, des poèmes », raconte-t-elle. Cet engouement pour l’écrit, elle le tient notamment d’un livre, « Matilda », de Roald Dahl. Dali Touré s’était alors identifiée à ce personnage surdoué : « Je voulais être comme elle. » Dali est férue de romans autobiographiques, fantastiques, qui véhiculent un message.

A 14 ans, elle retrouve ses brouillons, beaucoup d’écrits constitués de récits et de poèmes. Son professeur de français, Madame Viaduc, l’aide à corriger ses fautes d’orthographe et de syntaxe. Elle l’encourage à publier son travail, elle croit en elle. « J’ai envoyé mon livre à des maisons d’éditions comme Bénévent, Baudelaire, Persée. Ils m’ont proposé des contrats mais ça ne m’intéressait pas. » Elle découvre qu’un auteur « ne gagne pas grand-chose avec une maison d’édition » et a peur de s’engager avec l’une d’entre elles et que son livre ne puisse pas se vendre. Dali Touré opte pour une autre solution : se publier elle-même. C’est ce qu’elle fait via le site Internet www.thebookedition.com. Elle bénéficie du soutient de la ville d’Aulnay-sous-Bois pour ses premières commandes. La municipalité lui a commandé une centaine d’exemplaires qu’elle a vendus par la suite.

Ainsi, est paru en mars 2010 « Confidences », un recueil de nouvelles et de poèmes qui évoquent différents thèmes : la vie d’une sans-papiers, la perte d’un proche, le racisme. « J’avais 15 ans quand il est sorti », explique la jeune auteure. Il s’en est écoulé 2500 exemplaires. En décembre dernier, Dali Touré en publie un nouveau : « Cicatrices » (1700 exemplaires vendus). Un ouvrage composé de récits qui parlent de la polygamie, de la vie d’un handicapé.

« Dans mes livres, je ne parle ni positivement, ni négativement de la banlieue. Je la décris telle qu’elle est, avec sa richesse et sa pauvreté. » Elle préfère le réalisme dans ses ouvrages et évoque des situations qu’elle n’a pas vécues (même si quelques-uns de ses personnages sont passionnés de lecture et d’écriture comme elle). « Je me jette dans ce que je ne connais pas, j’essaie de me rapprocher de la réalité en me renseignant auprès de personnes qui vivent ces situations. C’est ce que j’ai fait pour la polygamie, en demandant à des amies de me raconter leur vie. Dans mes livres, les fins sont joyeuses, neutres ou tristes. Je ne veux pas que mes histoires finissent toutes bien, comme celle du handicapé par exemple, je ne voulais pas finir par un miracle et dire qu’il allait remarcher. La vie n’est pas un conte de fée. »

Un troisième ouvrage est en cours, « Les bleues de l’âme ». Elle travaille également sur un court-métrage inspiré de ce dernier livre : « Je suis la scénariste, c’est ma meilleure amie qui joue le rôle principal. » Dali Touré reste discrète : « La plupart de mes profs ne savent pas que j’ai publié un livre. Je n’en parle jamais. Je ne trouve pas qu’avoir écrit deux livres soit impressionnant. » Elle se destine au métier de professeur de français, « l’écriture est une passion, je ne veux pas en faire mon métier ».

Sur son site Internet, elle propose aux internautes de commander ses livres : « Je les envoie par la Poste. Quand j’ai le temps, je les dédicace. » Sa promotion passe par le bouche à oreille et le web. « Le chanteur Mokobé (du groupe 113) a fait la pub pour mon livre sur son Facebook. Depuis j’ai eu des commandes de Lille, Marseille… » Un bouche à oreille qui semble fonctionner : « La ville de Choisy-le-Roi a commandé mes livres pour ses écoles. » Elle participe aussi à des journées de dédicace à Tremblay, Bagnolet et Neuilly-sur-Marne et fait des lectures en bibliothèques ainsi qu’en maisons de retraite. « Avec du courage, de la patience et de la persévérance on ne devient que ce l’on veut être. » Telle est la devise de Dali Touré.

Imane Youssfi

Passage tiré du livre « Cicatrices » (pages 23-24)

J’habitais non loin de la capitale française, dans une de ces banlieues un peu délaissées. Il n’y avait pas beaucoup de magasins ; un seul centre commercial où nous pouvions faire toutes nos courses. Je me rappelle que j’allais acheter le pain tous les matins chez Hamid. Il me donnait des bonbons, ceux que je préférais. Je l’aimais bien le boulanger, il était tellement gentil avec moi.

La vision que les medias offraient au grand public de ma ville était toujours négative. Les téléspectateurs issus de milieux plus favorisés la trouvaient violente mais nous, non. Nous trouvions que c’était quand même bien. Les gens passaient du temps dehors, à rigoler, à jouer. Une atmosphère très agréable y régnait. C’est vrai qu’il y avait souvent des « bastons » mais bon, c’était amusant et puis rien de grave. Mon quartier empestait la misère. Beaucoup de jeunes dealaient. « Les darones », comme on les appelle, avaient toutes des « boulots de merde » ou n’en avaient pas du tout. Celles qui travaillaient ne gagnaient pas grand-chose. Elles nettoyaient les chambres de ces bourges qui avaient « grave de l’argent » ou encore  celles de ces chefs, dans des bureaux, qui touchaient, en une semaine de travail pépère ce qu’elles gagnaient en deux mois de travail intensif ! Et pourtant personne ne s’en plaignaient.

Chez nous les habitations étaient un peu trop dégradées et on ne les rénovait pas. La plupart de nos rues portaient le nom de peintres célèbres tandis que les bâtiments ressemblaient aux « œuvres » abstraites que nous pouvions faire à la maternelle. Nos bâtiments n’étaient presque jamais nettoyés. Les femmes de ménage en avaient marre parce qu’il y avait des gens qui pissaient partout dans les escaliers. Et puis « nous ne sommes pas vos chiennes après tout ! » disaient-elles. C’est vrai que la saleté ne nous dérangeait pas plus que ça. En effet, nous ne nous en plaignions pas vraiment mais c’est vrai que nous aurions préféré une plus belle vie comme j’aimais le faire dans mes dessins. Oui, j’en faisais et j’écrivais pour pouvoir vivre mes rêves. Ce sont mes passions.

Dali Touré

Paru le 17 février

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