À l’image de la REcyclerie ou de la Halle Pajol, le XVIIIe arrondissement de Paris change peu à peu de visage. Dernier projet en date : la rénovation de l’ancienne gare de Saint-Ouen qui s’apprête à accueillir Le Hasard Ludique, un autre rendez-vous culturel.

J’habitais rue Belliard à quelques mètres. Je suis arrivé en 2010 dans le quartier. Avant, il y avait un commerce à l’intérieur, c’était un bâtiment à l’abandon et je m’intéressais pas mal à cette vieille gare”. Vincent Merlet, la trentaine, écharpe grise et paire de lunettes accordée à son pull orange, est le co-fondateur du Hasard Ludique. En pleine réappropriation de la petite ceinture par la mairie de Paris, les appels d’offres s’entrechoquent, Vincent tente sa chance.

Avec deux associés, eux-aussi habitants du XVIIIe arrondissement de Paris, Vincent entame alors une découverte du territoire d’ancrage. L’objectif des trois entrepreneurs : faire d’une ancienne gare un lieu de vie et de rencontres. L’équipe remporte l’appel d’offres de la Ville de Paris en misant sur un programme culturel pensé pour avoir un impact social et culturel important sur la vie du quartier de l’avenue de Saint-Ouen.

Un lieu culturel hybride

imageLes travaux commencent en 2013 avec le souhait de retrouver le volume initial de la gare et de rendre l’éclat d’antan à sa façade. Visiblement, l’équipe a vu les choses en grand. Le Hasard ludique se divisera en trois parties. L’ancienne gare Saint-Ouen accueillera un lieu culturel hybride où cohabiteront un atelier de pratique artistique collective, un bistrot gourmand de cent couverts avec la possibilité de profiter d’une grande terrasse et un accès au quai des voies ferrées derrière l’édifice. Enfin, le rez-de-chaussée abritera une salle de spectacles riche d’une programmation culturelle « avec en fil rouge une programmation axée musique actuelle mais aussi jeune public, un domaine très important pour nous », explique Vincent Merlet.

Le premier travail consiste à rencontrer les acteurs locaux du changement dont les associations. “Nous sommes impliqués dans un festival qui s’appelle « Clignancourt Danse sur les rails ». On le co-organise avec « Les jardins du ruisseau », une association qui gère les jardins partagés”. Ces lieux se situent non loin de la REcyclerie, autre gare située dans le nord du XVIIIe arrondissement et transformée en lieu culturel. « Nous sommes amenés à travailler avec la REcyclerie car nous empiétons sur leurs quais en attendant l’ouverture au printemps 2017 « .

Du retard dans les travaux

imageSur le chantier, les maîtres du bâtiment s’activent depuis mars dernier afin de démurer la structure aveugle sur laquelle, pour le moment, il est difficile de se projeter. Privatiser un lieu ne veut pas dire disposer de ce qu’il y a autour. L’achat de la gare n’implique pas la disposition du quai. “Nous sommes toujours en discussion avec la Ville de Paris pour occuper le quai, avoir nous aussi une terrasse pour se promener et organiser une partie des événements au rez-de-chaussée. Aujourd’hui, nous sommes certains d’une chose : nous allons être occupants de cette gare ». Mais quand ? Telle est la question. Les travaux ont pris du retard : initialement prévue pour octobre 2015, l’ouverture n’aura finalement pas lieu avant 2017.

Si les contours du projet sont aujourd’hui tracés, beaucoup de sujets restent à affiner. C’est pour cette raison que le Hasard Ludique a lancé La Fabrique, première plateforme collaborative pour la construction d’un lieu culturel. Le but ? Impliquer les riverains au projet. “Nous avons demandé aux habitants de participer au projet en leur demandant ce qu’ils pensaient de la future programmation, de la décoration, du menu. Ça a donné lieu à une tournée d’événements dans une bibliothèque, dans un centre culturel et dans un lycée et nous allons poursuivre cette démarche à partir d’octobre », explique Vincent.

Cette démarche n’est qu’une étape dans le long processus d’implantation d’un projet dans un quartier populaire et cosmopolite dont les membres n’ont pas la même approche de la culture. “Il est important que l’on réponde aux attentes des habitants du quartier. On veut bien rayonner dans le monde entier mais avant on veut avant tout rayonner auprès des riverains.”

Impliquer les habitants au projet 

Pour intégrer les riverains au projet, l’équipe du Hasard Ludique a notamment organisé une performance artistique. L’idée était de sensibiliser le public lors de la Nuit Blanche, une nuit dédiée à l’art parisien. Une dizaine de jeunes du quartier les ont aidés dans l’organisation de l’événement : “J’aime beaucoup l’idée du lien que l’on peut tisser à travers le travail”, se réjouit Vincent Merlet.

Lorsque l’on s’implante dans un quartier aussi multiculturel que le nord du XVIII arrondissement, il est impensable de ne pas s’engager même s’il est question d’une structure privée : “Nous avons un rôle social même si ce n’est pas à nous de nous substituer aux acteurs sociaux”. L´équipe qui aimerait avoir un impact social localement, souhaite donc travailler avec les acteurs sociaux du quartier : centres sociaux, centres d’animations, associations de prévention, éducateurs de rue…

Le street art perturbé

Autre défi et de taille : ne pas dénaturer l’ambiance et l’héritage du lieu. Le street-art est omniprésent dans le quartier, il représente l’âme de la petite ceinture. Comment peut-il perdurer après les travaux ? Le quai reste l’un des spots des street artistes. Que va devenir ce parc public s’il est privatisé ? “Nous serons obligés de le fermer si on le privatise », affirme Vincent Merlet. L’activité naturelle du street-art sera donc forcément perturbé. » Mais, affirme le responsable, le mur droit côté rue Belliard de la gare sera dédié à un artiste chaque mois.

Yousra GOUJA

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