#Bondygnon. Lors d’une des conférences de rédaction publiques organisées à Avignon, le Bondy Blog a rencontré Florence Begel, professeur au lycée René Char ainsi que certains de ses élèves appartenant au « GRC » (groupe réflexion culture) et les a suivi le temps d’une représentation. 
Une adaptation d’un film de Visconti jouée par la Comédie Française à la Cour d’Honneur du Palais des Papes, c’est évidemment l’événement de ce 70ème festival. L’équivalent d’un mot compte triple au Scrabble ou le genre de manifestation à vous ressusciter André Malraux. Chaque soir, une queue interminable. Un soir, parmi les impatients, des jeunes du lycée René Char accompagnés de Florence Begel, leur professeur de philosophie et de Pascale Brunastre la CPE.
Toutes deux passionnées de théâtre, voilà cinq années qu’elles mettent tout en œuvre pour permettre aux lycéens de l’établissement de profiter du festival d’Avignon, et des pièces principales du « in » mais également de sorties culturelles dans la ville comme la visite des coulisses du Palais des Papes. Cette année, c’est un groupe de quatorze lycéens qui profitent du dispositif qui devait s’étendre sur quinze jours mais qui a été écourté faute de jeunes inscrits pour la deuxième semaine. Le lycée compte pourtant aux alentours de mille élèves…
« Ceux que l’on a le plus de mal à faire venir ce sont les bac pro mais en même temps ce n’est pas simple car l’année scolaire se termine tôt pour eux, et pendant le festival ils sont souvent en stage » explique la professeure de philosophie. « Mais je me souviens qu’une année, il y avait une élève en filière professionnelle qui avait participé, elle a fait option théâtre et ensuite elle est même entrée au conservatoire » ajoute la CPE, Pascale Brunastre.
Le groupe est composé de seconde et de terminale, la plupart scientifiques ou se destinant à cette filière. Chose surprenante, « je crois qu’il n’y a jamais eu de littéraire ou d’élèves voulant faire L » déclare la professeure.
Aucun des lycéens du groupe n’a vu le film de Visconti, « je m’attends à un truc choquant » déclare Lina. « Les Damnés » c’est leur quatrième et dernier spectacle. En tant que lycéens, ils bénéficient du tarif leur permettant de voir quatre spectacles pour quarante euros. Les accompagnatrices, elles, paient 39euros la place, un certain investissement…
Le groupe attend que la foule diminue avant de faire la queue à son tour, contrôles de sécurité puis ils s’engouffrent dans le palais. Pendant deux heures, devant eux se déroule l’histoire d’une famille d’industriels sous l’Allemagne nazie et ses scènes de violence morale, physique et sexuelle. Après le spectacle, il faut se dépêcher de rentrer, histoire de ne pas rater le bus, tous n’habitent pas dans le centre ville. Parfois, il arrive à la prof d’héberger chez elle ceux qui habitent vraiment loin lorsqu’il est trop tard.
Le lendemain, le petit groupe se retrouve à la maison Jean Vilar, histoire de débriefer de la semaine avec la professeure qui rappelle qu’elle était réticente à l’idée d’emmener les lycéens voir « les Damnés », qu’elle a consulté les parents. « Mais comme on a vu le spectacle de 12h, 2666, je me suis dis qu’ils étaient prêts ».
 image2-1« Oui c’est choquant mais c’est une pièce engagée, il faut dénoncer donc forcément c’est percutant » déclare Amélia. Tous livrent leur analyse de la pièce avec justesse et sincérité, eux qui n’avaient jamais vus la Comédie Française en représentation auparavant. « L’acteur joue bien, je m’y attendais pas » révèle Matthis.
A côté de lui Camille explique qu’elle n’a pas tellement compris certains passages de la pièce « mais après on en a parlé et j’ai compris ». Ainsi, il ne s’agit pas seulement d’emmener les jeunes au théâtre mais de faire tout un travail d’accompagnement afin qu’ils y prennent goût. C’est pourquoi la professeure s’efforce d’organiser des sorties tout au long de l’année et avec toutes ses classes. « A la rentrée, j’emmène des STMG aux rencontres d’Arles » « Oh la chance, je crois que je vais m’inscrire en STMG juste pour ça » s’écrie Camille en souriant.
Chacun leur tour, les lycéens prennent la parole autour de la pièce, évoquant la personnification du régime nazi, commentant la mise en scène, la lumière, la musique « tout pour mettre mal à l’aise le public » remarque Fadwa.
Leur professeur avait pour objectif de « leur donner le goût du théâtre et casser cette image du in, elle qui considère que « les avignonnais ne vont pas tellement au in, même les professeurs ne vont pas au in, les gens vont plutôt au off »
Les élèves eux, ont adoré leur semaine. Tous souhaitent se réinscrire l’an prochain. Objectif atteint.
Latifa Oulkhouir

Articles liés

  • Avec « Nous », Alice Diop retisse la trame de notre société

    Comment des personnes aussi différentes les unes des autres font-elles société ? Comment passer de la somme des 'je' individuels à la formation du 'nous' collectif ? C'est avec cette intrigue sociale et politique que la réalisatrice Alice Diop a démarré son documentaire 'Nous'. Un film qui sortira en février 2022, disponible actuellement sur Arte, et qu'a vu Nassera Tamer. Critique.

    Par Nassera Tamer
    Le 22/12/2021
  • Alice Babin : « les lieux ont un esprit »

    Comment un lieu peut exister en nous ? C’est la question que se pose Alice Babin, 27 ans et surtout ancienne du Bondy Blog, aujourd'hui productrice de documentaires sonores et auteure. Elle vient de sortir son premier roman, Prière au lieu, qui s'intéresse au XXème arrondissement de Paris. Ouvrage que Kab Niang a eu le plaisir de lire. Interview.

    Par Kab Niang
    Le 16/12/2021
  • Franck Gastambide face au BB

    Un droit de réponse qui se transforme en débat enrichissant sur la création culturelle des quartiers populaires. C'est le programme proposé par cette rencontre entre Franck Gastambide et la rédaction du BB, après la publication de notre édito acide sur ses films. Rencontre.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 30/11/2021