Produit par l’acteur américain Forest Whitaker, interprété par un ancien acteur de la série culte The Wire (Michael B. Jordan) et auréolé du Grand Prix du Festival de Sundance 2013, Fruitvale Station retrace avec brio l’histoire vraie d’Oscar Grant, victime d’une bavure policière le soir du nouvel an 2009. 

Il a la barbe d’un homme pubère et les joues encore rondes d’un post-adolescent. La tromperie facile à l’égard de sa copine et un sens de la paternité sans faille par rapport à sa fille. Oscar Grant a 22 ans, la vie devant lui et un casier judiciaire déjà bien rempli. En 2007, en prison, il s’est battu avec des mecs d’un autre gang sans penser (ou croire ?) aux répercussions que cela aurait un jour sur lui.

Dealer de beuh à ses heures perdues – voire sur son temps de travail – Oscar s’est fait lourder par son patron mais continue de se rendre sur son lieu de travail. Dans sa voiture automatique au son hip-hop poussé, Oscar Grant est à l’image de ces garçons devenus hommes trop tôt, rattrapés par la vie et ses dures réalités.

Oscar (Michael B. Jordan) a un sourire et une fossette à damner une mère (Octavia Spencer), et une inconscience à rendre folle sa meuf  (Melonie Diaz, qui n’a aucun lien familial avec Cameron Diaz). Flottant dans ses habits West Coast XXXXL, il marche, bonnet sur le front, textote son entourage, rêve d’un nouveau départ. Un nouveau départ qui arrivera trop vite, sur le quai de métro de la Fruitvale Station, à San Francisco, le soir du nouvel an 2009.

Produit par l’acteur oscarisé Forest Whitaker (Zulu, Ghost Dog, Le dernier roi d’Ecosse) et réalisé par un cinéaste du même âge qu’Oscar Grant (Ryan Coogler), Fruitvale Station a remporté le Grand Prix et le Prix du Jury du festival américain de cinéma indépendant Sundance 2013,  le Prix du Regard vers l’Avenir du dernier Festival de Cannes ainsi que le Prix du Jury et le Prix de la Révélation Cartier du Festival de Deauville 2013.

Alors que Moi, moche et méchant, Iron Man 3 et Django Unchained détiennent les trois premières places du box-office français 2013, il est bon d’observer qu’avec des films comme Fruitvale Station (à l’image de Precious de Lee Daniels, sorti en 2009), les réalisateurs indépendants continuent de dénoncer les injustices qui existent dans ce pays qui fait rêver nombre de gens à travers le monde.

Certes, Fruitvale Station n’a pas la poésie des Bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin (Grand Prix Sundance 2012) en s’inscrivant, scénaristiquement, dans la chronologie linéaire des dernières vingt-quatre heures d’un homme dont l’on connaît, dès l’ouverture du film, la destinée. Mais par son jeu d’acteur, son rapport au monde urbain (décor, style, phrasé, textos) et sa dimension sociale trop souvent effacée des productions vantant la suprématie américaine, ce premier long-métrage parvient à nous toucher, et par son propos dénonciateur (contre les bavures policières) et par la justesse de son interprétation.

Oscar Grant aurait pu être de n’importe quelle nationalité et vivre dans n’importe quel coin du monde. Son chemin a croisé celui d’un flic zélé un soir de fête un peu trop agité. Il y a un an, le meurtre du jeune Trayvon Martin secouait l’Amérique.  Cette année, en distribuant le 1er janvier ce film sur la vie d’Oscar Grant, Ryan Coogler ne nous demande qu’une chose : ne pas oublier.

Claire Diao

Fruitvale Station de Ryan Coogler – USA – 2013 – 1h25

Sortie française le 1er janvier 2014

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