Rien de plus délicat que d’aborder des individus ayant l’âge de nos parents ou de nos grands-parents pour leur faire écouter du rap. En faisant un tour de quartier, je me rends compte que les avis sur Sefyu sont partagés. Le jeune rappeur qui revendique son appartenance à « Aulnay-sous » n’est pas si connu que ça par les papas, mamans, papys et mamies de sa propre ville.

Mon baladeur à la main, j’entreprends de leur faire écouter des extraits de ses chansons. Il y a les refus tout nets : « Je n’écoute pas de rap, ce n’est même pas la peine de me faire écouter », affirment deux dames, la cinquantaine assises sur un banc. « On ne comprend pas les paroles, je préfère les musiques classiques, de notre âge. » L’une d’entre elles a déjà entendu parler de Sefyu, dans le journal municipal, mais ne se sait pas grand-chose à son sujet. Toutes deux préfèrent ne pas écouter car elles « n’aiment pas le rap. » « Par contre Diam’s n’est pas inaudible. » 

Voilà un groupe de femmes qui se promène. « Je préfère ne pas répondre, je ne comprends pas très bien le français et je ne voudrais pas juger une musique que je ne comprends pas », assure l’une d’elles. Très fréquent aussi le : « Aller donc demander aux jeunes, eux ils sauront vous répondre, c’est leur style. » 

Parmi ceux qui veulent bien dire un mot du rappeur star locale, les opinions divergent. Un homme, la cinquantaine, accepte volontiers d’écouter un extrait de la chanson « Undercov », téléchargée sur mon baladeur. Après une minute d’écoute, son avis est on ne peut plus clair « Ce n’est pas ma tasse de thé, quelqu’un qui incite à la haine et à la discrimination ! » Il avoue ne pas avoir aimé les paroles, ni être fan de rap et ajoute : « On ne peut pas interdire à quelqu’un d’avoir une pensée, mais nous, à votre âge, on avait notre culture musicale qui était différente de la votre. » 

Je tombe sur trois femmes, mères de famille, assissent dans un parc. L’une d’elles connaît bien Sefyu. A peine le nom du chanteur prononcé qu’elle se met à l’imiter dans sa gestuelle et ses paroles. Ele le connaît parce que ses fils écoutent les chansons du rappeur et qu’elle et ses amies ont eu l’occasion de le voir sur scène à la Fête de la musique l’an dernier dans le parc voisin. « Je n’aime pas sa nouvelle chanson, il dit trop de gros mots, c’est trop vulgaire alors que dans ses anciennes chansons il ne l’était pas.

» Je préfère Sexion d’assaut, poursuit-elle, c’est pas vulgaire et c’est plus censé. » Elle a même acheté des places de concert pour ses fils. En revanche, si ceux-ci veulent l’album de Sefyu, « ils iront se l’acheter eux-mêmes », dit-elle en riant. Ses deux amies ne partagent pas son avis, elles apprécient beaucoup Sefyu : « Ah, il est bien celui-là », dit l’une en regardant sa fille, la vingtaine, assise juste à côté. «  Cest bien, ajoute la mère, ça correspond au quotidien des cités et je trouve qu’il a raison. » Elle demande même à sa fille de lui enregistrer la chanson. La troisième femme, un peu timide, se contentera d’un « j’aime bien, sans plus ». 

A quelques mètres de là, un couple de retraités s’essayent au jeu. « Ce n’est pas du tout mon truc, ce ne sont pas des chanteurs mais des diseurs », affirment l’homme. Il regrette que les paroles soient « vulgaires et le style agressif » et insiste sur l’incompréhension des paroles. « Je préfère Grand Corps Malade, il parle de sa vie, dit la vérité mais en douceur, comme Jean Ferrat. » Sa femme est d’accord avec lui et ajoute : « Il y a des paroles valables, d’autres ridicules, il prend un ton trop sévère et on a du mal à le comprendre. » Pour autant, « tous les goûts sont la nature », philosophe-t-elle.

Imane Youssfi

Imane Youssfi

Articles liés

  • Sim Marek : Le street art comme échappatoire

    Des murs de Tunis à ceux de Paris, Sim Marek est désormais un street artiste reconnu dans le milieu. Graffeur, plasticien et tatoueur, il est aussi membre de L’atelier des artistes en exil. Entre les pschitts et l’odeur enivrante de la peinture, Sim revient sur son parcours. Portrait.

    Par Vera Fesquet
    Le 24/01/2023
  • Tirailleurs : projection exceptionnelle à Bondy, pour ne pas oublier

    Mercredi soir, le ciné Malraux de Bondy projetait le film Tirailleurs en présence de quatre anciens tirailleurs bondynois. Le réalisateur Mathieu Vadepied, l’acteur Bamar Kane, Aïssata Seck et Christiane Taubira étaient au rendez-vous. Un événement pour ne pas oublier ces soldats morts pour la France.

    Par Névil Gagnepain, Félix Mubenga
    Le 20/01/2023
  • Jok’Air de retour au collège pour offrir sa BD

    Le rappeur parisien était de retour sur les bancs de l’école dans le 13e arrondissement de Paris. Accompagné de l’association « La mélodie des quartiers », il a offert des exemplaires de sa nouvelle BD autobiographique aux élèves du collège Thomas Mann. Reportage.

    Par Félix Mubenga
    Le 20/01/2023