Yamina Benguigui salue son hôte d’une chaleureuse accolade. Avant d’entamer l’entretien, elle demande gentiment à un assistant de faire visiter la maison au « jeune du BondyBlog ». L’homme – il s’appelle Said – s’exécute. Il me présente ses collègues, chacun par son prénom, s’en va fumer une clope. Les civilités faites, je retrouve la réalisatrice de documentaires et de fictions. Elle gère la société production Elemiah, au cœur de Suresnes.

C’est la fin de matinée. Yamina Benguigui a laissé les boutons et manettes de la salle de montage pour une petite heure, le temps de notre entrevue. Claudia, la secrétaire, apporte le café. Yamina est face à moi. Je la questionne sur son prochain film. Elle me parle d’un « film documentaire ». Sa spécialité. Mais celui-ci a une valeur particulière. Il parle d’une population. Celle qui vit dans le 93, un département désormais mythique, au passé chargé, au présent compliqué et à l’avenir incertain.

Un « véritable travail d’historienne », annonce la cinéaste, qui s’est penchée « pendant deux ans sur cette terre » et qui a décidé d’en faire un film. Pas un énième film sur la banlieue, non ! Un documentaire qui se veut exceptionnel et qui reprend l’histoire « depuis le début », « en 1870 », d’après la réalisatrice. « Cette terre a des racines, des mémoires, alors j’ai voulu remonter à la source », dit-elle. Le projet n’est pas si simple. Il a fallu décortiquer des documents, rencontrer des historiens. Yamina Benguigui a découvert des choses à peine croyables. « A la fin du 19e siècle, on a installé là des usines expérimentales », raconte-t-elle, les yeux écarquillés, « les sols étaient infectes, vu qu’on y déversait des produits toxiques ». Claudia nous interrompt. Elle s’approche, glisse un mot à l’oreille de Yamina. Elle ressort et s’excuse du dérangement.

Une fois documentée, la réalisatrice est allée sur le terrain pour le tournage. Elle a posé ses caméras dans beaucoup de villes du département, pour le plus grand bonheur des habitants qui connaissaient Yamina Benguigui grâce à son film, « Mémoires ». L’occasion, pour ces gens, de découvrir enfin le passé de leurs terres.

« En 2008, elle se porte comment la banlieue ? », lui demandais-je. « C’est une population solidaire avec une énergie, une intelligence et des gens nouveaux. Une population qui a les pieds sur terre mais qui est très abimée, parce qu’on lui a menti depuis 50, 60 ans. Mais maintenant, c’est terminé, elle ne se laissera plus noyée », repond-elle en tapant du poing sur la table. Yamina Benguigui est ici militante, elle veut porter la parole des banlieusards.

Convenons-en : nous, habitants du 93, n’avons pas de leader capable de porter un message fort. Cette mission avait été confiée à Fadela Amara. Mais on l’entend trop peu, ou pas comme il faudrait. Il arrive que le flambeau change de mains, comme la torche olympique. Désormais, les « grands » du cinéma veulent nous voir réussir et n’hésitent pas à se mouiller. Yamina Benguigui est de ceux-là. En septembre sera diffusée sur Canal – « seule chaine qui a bien voulu du projet » – « Histoire d’un territoire » et plus de 200 débats seront organisés dans les salles obscures, autour du film. Avec, sans doute, un blog à la clé. Ce maudit passé sera dévoilé et ce présent parfois angoissant le sera peut-être un peu moins.

Mehdi Meklat

Mehdi Meklat

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