Cet enfant du vinyle, baroudeur tout terrain passé de l’uniforme au kimono sans se séparer de sa passion pour le son, se souvient de Bondy. Rencontre.

Il a breaké dans le clip Auteuil-Neuilly-Passy des Inconnus, participé aux JO de Barcelone, soufflé dans le sifflet de la police municipale de Bondy avant de paterner le Saïan Supa Crew. DJ Fun ou un enfant de Bondy qui roule sa bosse sur les scènes du monde entier, mais qui revient toujours se requinquer « à l’ombre de son arbre », le quartier Jules-Guesde qui a remplacé le ter ter du Jean-Moulin de son enfance.

Indéfectible, l’attachement à sa ville dont il revêt l’uniforme de la police de 1988 à 1996, l’époque où il se bat sur les tatamis de l’équipe de France de judo et qui le mènera jusqu’aux coulisses des JO de 1992. Passionné de sport, il est aussi dingue de musique et de break dance qu’il pratique à la maison de quartier de Bondy nord ou sur le toit du Conforama de la RN3.

En 1987, tout juste âgé de 20 ans, il possède déjà une impressionnante collection de vinyles au point d’être sollicité pour mixer dans les soirées. Il investit dans des platines et sa réputation de faiseur de son dépasse les frontières du 9-3. Le jeune DJ réalise ses premières maquettes et pousse les portes de studios d’enregistrement.

Émerveillé devant ces bêtes de technologie, il ressort pourtant déçu des arrangements livrés par les ingés sons. Jamais aussi bien servi que par lui-même, DJ Fun, ou Georges, de son vrai prénom, rebaptisé ainsi par ses comparses pour sa bonne humeur contagieuse, décide qu’il produira désormais seul ses créations.

Vingt-cinq ans après, le rêve s’est concrétisé dans les murs du Dig studio music qu’il possède rue de l’Aqueduc à Paris avec 3 associés et qu’il rejoint quotidiennement en vélo depuis Bondy en longeant le Canal de l’Ourcq jusqu’à Stalingrad. En 2013, si ses activités de producteur et d’ingénieur du son occupent une grande partie de son temps, il s’apprête à reprendre la route sur la tournée de Féfé, en tant que DJ et arrangeur, comme au bon vieux temps des succès du collectif Saïan Supa Crew, qu’il a fait se rencontrer et travailler ensemble.

De Moscou au Chili, DJ Fun a joué partout. Il compte 1500 concerts à son actif. Mais l’un de ses plus grands souvenirs reste en Martinique, sa terre d’origine, la fois où ses parents l’accueillent à l’aéroport avant de le voir sur scène ; quand il leur offre son premier disque d’or remporté avec le Saïan.

De ses parents aujourd’hui décédés, il garde le goût de la cuisine de sa mère, employée aux PTT et de la musique de son père, agent hospitalier, fou de jazz, qui se ruait sur sa guitare en rentrant du boulot. De l’éducation à la dure qu’il a reçue, il n’a pas perpétué les méthodes pour ses deux filles de 8 et 12 ans, mais conserve la valeur du respect transmise par sa famille. Écoute et dialogue, il essaie de comprendre la génération et la société dans laquelle évolue ses enfants et qui ne ressemble à rien de ce qu’il connu dans sa jeunesse.

Bondy s’est modernisée, le RER a mis « son village » à 15 minutes de Paname mais les digicodes et les barrières de sécurité ont enfermé les habitants dans le chacun chez soi. Internet a fait perdre de la convivialité à sa cité, mais expatrié trois mois par an à Los Angeles, il connait le visage des vrais ghettos et pour lui, Bondy n’en est pas un.

Trop possédé par la musique, il ne reviendra jamais dans le giron de la fonction publique. Avec l’exemple des parents qui ont trimé toute leur vie pour peu profiter de leur retraite de retour sur leur île natale, il préfère la précarité d’une activité qui le passionne à la stabilité d’un emploi de policier municipal qui l’intéressait, mais ne le faisait pas vibrer.

Et si sa notoriété n’a jamais atteint celle des individualités du Saïan comme Vicelow ou Féfé, nombre de ceux qui ont croisé sa route musicale savent ce qu’ils lui doivent. Car DJ Fun est un vrai daron. De ceux dont on respecte le travail, la vie et le parcours aussi atypique qu’exemplaire.

Sandrine Dionys

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