Quand la fiction dépasse la réalité, c’est la fiction que le réalisateur Alain Tasma préfère filmer. Une histoire de plus en banlieue, dans une fausse ville, avec des vrais faux problèmes, qui n’a pas séduit Sarah.

Jeudi 6 juin 2013,  22 heures. À 10 jours du bac je suis en plein dans les révisions. Cela peut paraître bizarre, mais la télé est allumée en fond sonore. Hier soir sur France 2, l’émission Des Paroles et des Actes est consacrée à François Fillon. Comme par hasard, au moment où il évoque les désastreuses élections de novembre dernier au sein de l’Ump, je travaille alors la notion de vérité en philo, quelle belle coïncidence.

Mes révisions se poursuivent, je suis motivée à faire une dernière fiche de philo avant de filer au lit, une fiche sur la société. Tiens, le programme change à la télé, on passe de l’émission politique à Fracture, un truc hybride entre un film, un documentaire et une fiction. Je me souviens l’avoir déjà vu, mais là en révisant « la société » en philo, ce film a un nouveau sens.

L’histoire est simple : une jeune prof qui fait un remplacement dans un collège dit difficile en Seine-Saint-Denis. On voit très bien qu’elle a peur d’entrer dans ce collège, comme on aurait peur d’entrer dans la cage d’un lion. Cette prof d’histoire géographie est accueillie par la proviseure de l’établissement « ici la vie est difficile, les parents d’élèves sont, pour beaucoup, au chômage et ne parlent pas français ». Elle remplace une prof absente depuis plus de 4 semaines.

Plus le film progresse, plus je trouve des liens avec ma fiche philo sur la société. On dirait que le réalisateur a tenté de mettre en avant des problèmes sociétaux : les failles du système de l’éducation nationale avec le problème des remplaçants, le chômage, la crise de la famille (« j’suis pas comme le daron moi, j’pense pas comme le daron »), les problèmes d’identité (« nous on votera pas madame, on n’est pas français » s’exclament les élèves de 3e), le manque de personnel hospitalier (« j’avais fait trop d’heures cette nuit-là, oui je l’ai peut-être trop serré ce plâtre, mais j’étais fatigué ») ou encore la question de l’orientation scolaire (« on va juste t’expliquer qu’un CAP chaudronnerie c’est super, ça ne sert à rien l’école »).

Seulement mélanger religion, banlieue et politique dans le même film, c’est prendre le risque de réaliser un mélange explosif où les clichés vont fuser : où les jeunes filmés ne savent pas parler autrement qu’avec « un accent de banlieue ». Mon petit frère et ses copains ont le même âge, habitent aussi en Seine-Saint-Denis, vont au collège dans ce même département et je vous assure qu’ils ne parlent pas ainsi.

Ou Moussa, le grand black baraqué qui a 17 ans et qui est en classe de troisième s’acharne sur Kévin, un des seuls français de sa classe. Rappelons qu’à 17 ans, on est en classe de terminale, voire en première si on est né en début ou fin d’année, en tous cas dans la vraie vie, à l’âge de Moussa, c’est le bac qu’on passe (quel qu’il soit, général ou professionnel, parce que juste avant, Monsieur Fillon a rappelé qu’on ne valorisait pas assez les bacs professionnels, voilà : aussitôt dit aussitôt fait) et non pas le brevet des collèges.

Dans une interview pour le Bondy Blog, Mohamed Hamidi avait dit qu’il préférait raconter l’histoire des habitants des banlieues « parce que c’est bien de se décaler plutôt que de coller tout le temps sa caméra au pied des immeubles », en effet.

Sarah Ichou

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