Originaire de Nemours, petite ville de la Seine-et-Marne, près de Fontainebleau, David Lopez étudie à Paris-VIII après l’obtention de son bac Littéraire avec mention assez bien comme Rastignac s’en va pourfendre la bourgeoisie parisienne en s’introduisant chez elle. Il débute par une année de Licence d’Histoire, s’arrête au bout d’un semestre. « J’ai un rapport aux études où ce qui est important n’est pas de se préparer à un métier mais de prendre plaisir à ce que l’on étudie ». Il se tourne alors vers la sociologie pour enfin déborder sur un master en création littéraire. Son thème de recherche n’est pas le fruit du hasard : « l’Inversion du Stigmate dans le rap français ». David Lopez gratte des textes de rap depuis l’âge de 13 ans. « J’avais toujours un dictaphone sur moi, avec les potes on s’enregistrait à faire des couplets ».

Attention, ne vous méprenez pas, son terrain de jeu favori, c’est la littérature. Une littérature bien bombée comme les biceps en flânant devant le miroir ! Vous l’aurez compris, David Lopez a le souci des formes, les formules bien tournées, des jeux de style, les métonymies, les palindromes, les oxymores, un foisonnement de figures de style que son premier roman Fief.

Quand David Lopez parle de création littéraire, on le sent dans son expertise. Il en parle presque en termes d’alchimiste tant il répond avec énergie aux questions que lui posent les personnes venues assister à la soirée de dédicaces organisée à la librairie des 2 Georges à Bondy. « J’ai beaucoup aimé sa liberté de ton, de propos, son côté anticonformiste et son refus net de rentrer dans toutes querelles idéologiques. Il est venu parler de littérature, point ! » glisse Jacques Konfinov, professeur d’espagnol à la retraite.

Son franc-parler et sa dose d’humour font qu’il sympathise très rapidement avec son auditoire, laissant à voir une bande de potes qui discute ensemble dans un hall pour tuer le temps. David Lopez prend soudain les traits de son personnage Jonas même s’il aime bien faire le distinguo. « Souvent, en dédicace, lorsque l’on me parle de Jonas, on me dit souvent : ‘alors « vous avez » et non pas « Jonas a » ! On m’identifie à Jonas alors qu’il ne s’agit que d’un personnage ».

Fin, presque longiligne, les cheveux bruns, un peu en bataille, couvrant le haut de son front, David Lopez arbore le style d’un rockeur des années 70, vêtu en noir, de la capuche de son hoodies à la pointe de ses chaussures de ville, faisant subtilement écho à une version jeunette de Jean-Louis Aubert. On aurait même du mal à croire que le jeune écrivain de 32 ans se drogue à coup de PNL ou de Damso. Brouiller les pistes, faire le grand écart entre les étiquettes qu’on lui impose, c’est un peu sa spécialité, son art, sa littérature, l’immobilisme d’une catégorie, le coté amorphe de la plaquette « écrivain » ou « romancier » étant sa plus grande frayeur. D’ailleurs, ne lui dites pas qu’il est un écrivain mais plutôt « quelqu’un qui travaille sur l’écriture, qui a l’ambition de pouvoir raconter des histoires avec la matière dont il dispose ». Interview.

Le Bondy Blog : Comment la vocation de devenir écrivain vous est-elle venue ?

David Lopez : Cette vocation de devenir écrivain, je l’ai toujours eue ! Depuis tout petit, j’ai ce truc pour l’écriture. À l’adolescence, je me suis censuré par complexe. Je me sentais illégitime face à la littérature. À l’intérieur de moi, je me disais que ça n’était pas fait pour les gars comme moi. Enfin, j’ai réalisé que c’était un vieux serpent de mer. Et puis, j’ai repoussé les échéances. Après avoir obtenu mon master, j’ai pris quatre années sabbatiques, j’ai voyagé autour du globe. À mon retour, j’ai fait des boulots qui ne me convenaient pas. Et je me suis dis : « Bah pourquoi pas écrire un livre ! »

Le Bondy Blog : Fief, c’est le titre de ton roman. Que t’inspire ce mot  ?

David Lopez : Fief, c’est la chose à soi, là où on est chez soi, auprès des siens. C’est très territorial au début mais ça évolue vers quelque chose de très mental, relatif à une intériorité. Les personnages ont cette manière de vivre entre eux parce que ça les rassure. Ils se sentent proches auprès des leurs puis finissent par sortir de cet isolement dans lequel il se sentent pris au piège. Le fief c’est leur refuge, un refuge mental.

Le Bondy Blog : Est-ce que tu es d’accord pour dire qu’il y a une forme de « sampling » dans ton roman ?

David Lopez : Oui, grave. Je trouve ça terrible de le dire comme ça. Au-delà d’aller emprunter ailleurs, il y a l’idée d’emprunter dans une tout autre esthétique, dans un univers de références complètement différent du sien.

Le Bondy Blog : Trouver un éditeur est souvent un parcours du combattant, comment ça s’est passé pour toi ?

David Lopez : J’ai eu beaucoup de chance. Mon master en création littéraire m’a fait côtoyer des auteurs. Certains d’entre eux m’ont lu et m’ont recommandé à leur éditeur. Bon, ce n’est pas un sésame pour la publication mais cela a été un accélérateur. Si le mec a une pile de manuscrits sur son bureau, le fait qu’il soit en haut de la pile va faire que tu bénéficieras d’un peu plus d’attention. C’est ce qui a fait que je n’ai pas eu à passer par le circuit anonyme.

Le Bondy Blog : Est-ce que tu cibles des lecteurs en particulier avec ton roman ?

David Lopez : Pas intentionnellement. Par contre, je suis conscient que tout le monde n’est pas réceptif de la même manière. Si j’avais un cœur de cible, ça serait des gens qui se sentent à la périphérie de la culture des livres, qui ne lisent pas d’habitude. Dans ma ville, il y a plein de jeunes, quand ils me lisent, ils disent s’identifier et se disent « je connais ces mecs, je parle comme eux ». Mon roman c’est une manière de percer ce fossé, avec ce souci de l’accompagner en faisant des rencontres comme celle qui nous réunit aujourd’hui et de réconcilier des jeunes avec la littérature.

Bondy Blog  : La boxe est très présente dans ton roman, mais sous une forme très particulière, peux-tu nous en dire plus ? 

David Lopez  : La description que je fais de la boxe est très près du corps, près des sensations. L’idée que la boxe est une façon de transmettre des valeurs est un poncif dans laquelle je n’ai pas voulu tomber. Jonas a déjà intériorisé les valeurs que l’on enseigne dans le monde de la boxe  : le respect de son adversaire, de son autorité, il les met simplement à l’œuvre, le lecteur peut les voir sans que j’ai besoin de les nommer textuellement.

Le Bondy Blog : Vous sentez-vous personnellement impliqué par les problématiques sociales dans les quartiers ? Diriez-vous que votre roman est engagé ?

David Lopez : Mon personnage de Jonas est très contemplatif, il commente beaucoup les choses autour de lui et fuit son intériorité. Pourtant, il n’est pas dans la revendication. Si mon roman est impliqué, il l’est à la manière de Jonas : il est impliqué mais ne le revendique pas. Moi, je décris seulement un style de vie qui forcément donne matière à soulever des problématiques sociales.

Propos recueillis par Jimmy SAINT-LOUIS

Articles liés

  • « Cœurs noirs », l’image du rap qui lutte

    Dans le combat contre les violences policières, les rappeurs prennent leur part. Brahi, un artiste originaire de Seine-et-Marne, a sorti le 17 juillet « Cœurs noirs ». Un rap en forme d’hymne de la lutte incarnée par Fatou Dieng, la sœur de Lamine, qui a inspiré son auteur. Celui-ci nous raconte l’histoire de ce son qui nous a séduits.  

    Par Céline Beaury
    Le 29/07/2020
  • Joël Dicker : « Le syndrome de l’imposteur, c’est toute ma vie ! »

    En l’espace de dix ans, Joël Dicker aura marqué de son empreinte la scène littéraire française. Ses 4 romans écoulés à plus de 10 millions d’exemplaires ont fait de lui l’auteur francophone le plus lu de la dernière décennie, à seulement 34 ans. Fin mai, le natif de Genève a sorti « L’énigme de la chambre 622 », dont il est l'un des héros. Le BB l'a rencontré pour parler de lui, de ses écrits et de son avenir. Entretien. 

    Par Félix Mubenga
    Le 22/07/2020
  • Moi, j’ai adoré « Tout simplement noir »

    Sortie-événement de ce début d'été, « Tout simplement noir » de Jean-Pascal Zadi et John Wax met à l'écran certains débats qui traversent la société française. C'est le cas de la place des Noirs en France, interrogée avec humour, ce qui n'a pas manqué de susciter certaines critiques. Notre reporter, Félix Mubenga, a quant à lui trouvé le film drôle et pertinent. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 13/07/2020