Un rassemblement a eu lieu hier à 18 heures devant le théâtre Gérard Philipe de Saint Denis. Les manifestants ont réclamé l’annulation de l’exposition « Exhibit B » qui n’a finalement pas eu lieu. Cette exposition fait polémique depuis quelques temps.

Près de 200 personnes se sont mobilisées hier contre l’exposition « Exhibit B » de l’artiste sud-africain Brett Bailey, au théâtre Gérard Philippe de Saint Denis (93). Au rassemblement, les manifestants, assez remontés, brandissaient des pancartes où on pouvait lire « Décolonisons les imaginaires, Exhibit B est la banalisation des zoos humains, expo antiracistes ?» « Reproduire est différent de la critique » ou encore « où sont les mains blanches mises en cage ? ».

Claude Ribbe, écrivain et réalisateur, fait parti des manifestants. Il prend la parole face aux gens et aux journalistes venus nombreux à cette occasion. « Aujourd’hui, je suis venue ici pour soutenir le collectif qui s’oppose à la mise en cage et à la chosification de la condescendance d’africain sous le prétexte de lutter contre le racisme. Il est très important de savoir que nous ne tolérerons plus aujourd’hui. Nous ne tolérons plus aujourd’hui que des gens sous le prétexte de bons sentiments s’expriment à notre place et viennent nous expliquer à nous qui en souffrons au quotidien ce qu’est le racisme. Nous n’avons pas besoin de Fleur Pellerin pour nous expliquer ce qu’est le racisme… » dit- il. Durant son discours, les sirènes de polices se faisaient entendre, une foule arrivait en direction du théâtre.

Autre témoignage, celui de Karine qui se mobilise elle aussi contre ce spectacle : «L’homme noir n’est pas une chose, on ne veut plus qu’on nous mette en tant que victime pour pouvoir culpabiliser le blanc et dire que ça choque. Il n’y a pas que le peuple noir qui a eu des problèmes avec le colonialisme, il y a aussi les arabes, les asiatiques… Pourquoi c’est toujours nous qui sommes montrés du doigt ? Pourquoi, il n’y a pas de spectacle qui montre notre résistance face aux oppresseurs ?». Elle explique également les raisons de sa présence à cette mobilisation : « Je suis là ce soir car j’en ai marre de voir des noirs représentés à moitié nue, avec des bananes en montrant leurs seins. Je ne suis pas d’accord car vous savez quoi la chose qui m’a fait milité c’est quand j’ai su ce que c’était un zoo humain. En Europe, le dernier zoo humain date de 1958 à Bruxelles sur le thème d’un village Congolais. J’ai vu l’image d’une petite fille de six ans, une dame blanche lui donnait une banane dans un enclos. Vous savez ce que j’ai pensé ? Que cette petite fille aurait pu être ma mère ou moi. Et là, je me suis dit que ce n’était pas possible, voila l’indignation d’un peuple et de la rue qui se trouve là ce soir. Personne m’a demandé comment je voulais être représenté et je ne veux pas que mes enfants se rappellent uniquement de l’histoire que nos ancêtres se faisaient fouetter et violer par leurs maîtres ».

Derrière la barrière en fer, plusieurs personnes se sont déplacées pour voir le spectacle mais n’ont pas pu y assister « je trouve que par principe, c’est grave qu’on interdise un spectacle. J’estime qu’on a la liberté de voir tel ou tel spectacle afin de se faire notre propre avis. Les gens sont assez grand pour dire si telles ou telles choses les choquent » me dit l’une d’entre elles.

Marie-Christine, habitante de Saint Denis reste devant le théâtre. Elle aussi était venue voir cette exposition, mais a été empêchée par les manifestants qui se positionnaient en masse devant les entrées.

Un des membres du collectif « contre Exhibit B » s’adresse aux manifestants avec un haut parleur : « Nos ancêtres se sont battus et ils ont écrit mais Brett Bailley ne retient de l’histoire que l’humiliation et la soumission. Mais non, Brett Bailley nous ne sommes plus esclave, non, Brett Bailley nous ne sommes plus colonisés ».

Autour du théâtre, des barrages en fer sont placés pour éviter aux manifestants de s’approcher de l’entrée. De plus en plus de personnes arrivent, la place se remplit rapidement. Franco membre du collectif « Brigade anti-néogrophobie » prend à son tour le haut parleur et interpelle le personnel de la sécurité : « Ils ont mis des gens comme nous devant l’entrée du théâtre car on ne sait jamais si le rassemblement dérape et bien ça sera entre nous que les choses vont se régler».

Par la suite, les manifestants ont décidé de faire tomber les barrages de fer et se sont dirigés devant l’entrée en scandant : « à bas, à bas les zoos humains ! ». Une vitre a été brisée, les manifestants continuent de crier haut et fort en demandant au directeur du théâtre d’annuler la pièce « Annulez ! Annulez ! ». Les policiers se sont alignés autour du théâtre pour les empêcher de pénétrer à l’intérieur.

Les personnes mobilisées ont souhaité rencontrer le directeur du théâtre Gérard Philippe pour discuter avec lui, leur appel restera sans réponses. Après plus d’une heure à l’extérieur, Franco est autorisé à entrer et rencontrer le directeur. Vers 20 heures, il revient annoncer officiellement que la pièce est annulée pour ce soir. Rien n’a encore été décidé pour les deux autres représentations à venir. Les manifestants disent vouloir continuer leur mobilisation jusqu’à obtenir gain de cause.

Un nouveau rassemblement, annoncé sur Facebook, sera organisé ce soir, toujours devant le théâtre Gérard Philipe, pour demander une nouvelle fois l’annulation de l’exposition « Exhibit B ».

Hana Ferroudj

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