Ce lundi, la communauté basket se lève avec un nœud dans le cœur. Les images sont là devant nous, les publications sont officielles depuis la veille. Kobe Bryant est mort, tout semble encore irréel. Les circonstances de ce drame, la brutalité de cette information nous a tous secoués. Mes pensées vont avant tout à ses proches et à tous les amoureux de la balle orange qui ont perdu presque un membre de leur famille.

Comme plein de gens, je suis resté une bonne heure assis devant mon ordi, en laissant tout ce que j’avais à faire ce soir-là entre parenthèses.

On ne se rend pas encore vraiment compte de ce qu’on perd. Je vous conseille d’éplucher chaque aspect de la Mamba Mentality, cette philosophie de vie qu’il a conceptualisée et su cultiver tout au long de cette immense carrière. Jordan a génialement fait connaitre la NBA et le basket, Kobe Bryant a apporté quelque chose qui touche à un domaine presque philosophique de développement personnel de sportif de haut-niveau.

Un parcours de légende qui se résume en deux temps dans la même franchise historique de Los Angeles. Tout d’abord avec le numéro 8 des Lakers clinquant, coupe afro et style flashy, lieutenant d’un Shaquille O’Neal qui écrasait la grande ligue, puis la suite, ce numéro 24 terrifiant de confiance, leader assumé et intimidant même pour ses partenaires, un scoreur inconscient voire obsessionnel.

Il est la jonction naturelle de deux générations,  la Jordan et la LeBron. Dans cette histoire, il reste un pur produit de ce que la NBA sait nous proposer : spectacle, personnalité, story-telling… Fils de basketteur précoce qui grandit dans les salles européennes, Kobe a donné à ses rêves une direction rationnelle presque mathématique à force de travail et de répétition de shoot jusqu’à l’épuisement.

Kobe laisse un héritage immense

Je vais vous le dire sans gêne, je n’étais pas un grand fan de Kobe, mais j’avais du respect pour le sportif, surtout quand il accompagnait mes nombreuses nuits blanches de révisions de partiels les soirs de play-offs.

La NBA est une incroyable entreprise de fabrication de destin, que ce soit dans le légendaire comme dans l‘anecdotique, mais aucune entreprise mondiale n’est prête à vivre ce qui s’est passé hier. Kobe est parti rejoindre l’éternel un jour après que LeBron l’a dépassé au classement des plus grands marqueurs de l’histoire. Le tout à Philadelphie, sa ville de naissance.

L’héritage de ce joueur est immense, même pas besoin de voir des joueurs comme DeRozan ou Booker faire les mêmes moves pour s’en convaincre. Il suffit juste de voir des montagnes du sport moderne chialer comme des gosses en mondovision.

Résumer la carrière d’un joueur au palmarès et aux performances c’est l’adage de tous surtout aujourd’hui avec toutes les données en temps réelles, Kobe voulait ses stats, les étudiait, en faisait un moteur de développement, quitte à s’isoler du collectif et assumer seul l’échec de son idée personnelle.

Je ne vais pas revenir sur ses cinq bagues, sur ses 81 points en un match, ni sur ses titres olympiques. Je vais m’arrêter sur une seule séquence qui résume la grandeur du bonhomme, le moment où son adversaire d’un soir, Matt Barnes, fit une feinte de lancer le ballon sur son visage. Une feinte agressive et visant à faire reculer le visage du champion.

Le masque froid déterminé de Kobe à cet instant si tendu est celui que je souhaite garder comme inspiration, une marque de mépris de l’adversité. C’est dans notre époque de performance sportive à outrance qu’un champion comme Kobe a brillé.

« La mort met tout le monde d’accord » : cette punchline de Rohff est revenue dans mon esprit quand j’ai vu les hommages unanimes et mérités d’une des plus grandes étoiles du sport mondial.

Maintenant il nous reste des highlights qui vont continuer à se regarder et à se partager, il nous reste sa mentalité qui sera décortiquée. Kobe nous laissera en plus de son palmarès sportif et visuel une idée globale du basket, entre éthique de travail et estime de soi. Eternels skills d’homme inspirant.

Saï2larbre

Articles liés

  • « Freda » : Ôde à la résistance haïtienne et féminine

    Présenté dans la catégorie Un Certain Regard et deuxième film haïtien à être présenté au festival de Cannes depuis 1993, Freda est un film important et immersif sur la jeunesse féminine haïtienne telle qu’elle est. Analyse et interview de la réalisatrice Gessica Généus.

    Par Farah El Amraoui
    Le 18/10/2021
  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Amina Lahmar
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021