Depuis son élection, Emmanuel Macron est un peu Louis-Philippe, le modernisateur, il est aussi un peu de Gaulle, le libérateur ou Valérie Giscard d’Estaing, le réformateur. Emmanuel Macron a-t-il quelque-chose de Napoléon Bonaparte ? Toute comparaison a ses limites et dans son essai, Macron Bonaparte, Jean-Dominique Merchet décortique les points de convergence entre le président de la Ve République élu en mai dernier et l’Empereur des Français.

Depuis 1999, Jean-Dominique Merchet partage sa plume entre les livres et les articles de presse. Spécialisé sur les questions militaires, stratégiques et internationales, il a collaboré à Libération avant de rejoindre L’Opinion.

La jeunesse, la conquête, les réformes, le sacre et Jupiter

Macron Bonaparte nous replonge dans la vie de l’Empereur des Français en traçant un parallélisme avec le parcours d’Emmanuel Macron. L’un et l’autre ont bousculé le paysage politique pour se hisser à la tête de l’État. La démonstration s’appuie sur cinq éléments : la jeunesse, la conquête, les réformes, le sacre et Jupiter.

Tout semble rapprocher les deux hommes, de l’aspect physique au rapport à leur épouse. Physiquement, l’un et l’autre ont une taille mince. L’amour ensuite est pour l’auteur « leur grande affaire avec le pouvoir ». Personne ne doute de l’attachement de Bonaparte à Joséphine de Beauharnais ou de celui d’Emmanuel Macron à Brigitte. L’une et l’autre sont plus âgées qu’eux. L’un et l’autre expriment sans détour ce qui les attache à leur femme. Emmanuel Macron disait : « Comme [Brigitte] partage tout de ma vie, du soir au matin, elle se demande simplement comment, physiquement, je pourrais« . Bonaparte proclamait : « Vivre dans une Joséphine, c’est vivre dans l’Élysée« , au paradis.

L’esprit de conquête comme point d’orgue

Voilà ce qui anime et rapproche les deux hommes. Leur détermination et leur culot semblent sans limite. C’est Macron au Pont d’Arcole. Pourquoi cette similitude ? Emmanuel Macron est-il un Bonaparte ? Jean-Dominique Merchet veut y croire. Le vocabulaire de Macron lui donne raison. Pendant la campagne électorale, le candidat d’En Marche ! multiplie les paroles d’un général à la tête de ses troupes : « Moi, je suis le guerrier », « Je suis dans le combat ». Il va jusqu’à reprendre le slogan de l’Armée de terre : « Je vais au contact ». Confronté à Marine Le Pen, le « chef » lance : « Face à cet esprit de défaite, moi, je porte l’esprit de conquête français » ou encore « Les Français ont choisi l’espoir et l’esprit de conquête ».

Un langage clair, sans détours, sans prudence peut-être, mais qui montre une détermination toute napoléonienne. Des mots qui renvoient à ceux prononcés par l’Empereur : « La conquête m’a fait ce que je suis, la conquête seule peut me maintenir ».

« Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change »

Dans un contexte de défiance sans précédent vis-à-vis des dirigeants politiques, le peuple français veut tourner une page et se débarrasser de la vieille politique, c’est le « dégagisme« . Un langage va faire mouche. Si tous les hommes politiques assurent qu’ils sont d’accord pour mettre en œuvre une nouvelle façon de faire de la politique, un seul l’incarne. Bonaparte en son temps, Macron dans le sien.

Jean-Dominique Merchet le résume en s’inspirant de l’unique roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard : « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change« . L’un et l’autre se placent à leur manière au milieu du jeu politique. Macron se voit au centre, « ni à droite ni à gauche ». Napoléon Bonaparte, lui, au XVIIIe siècle se voyait comme le « centre de gravité » dans la vie quotidienne des Français.

Par Jupiter !

Emmanuel Macron est un démocrate qui veut incarner le pouvoir comme Jupiter en se plaçant au-dessus d’une pyramide politique. Et s’affiche un brin nostalgique de la monarchie. « La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude car elle ne se suffit pas à elle-même, avait-il déclaré à l’époque où il occupait le poste de ministre de l’Économie. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort ». Des mots que le Premier Consul aurait pu prononcer.

Dans les traits de caractère, Jean-Dominique Merchet note trois constantes chez les deux hommes de pouvoir : l’égotisme, l’autoritarisme et la séduction. « L’égotisme, c’est le fait de vivre une aventure personnelle et Emmanuel Macron le dit. Il s’intéresse à lui, c’est l’expression d’un « moi » très fort », souligne l’auteur. « Emmanuel Macron a évidemment un immense talent de séducteur, tout le monde fond ». Mais… il y a des limites. L’égotisme ? « Cela peut se retourner contre lui ». La séduction ? « Cela ne suffit pas dans la politique ». Enfin, l’autoritarisme ? Macron-Bonaparte parle d’horizontalité pendant la campagne et finit par incarner la verticalité ensuite.

Alors, Macron est-il Bonaparte comme l’indique le titre ? Certainement. Faut-il pousser la comparaison jusqu’au bout ? Jusqu’à la défaite ? Jusqu’à Waterloo ? Jean-Dominique Merchet le croit, Emmanuel Macron et son culot étant les principaux ennemis d’Emmanuel Macron.

Kab NIANG

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