Un air de Maghreb flottait sur le Cinéma des Cinéastes, la salle « Art et essai » du quartier, située tout près de la populaire Place de Clichy à Paris. En amont de la 6e édition du Panorama des cinémas du Maghreb qui s’exhibe dans les cinémas de Seine-Saint-Denis du 4 au 8 mai 2011, une séance Hors les murs était organisée jeudi 28 avril pour la projection du film Pégase. Ce premier long métrage du jeune réalisateur marocain Mohamed Mouftakir nous plonge dans un univers aussi sombre et qu’onirique. Il raconte l’histoire de Rihana, une jeune fille issue de la campagne. Victime d’un grand traumatisme, elle se trouve hospitalisée dans un asile psychiatrique. Elle croit être enceinte de Zayd, un jeune homme de son village. Pour elle, cet acte est béni par Le Seigneur du Cheval, un esprit vénéré par son père. Zineb est psychiatre. Son supérieur lui confie Rihana. Sa mission consiste à la faire parler et éclaircir ce mystère…

Véritable thriller psychanalytique, le film, servi par une mise en scène et des acteurs magistraux glace le sang tellement l’histoire est tourmentée et « torturante ». Même le thé à la menthe et les délicieuses pâtisseries orientales offertes à l’issue de la projection ont du mal à chasser les images les plus violentes de cette œuvre qui a remporté plusieurs prix dans des festivals africains comme celui de Tanger en 2010 et Ouagadougou en 2011.

Cette soirée spéciale avait pourtant débuté dans la légèreté puisqu’une « illustration musicale » avait été programmée pour nous faire connaître le spectacle Barbès Café qui se tiendra du 11 au 28 mai prochain au Cabaret Sauvage à Paris. Barbès Café où l’histoire des musiques de l’immigration maghrébine en France. Des origines, marquées par le blues de l’exil chanté dans des bars de Barbès, à aujourd’hui où le leg des anciens est défendu par une nouvelle génération d’artistes comme faisant partie du patrimoine français.

C’est Samira Brahmia, dont les chansons mêlent influences pop rock, châabi, traditions celtiques ou instruments du Grand Sud algérien, qui assure un set acoustique guitare-voix de trois chansons comme avant-goût du spectacle à venir. « Barbès Café, c’est notre mémoire collective car ces chansons faites en France n’ont été chantées que dans les cafés de Barbès » explique-t-elle avec un sourire et une chaleur qui se communiquent à la salle… La dernière chanson, en hommage aux femmes, s’entrecoupera de passages en anglais pour lui donner un côté encore plus pop folk.

Qu’il s’agisse d’un film exigeant comme Pégase de Mohamed Mouftakir ou de chansons pop comme celles de Samira Brahmia, la culture maghrébine était à la fête, et le sera jusqu’au 28 mai à Paris et en Seine-Saint-Denis, grâce à ces deux événements que sont le Panorama des cinémas du Maghreb et Barbès Café, et, que le Cinéma des Cinéastes a eu la riche idée d’héberger en son sein le temps d’une soirée.

Sandrine Dionys

Prochaine projection de Pégase : Jeudi 5 mai à l’Espace 1789 de Saint-Ouen, à 20h30 en présence de Kamal El Mahouti, président d’Indigènes Films et co-organisateur du Panorama.

Tout le programme du Panorama

Vidéo de Samira Brahmia

Samira Brahmia par Bondy_Blog

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