«Folk Art Africain». Plus qu’un livre, un chef d’oeuvre qui alterne textes de qualité, photographies, entretiens ainsi qu’un CD. Oumar s’est entretenu avec l’un de ses co-auteurs, Florent Mazzoleni.

«L’art nègre ? Connais pas !» a dit le peintre Pablo Picasso afin de nier l’influence qu’ont pu avoir les statuettes africaines sur ses œuvres cubistes. Si aujourd’hui son goût pour l’art africain est avéré, ce dernier souffre encore d’un manque de reconnaissance. Certains passionnés cherchent à rendre une dignité à cette Afrique déconsidérée par le reste du globe. Ainsi, depuis le 24 Septembre 2015 l’exposition Folk art africain ? Créations contemporaines en Afrique subsaharienne, se déroulant au Frac Aquitaine à Bordeaux, tente de mettre en lumière de nouveaux artistes. «Je pense que nous sommes tous Africains» explique Florent Mazzoleni, collectionneur de musique du «nouveau continent» et participant à ce projet. Nouveau car porteur de promesses, de flambeau. «Comme certains le disent, l’Afrique c’est le futur. La manière qu’ont les habitants de se projeter, leur rapport à la nature ou au temps font que le berceau de l’humanité sera le continent du 21ème siècle. Il y a là-bas un dynamisme que l’on ne retrouve plus ici. Le continent apporte de nouvelles possibilités alors que nous assistons à un désenchantement du monde».

«Le drame de l’Afrique, c’est que l’Homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire» s’exclamait le président Nicolas Sarkozy lors du discours de Dakar. Cette vision ethnocentrique démontre un manque de visibilité des atouts africains. Les cours d’histoire nous parlent d’esclavage, de PIB, de manque de ressources. Les médias internationaux sont «Paris» mais pas «kényans». «La situation là bas n’est pas parfaite mais on ne nous montre que le négatif. Jamais nous ne voyons ces gens qui arrivent à faire des choses incroyables avec peu de moyen. Des pays comme l’Éthiopie, le Nigeria ou l’Angola sont d’énormes puissances en devenir», analyse celui qui croit au potentiel de son continent d’adoption. «Plus c’est local, plus c’est universel» est une citation de Jean Renoir à laquelle il croit. Dévoiler une autre image de la société à travers la culture est l’ambition de nombreux talents : «Franco Luambo Makiadi, très grand artiste congolais, racontait les heurs et malheurs de la population dans ses chansons», poursuit Florent Mazzoleni, qui prépare par ailleurs un ouvrage sur le chanteur. Aujourd’hui, l’art africain pourrait contribuer à ce devoir de mémoire. «Demain, je m’émerveillerai encore devant des œuvres car je ne connais absolument rien» estime celui que l’on érige en tant qu’enseignant car il y a beaucoup d’ignorants. Spécialiste malgré lui car fasciné par un monde inconnu d’une majorité de personnes. Un monde ne demandant qu’à être admiré. Puisqu’il y a «des Afriques», le collectionneur explique qu’il ne fera jamais le tour de cet art. Un art aux arts pluriels.

Tous les amateurs vous diront la même chose : l’art africain opère un retour au sensible à l’aide d’œuvres jouant sur l’émotion et la beauté visuelle. Enfants, seule la beauté d’un dessin nous émerveillait. Devenus grands, nous voulons de l’efficace quitte à ce que ce soit vulgaire. Plus personne ne demande «pourquoi c’est beau?» puisque la mode nous dicte nos goûts. «Tout le monde peut s’émouvoir devant une œuvre d’art, le problème est sa médiatisation. Les œuvres d’Omar Victor Diop ont quelque chose de très séduisant qui touche le public», explique l’homme qui croit en notre quête de vérité et de sincérité malgré la dictature du marketing.

Nous parlons d’art mais tous les domaines culturels sont concernés. Liés par la passion de leurs créateurs, la musique et l’art le sont aussi par le rythme. «J’assimile le rythme au mouvement. Comme le disait Pierre Verger, ethnologue et photographe, il est question de ‘flux et de reflux’. L’Histoire du continent noir est passée par différentes périodes et nous assistons maintenant à une ré-africanisation des choses. Ce rythme s’exprime autant en photo qu’en peinture ou en musique. Tout est une question d’émotion». En réalité, l’art africain ne demande qu’à être considéré comme un participant à cette histoire globale de l’art pendant que le berceau de l’humanité attend son rôle dans la mondialisation. La victoire sera totale le jour où l’on ne parlera plus de «folk art africain» et de «pop mondiale» mais d’art, point barre. Pour l’heure, il s’agit encore de démontrer que l’Afrique s’inspire autant qu’elle influence le monde. Donner à ce nouveau continent la place qu’il mérite.

«Il n’y a malheureusement pas assez de reconnaissance. Aujourd’hui qui connaît Touki Bouki, film sénégalais réalisé par Djibril Diop Mambéty ou La noire de…, film franco-sénégalais réalisé par Ousmane Sembène? Ces deux films ont pourtant participé à la naissance du cinéma africain. Nous admirons les Beatles mais qui admire Franco ?» déplore-t-il. Si l’on donne peu de crédit à l’Afrique subsaharienne, c’est en partie à cause d’une mauvaise image qui lui colle à la peau. La terre colonisée est devenue la terre des clichés. «Nous souffrons d’un manque de curiosité, nous ne prenons pas de risques. Nous ne voyons que les guerres, la corruption ou les épidémies mais nous ne cherchons pas à aller au delà du miroir», résume Florent Mazzoleni. Pire encore, si l’image que l’on a du continent noir est déplorable, celle de la culture africaine n’est pas non plus légitime. Demandez à un public non averti ce que représente la culture de l’Afrique subsaharienne pour eux, ils vous répondront : Le Dimanche à Bamako, Kirikou, «Saga Africa, ambiance de la brousse» et les Magic System. Si la culture dévoile la société, les artistes mis en lumière laissent parfois entrevoir des stéréotypes. Ces artistes français d’origine africaine véhiculeraient-ils donc cette vision simpliste ? «Ça dépend, quand Youssoupha permet de faire écouter la rumba de son père Tabu Ley Rochereau, c’est très bien. Les clichés ont la vie dure car nous ne colportons que des choses négatives. En Afrique il y a une réelle vitalité que nous perdons ici. Nous mettons dans une niche ceux qui, comme moi, aiment l’Afrique». Finalement, même le spécialiste se retrouve enterré dans la case de «celui qui ne parle que des noirs». L’art africain pourrait, si on lui en donne la possibilité, bousculer les codes dans les années à venir, dévoilant une Afrique belle, touchante et rayonnante. «En Afrique il y a une richesse culturelle hallucinante dont nous ne percevons pas la portée. Différentes Afriques cherchent à rayonner et mon seul but est de les mettre en avant», conclue le passionné qui, avec Folk art africain ? Créations contemporaines en Afrique subsaharienne, laisse une nouvelle trace de son admiration.

Si l’exposition vient tout juste de refermer ses portes, vous pouvez retrouver les œuvres présentées durant celle-ci ainsi qu’un CD compilé par Florent Mazzoleni dans le livre éponyme disponible à la vente. Vous trouverez également des photographies de Sory Sanlé dont nous vous dévoilons ici un extrait. Joyeux Noël…

Oumar Diawara

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