Alors que la matinée de cette triste journée avait déjà été marquée par le décès de feu Prince Phillip, voilà que tombe l’annonce fatidique et crainte par tous les fans de rap depuis quelques jours. Le rappeur DMX s’en est allé à l’âge de 50 ans à l’hôpital White Plains dans l’État de New-York aux États-Unis.

Quelques jours avant sa disparition, ses fans apprennent avec surprise son hospitalisation en urgence après que des proches aient retrouvé le rappeur inconscient chez lui, après une overdose. D’abord placé dans le coma, son entourage se voulait rassurant auprès des fans qui jusqu’au bout auront cru à un miracle qui n’est malheureusement jamais arrivé.

 


Le 3 avril dernier, le rappeur Eminem envoyait ses prières à Dmx et ses proches en esperant qu’il se réveille du coma. 

Pour comprendre pourquoi DMX a marqué toute une génération d’auditeurs de rap, il faut remonter aux origines de ce personnage singulier. Avant de devenir « X », Earl voit le jour dans l’Etat de New-York en 1970 et connaîtra une enfance des plus chaotiques qu’il racontera plus tard sans filtre dans ses textes.

Le jeune Earl est un énième destin brisé par un environnement criminogène et psychologiquement épuisant, il grandit sans son père, dans un foyer où sa mère et ses différents compagnons le tabassent sans cesse.

Pour échapper à la violence, le jeune Earl traîne dehors souvent seul, où avec des chiens errants qui lui tiennent compagnie. Les chiens, c’est avec eux que la future superstar aura un lien particulier, figurant très souvent sur ses pochettes d’albums. Cet animal ne semble être qu’un prolongement de lui-même, aussi . Animal dont il reprendra très souvent les aboiements en guise de gimick comme sur le morceau « Get at me Dog » issu de son premier album.

Un hymne au meilleur ami de l’homme signé DMX. 

À la violence à la maison, s’ajoutent les multiples renvois de différents établissements scolaires, et les allers-retours en prison juvénile : l’adolescence de DMX est rythmée par la délinquance et la violence. Seul dans les rues de son quartier, Earl est rapidement happé par la rue et ses mauvaises rencontres.

L’une d’elles le fera tomber dans l’addiction à la drogue dure à seulement 14 ans. Alors qu’il assistait à une soirée avec quelques amis de son âge, Ready Ron son mentor de l’époque le fait tirer sur un joint dont Earl apprendra plus tard qu’il contenait du crack. Le jeune adolescent déjà en échec scolaire, empêtré dans une situation familiale désastreuse, est désormais accro à l’un des fléaux les plus meurtriers aux États-Unis.

En novembre 2020, le rappeur revenait sur le récit glaçant de sa première fois avec le crack. 

La musique devient alors son seul exutoire pour s’évader des tumultes de son destin qui s’annonce déjà funeste. Earl se lance dans le beat-boxing avant de gratter ses premières rimes au milieu des années 1980. Entre plusieurs allers-retours en prison, celui qui se fait désormais appeler DMX commence à se faire un nom dans la scène underground de New-York dans les années 1990.

Le rappeur apparaît ici et là sur des projets d’autres artistes, mais c’est en février 1998 que sonne son heure de gloire. DMX publie son premier album « It’s Dark and Hell is Hot », véritable déflagration phonique, le rappeur alors âgé de 28 ans dégage une aura, un charisme rarement vus sur un premier projet. Se mêlent dans cet album des hits planétaires tels que « Ruff Rhyders’Anthem ».

Les fans de rap découvrent alors une brutalité et une dureté dans les propos qui témoignent de son entière sincérité à l’image de « Look Thru my Eyes ». L’image brutale et sans filtre de DMX n’est pas commode dans le rap américain de la fin des années 1990 où la norme est à l’opulence avec des porte-drapeaux comme P. Diddy ou Jay-Z déjà.

Considéré pour beaucoup comme un classique, l’album « It’s Dark and Hell is Hot » marque le début de la légende qui publie un nouvel opus la même année. Le succès est une nouvelle fois immédiat, DMX devient une superstar, mais au-delà d’être un rappeur hors-pair, le rappeur prouve qu’il est également un performeur de talent comme en témoigne son live à Woodstock en 1999.

Vêtu d’une salopette rouge devant plusieurs dizaines de milliers de personnes, DMX démontre toute sa puissance ce soir-là à Woodstock. 

Plus récemment encore le rappeur démontrait qu’il n’avait rien perdu de sa superbe et de son charisme en s’invitant à performer son tube « Party Up », en 2015 lors du passage du français DJ Snake à Coachella.

L’aura de DMX dépasse largement celle de la musique, puisqu’il apparaîtra au cours de sa carrière plusieurs fois au cinéma notamment dans « Roméo doit mourir » et interprétera son propre rôle dans plusieurs séries. Cependant ses démêlés judiciaires et ses problèmes d’addiction ne s’arrangent pas.  Il montrera des signes de bipolarité, qu’il évoquera en 2015, ce qui le détruira à petit feu.

Avec DMX la réalité dépasse souvent la fiction

Quelques signes avant-coureurs laissaient déjà présager le pire, lorsqu’en 2016 il fut retrouvé inconscient dans sa ville natale de Yonkers. Le personnage authentique et frôlant parfois la folie aura forgé la légende de Earl. Il y aurait 1001 histoires à raconter à son sujet, et les fans prennent plaisir à les partager sur les réseaux en souvenir du rappeur, comme la fois où il s’est retrouvé à danser une danse traditionnelle albanaise lors d’un mariage, où encore lorsqu’il a failli se faire kidnapper par un seigneur de guerre en Angola alors qu’il devait y performer à la demande de ce dernier. Seul un personnage aussi fantasque qu’Earl DMX Simmons pouvait être le personnage central de ces histoires.

Ces dernières années DMX semblait bien plus apaisé que par le passé, dans ses récentes interviews il déclarait avoir enfin trouvé la paix notamment grâce à la religion. Celui qui travaillait sur un tout nouvel album n’aura donc pas eu le temps de nous faire vibrer une nouvelle fois de son vivant. Vous l’aurez compris DMX aura laissé une empreinte indélébile dans la musique, notamment en classant ses cinq albums d’affilée en numéro 1 du top albums américains (Billboards 200), performance encore inégalée à ce jour.

Alors qu’il est temps de conclure ce modeste hommage à cette immense légende, il me vient en tête les mots qu’il dédia dans l’un de ses clips à Aaliyah disparue tragiquement en 2001. Le rappeur avoua être encore dans le déni du décès de sa partenaire du film « Roméo doit mourir », et aujourd’hui ce sont les fans qui refusent de croire à la disparition d’Earl Simmons.


Le titre I miss you de DMX était un hommage à sa grand-mère, que les fans reprennent aujourd’hui en sa mémoire. 

A titre personnel je souhaitais remercier DMX de nous avoir offert tant de chefs-d’œuvre, de nous avoir ambiancés, et témoigner de ses faiblesses et fragilités sans la moindre pudeur. Aujourd’hui nous autres simples auditeurs, célèbres ou anonymes, célébrons ton héritage.  Peu importe où tu te trouves désormais, j’espère simplement que tu es enfin en paix.

Félix Mubenga

Articles liés

  • Un livre tout en rimes : le défi de ce prof de français du Val-de-Marne

    Un roman de 250 pages, dans lequel toute l'intrigue est construite en rimes. C'est le défi que s'est lancé un peu par hasard, Sherine Soliman, professeur de Français du Val-de-Marne avec son premier roman 'Souleymane'. Une oeuvre hors-du-commun qu'a lu Samira Goual. Entretien sur le fond et la forme.

    Par Samira Goual
    Le 27/04/2021
  • Edouard Louis : « Ma mère, à cause de la domination de classe, ne pouvait fuir celle du genre »

    À l'occastion de la sortie de son dernier livre 'Combats et métamorphoses d'une femme' aux éditions du Seuil, Edouard Louis s'est livré à Miguel Shema au cours d'une longue interview, pour expliquer pourquoi il a choisi de raconter sa mère, sa transformation, et sa libération d'un milieu social modeste, avec ses codes et ses entraves. Entretien fleuve.

    Par Miguel Shema
    Le 22/04/2021
  • La France regarde-t-elle son histoire en face ou se limite-t-elle aux symboles ?

    Depuis plusieurs mois, le Président Emmanuel Macron a initié une séquence mémorielle particulière, en ouvrant notamment les archives sur deux tragédies, la guerre d’Algérie et le génocide des Tutsis au Rwanda, ou encore en désignant des personnalités historiques non-blanches pour les rues du territoire. Mais avec ces rapports et ce volontarisme, la France cherche-t-elle vraiment à faire émerger la vérité historique ou se borne-t-elle au symbole ? Analyse.

    Par Hervé Hinopay
    Le 21/04/2021