Le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris (CNASD), pépinière des plus grands acteurs et metteurs en scènes français. On y suit, donc, au gré de présentations publiques et gratuites des spectacles que les élèves mettent souvent eux-mêmes en scène. Mercredi soir, une quinzaine d’élèves relevait le défi de la comédie musicale avec une pièce intitulée « Chicago Fantasy ». Ce travail de fin d’atelier dirigé par Caroline Marcadé a permis à des spectateurs mais surtout aux professeurs d’apprécier les acquis de ces comédiens en herbe.

Sur la scène du théâtre, pendant 1h40 de spectacle, seize jeunes comédiens, blancs, noirs, silhouette élancée ou replète, se sont surpassés dans un numéro ambitieux qui mêlait, à une cadence infernale, danse, chant et figures théâtrales plus classiques. « Chicago Fantasy », c’est l’histoire aigre-douce de deux jeunes et belles femmes, Velma et Roxie, au caractère volcanique, qui font connaissance dans la prison où elles sont, toutes les deux, incarcérées pour meurtre. Elles veulent faire de leurs rêves la réalité : être célèbres, acclamées, chanter dans une comédie musicale. Pour cela, il faut trouver un brillant avocat, convaincre les juges de son innocence lors du procès et obtenir un verdict favorable.

« Chicago Fantasy », au-delà de cette intrique qui servait de toile de fond, est une véritable prise de risque pour des apprentis comédiens. « Chicago Fantasy », c’est, en effet et d’abord, la performance vocale de comédiens qui ne sont pas initialement des chanteurs. Certes, certaines voix manquaient de résonance, créant des interprétations communes parfois inégales, mais, chez la plupart des acteurs, cette faiblesse vocale n’était pas flagrante.

« Chicago Fantasy », c’est aussi une prouesse physique où les comédiens-danseurs se lancent dans une poésie du corps puissamment expressive, tantôt sensuelle, tantôt délirante pour refléter la nature solaire, explosive ou animale des personnages. Les chorégraphies étaient superbes, aux accents de flamenco parfois, mêlant acrobaties et passes plus ou moins complexes.  A côté de la musique, une belle distribution. Saluons la présence de deux comédiens trapus qui complétaient le tableau avec une énergie, une puissance vocale et une interprétation remarquables.

« Chicago Fantasy », c’est aussi un décor créé par des étudiants de l’École nationale des arts décoratifs – une immense cloison gris cobalt qui évoque la maison d’arrêt et un double escalier (les comédies musicales aiment bien les escaliers et on sait à quel point la montée ou le haut des marches est synonyme du star system et de la célébrité).

Le public a été emporté dans une spirale de musiques, de paillettes, d’humour que ces comédiens ont créés avec talent. Le talent et la polyvalence, c’est bien de cela dont il s’agissait ici. Et les faiblesses d’un acteur dans le domaine vocal par exemple étaient presque immédiatement contrebalancées par sa magie gestuelle ou son jeu de masques. Exceptionnel William Edimo !

Comme le dit Caroline Marcadé, la metteure en scène : « A une époque où la médiatisation, la télévision et l’audimat font croire à toute une partie de la jeunesse que n’importe qui est un artiste, nous aimons affirmer qu’un artiste n’existe pas sans un travail acharné ni un talent hors normes. »

Sur les planches, les jeunes acteurs du conservatoire nous en ont fait l’éblouissante démonstration avec cette comédie musicale jubilatoire. Dommage qu’elle n’ait été joué que trois soirs seulement. Toutefois, vous pourrez retrouver les comédiens du CNSAD gratuitement à l’Espace Pierre Cardin les 27 et 28 avril, dans une pièce une pièce de théâtre cette fois-ci, « La Fiancée aux yeux bandés » d’Hélène Cixous, mise en scène par Daniel Mesguich.

Gaëlle Matoiri

Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique – 2 bis, rue du Conservatoire – 75009 Paris. Métro: Grands Boulevards, ligne 8 ou 9 – Tél. 01 42 46 12 91.

Prochain spectacle des comédiens du CNSAD : mercredi 27 et jeudi 28 avril à 20h30. « La Fiancée aux yeux bandés », d’Hélène Cixous, dans une mise en scène de Daniel Mesguich. Espace Pierre Cardin – 1, Avenue Gabriel – 75008 Paris – Métro Concorde.

Articles liés

  • Amandine Gay, ‘une histoire à soi’ pour raconter les non-dits de l’adoption

    Dans son dernier film ‘Une histoire à soi’, la réalisatrice Amandine Gay propose cinq récits intimes de personnes adoptées à l'international. Sur fond d'archives personnelles, les protagonistes livrent leurs questionnements tout au long de leur parcours de vie, au sujet de leur adoption. Des témoignages forts qui ouvrent une discussion plus large sur la famille, la parentalité, l'acculturation ou encore la quête identitaire. Entretien. 

    Par Louise Aurat
    Le 13/07/2021
  • « Gagarine », cité céleste sur grand écran

    Une cité devenue film. Le premier long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sort ce mercredi 23 juin au cinéma. À quelques jours de sa sortie nationale, le film était projeté en avant-première au cinéma le Luxy, situé à quelques mètres de l'ancienne cité Gagarine (Ivry-sur-Seine), au centre de cette histoire étonnante et poétique. Reportage et témoignages.

    Par Louise Aurat
    Le 23/06/2021
  • Kery James à l’INA pour guider les jeunes vers le « show-business »

    Accéder aux métiers de l’audiovisuel, sans diplôme, ni réseau : c’est la promesse de la classe Alpha, une promotion de 100 jeunes guidés par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et pour les aider à garder la motivation, qui de mieux que Kery James pour animer une master class attendue par tous. Le dramaturge, réalisateur et artiste a pu échanger avec ses jeunes sur son expérience et son parcours.

    Par Nolwenn Bihan
    Le 02/06/2021