Il a d’abord cru à une blague. Une mauvaise blague. L’artiste Grand Corps Malade a été privé de concert dans sa commune natale, le Blanc-Mesnil. Le concert prévu le 21 mai dans le théâtre municipal a été annulé par Thierry Meignen, maire UMP de la ville.
La raison ? La présence du militant associatif Rachid Amghar, alias Rachid Taxi, chauffeur de taxi et ami du chanteur-slameur que ce dernier avait invité à monter sur scène pour interpréter le titre Inch’Allah. Il est aussi connu pour ses prises de positions politiques marquées à gauche lors de débats publics. Et c’est bien ça le problème pour le maire de la ville. Bien que Rachid Taxi ne soit engagé dans aucun parti politique, l’édile refuse sa présence au concert de Grand Corps Malade.
« Le simple fait de faire monter cette personne sur scène est une provocation, un coup tordu », s’est-il justifié. Il a affirmé que ce « militant d’extrême-gauche » passait son temps à le « calomnier sur internet ». Il craint que l’homme, qu’il considère davantage comme un personnage politique qu’un artiste, ne se serve de la scène comme d’une tribune politique et qu’il ne transforme le concert en meeting. « Ce n’est pas de liberté d’expression qu’il s’agit ici. Je dis non car la ville paye pour avoir Grand Corps Malade, dans le contrat il vient seul, il est assuré, et ça n’est pas respecté », a-t-il précisé.
« Une excuse bidon »
Une censure honteuse et inacceptable pour Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade. Prévenu le 12 mai par un courrier recommandé signé du premier adjoint au maire, l’artiste de 37 ans a d’abord été très surpris. « C’est très grave et incroyable qu’en 2015, on annule un concert, on prive les habitants du Blanc-Mesnil uniquement car le maire ne souhaite pas voir quelqu’un monter sur scène. Ce concert est le mien, je chante ce que je veux, je dis ce que je veux, j’invite qui je veux. Je ne vais pas me taire. En annulant ce spectacle, on m’empêche de m’exprimer, on me censure. »
La municipalité a d’abord invoqué un problème d’assurance. « Une excuse bidon » rétorque Grand Corps Malade. « La municipalité ment de façon décomplexée ». L’artiste affirme ne pas comprendre pas les inquiétudes du maire du Blanc-Mesnil. D’autant plus que pour le rassurer, sa production lui a écrit afin de préciser que Rachid Taxi était là pour chanter et que pour chanter. « Rachid Taxi lui-même a fait un écrit au responsable de la salle municipale où devait avoir lieu le concert en disant : rassurez-vous je suis là pour chanter, il est hors de question que je prenne en otage le concert de Grand Corps Malade pour des raisons personnelles ou politiques », a affirmé le slameur. Des lettres qui n’ont visiblement pas convaincu le maire.
Grand Corps Malade ne compte pas en rester là. Il envisage d’attaquer le maire qu’il accuse de « rupture de contrat abusive ». Dans cette affaire, l’artiste a pu compter sur le soutien de plusieurs personnalités politiques. D’abord de la ministre de la Culture, Fleur Pellerin qui a dénoncé une « annulation honteuse » sur Twitter. Des élus locaux ont également réagi en soutien à Grand Corps Malade, comme l’ancien maire communiste du Blanc-Mesnil, Didier Mignot, battu en mars dernier, et le président socialiste du conseil général de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel. Ce dernier a d’ailleurs proposé au chanteur d’organiser un concert dans les prochaines semaines dans un collège de la ville. Proposition acceptée par Grand Corps Malade. « Le concert aura peut-être lieu le 29 mai dans le nouvel collège du Blanc-Mesnil », espère le chanteur.
Un concert symbolique dans un lieu symbolique. « Le 93 c’est mon département, Blanc-Mesnil ma ville natale. La dernière fois que j’y ai joué c’était il y a 7 ou 8 ans. C’est très important pour moi d’y retourner. »
Leïla Khouiel

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