« J’vais faire mes sous dans le rap et ils me reverront jamais », voilà ce que chantait Gradur dans le refrain de son single Jamais issu de son premier album « l’homme au bob ». Moins d’un an et un disque d’or plus tard, le revoilà avec cette fois un nouveau projet intitulé ShegueyVara 2 dans lequel figure une partie rap et une partie chansons comme Maitre Gims avant lui et qui fait suite à sa mixtape sorti l’année précédente sous forme de téléchargement gratuite. Ce jeune rappeur originaire du Nord Pas De Calais est attendu au tournant d’une part par ses fans et également par les critiques musicales qui avaient bien accueilli son premier album intitulé L’homme au bob sorti en février dernier. Avec cette double mixtape il a la ferme intention de prouver qu’il est bien plus qu’un rappeur aux punchlines chocs mais un artiste avec une plume qui sait manier habilement les mots à la manière d’un Oxmo Puccino. Mais quelles sont les recettes de son succès ?
Tout d’abord Gradur, c’est un parcours particulier. En effet né à Roubaix en 1990, Wanani Gradi Mariadi de son vrai nom suit une scolarité honorable en décrochant tout d’abord en 2007 un BEP vente puis en 2009 son bac professionnel. Deux ans plus tard, il devient titulaire d’un BTS de management des unités commerciales. Là où beaucoup aurait essayé d’intégrer une école de commerce, lui décide de s’engager dans l’armée de terre « par défi personnel » dit-il. Une fois à la caserne Gradi commence son petit business, en effet puisqu’il se met à dealer auprès des militaires diverses drogues qu’il va chercher lui-même aux Pays-Bas, attitude non conforme dans une corporation où prime l’exemplarité.
Gradi doit également faire face au racisme et aux réflexions de ses collègues et ses supérieurs. L’année 2013 marque un tournant pour lui, en effet une grave blessure à la jambe le contraindra à rester immobilisé de très long mois durant lesquelles il se mettra à gratter ses premiers textes. Ses amis l’incitent à poster ses « freestyles » sur YouTube, ce qui l’amènera à collaborer avec un rappeur originaire tout comme lui de la RD Congo, Kozi. L’année suivante l’écriture a pris le dessus et il lance sur chaîne YouTube une série de freestyles intitulés tout bonnement « sheyguey » qui signifie enfant des rues en lingala, ce mot devient sa gimmick appréciée par tous ses auditeurs. Son deuxième morceau issu de la série est partagé par l’un des monuments du rap français Booba, qui génère alors des millions de vues. Dès lors tout s’enchaîne, Gradur devient le rappeur qui monte, sollicité par beaucoup, il multiplie les freestyles, les collaborations avec d’autres artistes, il est alors considéré comme la révélation de la scène rap en 2014.
« Je n’ai jamais rien attendu du rap »
Gradur se démarque assurément des autres rappeurs de la scène rap, ce qui marque tout d’abord c’est son humilité et sa proximité avec ses fans. Depuis qu’il est devenu médiatisé il ne joue pas la star, loin de là, reconnaissant envers ses fans il n’hésite pas à partager des photos d’eux arborant fièrement son album ou des vêtements de sa marque « Sheguey Squaad » sur ses réseaux sociaux. À l’instar des Run D.M.C et leurs Adidas Superstars
Gradur c’est également un style vestimentaire puisque dans chacun de ses clips il arbore toujours un bob vissé à son crane qui au fil de ses vidéos est devenu son signe distinctif, d’où le nom de son premier album. Ce dernier prône également l’unité en ces temps où les clashs ont pris le dessus dans les milieux du rap, lui préfère collaborer avec ses pairs. En témoigne la tracklist de « ShegueyVara 2 » où figurent les tauliers tels que Booba, Black M, Soprano et la relève du rap français en les personnes de Jul, Nekfeu ou encore Lacrim. Des artistes et des sonorités de divers horizons qu’il assume pleinement.
Gradur est bien conscient que la carrière de rappeur et la célébrité sont éphémères, et qu’il sera un phénomène juste un certain de temps. Il le dit à plusieurs reprises dans ses textes : « je n’ai jamais rien attendu du rap ». Gradur prévoyait même dans le morceau Priez pour moi autre single issu de son premier album la fin de sa carrière pour 2017 et ainsi retourner dans son pays d’origine. Il estime que le Rap Game est un milieu néfaste où nombreux sont ceux qui agissent uniquement dans leurs propres intérêts. Lui prend juste du plaisir à exercer son passetemps et cela se ressent dans ses clips. Gradur est avant tout un « ambianceur », un rappeur qui ne se prend pas la tête et qui rappe avec ses tripes. Lui ne ment pas, il partage son vécu, ses doutes, ses erreurs avec toute sincérité.
Félix Mubenga
Sheguey Vara 2 est disponible depuis le 27 novembre 2015

Articles liés

  • « Freda » : Ôde à la résistance haïtienne et féminine

    Présenté dans la catégorie Un Certain Regard et deuxième film haïtien à être présenté au festival de Cannes depuis 1993, Freda est un film important et immersif sur la jeunesse féminine haïtienne telle qu’elle est. Analyse et interview de la réalisatrice Gessica Généus.

    Par Farah El Amraoui
    Le 18/10/2021
  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Amina Lahmar
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021