À la Félicita, haut lieu de rencontres et d’échanges culturels, Franck Lao, Adnane Tragha et Le K.Fear ont partagé avec nous les coulisses du 94 BPM Festival. Bien plus qu’un simple événement musical, ce projet ambitionne de redonner au hip-hop sa dimension originelle : celle d’un cri politique, social et décolonial.
Durant trois jours, le festival promet de brasser disciplines et discours, entre concerts, projections et une table ronde qui a affiché complet en quelques heures. Un succès qui montre l’attente d’un public avide de contenus engagés et représentatifs.
La genèse de ce festival
À l’origine, chacun organisait de son côté des scènes ouvertes, des projections, toujours autour de la culture et de l’engagement. Puis est née l’idée de se rassembler. L’envie commune était claire : créer un événement à la fois artistique, intellectuel et politique.
Le 94 BPM Festival ne se contente pas de programmer un concert, il propose aussi une table ronde et des projections. « On voulait faire quelque chose de transverse, multidisciplinaire, mais surtout avec un propos », raconte Adnane. C’est dans cette volonté de mêler les formes et les luttes que le festival s’est construit.
Ivry s’est imposée naturellement comme lieu d’accueil : une ville populaire, accessible et surtout encore orpheline d’un grand festival consacré au hip-hop. Pour les organisateurs, il était temps d’y inscrire un rendez-vous ancré dans le territoire et la culture de ses habitants.
Hip-hop et décolonialisme
Dès le départ, le cœur du festival, c’est le hip-hop. Ce n’est qu’ensuite que la question décolonial est venue préciser l’angle. « Moi, j’ai grandi en écoutant du rap, ça a participé à ma construction politique, à ma prise de conscience… », raconte Le K.Fear. Pour Franck, Le K.Fear et Adnane, il n’était pas question de faire un festival hip-hop sans y mettre une dimension politique.
La table ronde, pensée dès les prémices du projet, devait répondre à une question centrale : quel est l’impact politique du hip-hop aujourd’hui ? Et pour l’animer, un panel solide et engagé : Maboula Soumahoro, maîtresse de conférences spécialiste de la diaspora africaine et de l’histoire de l’esclavage ;Médine, figure emblématique du rap français ; Benjamin Weill, philosophe, spécialiste des mouvements sociaux et de la culture hip-hop ; Frédéric “Bouboule” Bride, co-fondateur du label légendaire Secteur Ä.
« On a essayé d’avoir à la fois des acteurs de la culture : un rappeur, un universitaire, un philosophe et un producteur historique. Tous sont liés à la culture hip-hop et leur parole a du sens dans cet événement », explique Franck.
Un impact intime et collectif
Pour les fondateurs, impossible de séparer leur propre histoire de celle du hip-hop. « Les rappeurs nous poussaient à aller lire des bouquins. Malcolm X, Fanon… c’est en écoutant du rap que j’ai entendu ces noms pour la première fois », témoigne Le k.fear. Le hip-hop a ouvert des portes, posé des repères, permis une prise de parole qui manquait dans l’espace public.
Ce festival est leur manière de transmettre cet héritage, de lui redonner sa puissance politique. Car au-delà des beats et des rimes, il y a un message, une mémoire, une lutte. Et à Ivry, du 18 au 20 avril, le hip-hop reprend la parole.
Besma Touati