À la suite de la réalisation d’une fresque participative pour et par les habitants du quartier Pont de Flandre dans le 19ème, l’association « Les couleurs de Pont de Flandre » sort de nouveau les piliers de son imagination à l’occasion de l’organisation d’un grand défilé de mode le 27 août 2016, Tapis Rouge, rue Alphonse Karr.

Le Bondy Blog : Quelle est l’histoire de votre association ?

Marc : Avec Marie Thérèse, on a cofondé l’association en septembre 2015. On veut agir sur le champ social en ciblant les femmes, les enfants, les jeunes, et amener d’autres formes de culture dans le quartier tout en encourageant l’interaction entre les associatifs.
Marie Thérèse : Après les attentats de janvier 2015, on était dans un contexte négatif, un peu traumatisant où les habitants du quartier se sentaient discriminés, visés, surtout les jeunes, parce qu’on s’est sait très bien que les médias se sont empressés de rappeler que les frères Kouachi avaient vécu dans le  quartier. On avait envie de dépasser ça. Maintenant, avec la nouvelle gare RER E Rosa Parks qui nous amène en 3mn gare du Nord, la vision du quartier commence vraiment à changer. Rue d’Aubervilliers, 400 m de street art ont vu le jour à la mémoire de Rosa Parks. Ce qu’on souhaite c’est que nos projets puissent mobiliser toutes les générations autour de l’embellissement du quartier.

Comment s’est fait le contact avec la population ?

Marie Thérèse :  Nous sommes le trait d’union entre l’avenue de Flandre et la résidence Michelet. Le collectif d’habitant s’est constitué par le bouche à oreille et en dialoguant, avec toutes les structures sociales, éducatives et culturelles. Le centre social Espace 19 Cambrai, nous a poussés à monter notre association sans quoi nous n’aurions jamais obtenu de soutien financier pour mener nos actions. On travaille désormais avec la Régie de Quartier19 qui gère tous les espaces verts et tout l’entretien des immeubles pour le compte de Paris habitat. Nous travaillons aussi avec les clubs de prévention, Feu Vert et la Maison des Copains de la Villette (MCV), le centre social Espace19 Cambrai, le centre d’animation Curial, la bibliothèque jeunesse B. Rabier, le centre de loisirs Barbanègre et quelques artistes. Ce qui fait la force de notre action, c’est ce lien permanent avec les acteurs éducatifs et culturels du quartier.

D’où viennent vos membres ?

Marie Thérèse : Ce sont les habitants de toutes générations d’abord et avant tout du quartier Pont de Flandre. Certains ont aussi leur propre projet : la coopérative de cuisinières Mam’Ayoka qui s’est installée tout près mais dans le 18me fait la cuisine. Une partie vient faute d’avoir trouvé un local dans le 19ème. Les liens avec le 18ème, nos voisins les plus proches et la banlieue sont importants car sur cette frontière invisible 18/19 ème qu’est le pont Riquet,  des jeunes y ont marqué parfois violemment leur territoire. Quant à la banlieue, si elle peut plus facilement venir à nous grâce à la nouvelle gare RER Rosa Parks mais elle est quand même au-delà du périphérique, c’est une autre frontière.

Pouvez-vous me décrire le projet de la fresque puis celui des pochoirs ?

Marie Thérèse :  Nous avons terminé le 12 décembre 2015 notre première œuvre participative à l’angle des rues Karr et Cambrai sous la direction artistique de Myriam Maxo. . En mai dernier, on a commencé par mener une enquête pour mener une autre action auprès des habitants : quel mot, une phrase, dans quelle langue et quelle couleur ?  Demander dans quelle langue, c’était quelque chose qui les touchait plus particulièrement, pour les gens qui n’avaient pas d’inspiration en français.  Contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, on a eu que des messages positifs.
Marc : Parmi les phrases les plus proches des habitants nous avons eu « gardons notre rue propre ».

Qu’est-ce qui serait un propulseur ?

Marc : Le budget participatif, qui entre dans le plan quinquennal de Paris, peut permettre de réaliser des investissements adaptés à notre quartier. Un projet de requalification de la rue Alphonse Karr va être soumis au vote des habitants au mois de septembre. Il vise le maintien d’une seule ligne de stationnement, l’élargissement d’un trottoir afin de donner la priorité aux piétons dans une petite rue humainement très dense qui donne accès à 1000 logements sociaux sur les 2700 que compte Paris-Habitat dans ce quartier Michelet/Cambrai.

Comment l’idée du défilé a émergé ?

Marie Thérèse : Dès le début de l’association, une habitante du quartier Cathy, nous disait « il ne se passe jamais rien de sympa » dans notre rue et elle a proposé le défilé de mode. Investir l’espace public, avec les jeunes, demande une lourde préparation. On veut montrer aux habitants, que la rue Alphonse Karr, peut offrir autre chose qu’un lieu propice aux activités illicites et aux interventions policières. Pour la fresque en tissue Wax et les ateliers, on avait mobilisé environ 200 personnes. On s’est rendu compte que le groupe des ados était très timide alors que c’est souvent ceux-là qui sont mal perçus par le râleur moyen.

Comment les participants vont-ils s’impliquer ?

Marie Thérèse : À l’occasion de ce défilé de mode, hommage à la beauté et à la diversité, on veut associer les jeunes participants à la réalisation de leur propre image avec un film et d’un book photo. Chaque tenue traditionnelle sera présentée : sa provenance, sa fabrication et sa signification. Ça se passera rue Alphonse Karr forcément, mais l’itinéraire et la décoration sont en train d’être pensés. On a fait appel à des stylistes professionnels, ce qu’ils peuvent espérer c’est la notoriété. L’opération est sera réussie si elle mobilise les jeunes, acteurs et actrices de l’évènement, mannequins, hôtesses et ambassadeurs du Défilé dans le quartier, si elle donne satisfaction aux habitants mais également si son impact dépasse le quartier.

Comment avez-vous financé ce dernier projet ?

Marc : Paris habitat a été le premier à nous accorder son soutien financier avec une convention détaillée qu’on vient de signer et un premier versement de 2400€. La logistique, son, image, vidéo, maquillage, coiffure, photos, déplacement des styliste c’est ce qui coûtent le plus cher. Toute la mobilisation des habitants est évidemment bénévole. La préfecture et la Ville de Paris engagent également leur soutien dans le cadre du dispositif Ville Vie Vacances dédié aux jeunes de 13 à 18 ans.
Et pour finir, quel est votre rapport personnel à l’art ?

Marc : Je n’ai fait aucune étude en art, mais j’avais de bonnes notes en dessin.  J’ai fait la vague sur la fresque. Ce qui m’a vraiment étonné, c’est quand on s’est dit « on y va, chacun à son pot de colle » et là on entendait pas une mouche voler car tout le monde savait ce qu’il avait à faire. Là, on a fait ensemble. Je crois plus au faire ensemble, avant le vivre ensemble. Avant la fresque, on se disait à peine bonjour, maintenant on a toujours un petit mot à se dire !

Yousra Gouja

Articles liés

  • Amandine Gay, ‘une histoire à soi’ pour raconter les non-dits de l’adoption

    Dans son dernier film ‘Une histoire à soi’, la réalisatrice Amandine Gay propose cinq récits intimes de personnes adoptées à l'international. Sur fond d'archives personnelles, les protagonistes livrent leurs questionnements tout au long de leur parcours de vie, au sujet de leur adoption. Des témoignages forts qui ouvrent une discussion plus large sur la famille, la parentalité, l'acculturation ou encore la quête identitaire. Entretien. 

    Par Louise Aurat
    Le 13/07/2021
  • « Gagarine », cité céleste sur grand écran

    Une cité devenue film. Le premier long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sort ce mercredi 23 juin au cinéma. À quelques jours de sa sortie nationale, le film était projeté en avant-première au cinéma le Luxy, situé à quelques mètres de l'ancienne cité Gagarine (Ivry-sur-Seine), au centre de cette histoire étonnante et poétique. Reportage et témoignages.

    Par Louise Aurat
    Le 23/06/2021
  • Kery James à l’INA pour guider les jeunes vers le « show-business »

    Accéder aux métiers de l’audiovisuel, sans diplôme, ni réseau : c’est la promesse de la classe Alpha, une promotion de 100 jeunes guidés par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et pour les aider à garder la motivation, qui de mieux que Kery James pour animer une master class attendue par tous. Le dramaturge, réalisateur et artiste a pu échanger avec ses jeunes sur son expérience et son parcours.

    Par Nolwenn Bihan
    Le 02/06/2021