Commençons par Le commencement, ce court-métrage produit en 2011 par l’association Mille Visages de Viry-Châtillon (91), qui a remporté le festival Banlieuz’arts en avril 2012. Basé sur une histoire d’amour empêchée par des amitiés, Le commencement transpire du naturel de ses comédiens. « J’avais un fil conducteur et les jeunes amenaient leurs textes. C’était un bel échange ».

C’est dans une MJC de Limeil-Brevann (94) que la carrière de Guillaume Tordjmnn débute. Né en 1984 à Créteil, Guillaume grandit dans le 94. Aîné de deux petites sœurs, il pratique le karaté depuis l’âge de 6 ans sur les traces de son père, professeur en la matière. Élève, il fait « pas mal de bêtises » tout en sachant que « l’école, c’est important ». Au lycée, il rate son Bac STI (Sciences et Techniques de l’Ingénieur) mais ne le retente pas. Car Guillaume souhaite déjà être comédien… ou pompier « j’adore partir à l’aventure, aider les autres et faire du sport ». Le sport, justement. Grâce à un brevet d’État de professeur de karaté il obtient l’équivalence du bac.

À18 ans, Guillaume s’inscrit au Cours Florent et décroche des aides de sa mairie pour financer sa formation : « Si on ne peut pas rentrer par la petite porte, il faut essayer de rentrer par la fenêtre ». Après trois ans d’études, un agent lui décroche un rôle de… pompier, dans la série SOS 18 de France 3. S’ensuivent plusieurs années de castings et de déceptions. « J’avais un agent qui ne m’a pas compris. Parce que je suis tunisien, français, yougoslave, il m’envoyait sur des rôles de rebeu alors que je peux très bien passer pour un européen ».

Délaissant le théâtre, Guillaume se consacre au cinéma. Ses références de films sont essentiellement américaines. « Je ne me reconnais pas dans tant de films français que ça à part Polisse, La Haine… » Adepte de thrillers, de films d’action ou d’humour décalé, Guillaume regrette que les productions françaises ne prennent pas de risques et présentent « soit quelque chose de déjà fait, soit des comédiens super connus ».

En 2007, l’association Mille Visages recherche un karatéka pour un spot d’incitation au vote. Le père de Guillaume parle de son fils à l’une des fondatrices, Uda Benyamina. Guillaume décroche le rôle. « Depuis, on ne s’est plus quitté ». Parallèlement, il remporte la Coupe du monde individuelle de karaté shukokaï.

Après des stages au sein de Mille Visages, il part trois mois à New York pour améliorer son anglais, tout seul, avec un scénario. «Un ami m’a présenté à une boîte de prod’ qui venait d’ouvrir et qui a adoré mon projet ». Son premier court-métrage, Reflections of reality, est sélectionné à San Francisco.

Fan de comics, Guillaume réalise à son retour « avec des potes du métier », Big Little Boss. Prêt de matériel, mère aux fourneaux, « c’est comme ça que, même sans budget, on a fait aboutir le film ». Non-sélectionné en festival, ce court lui permet néanmoins de rencontrer une société de production avec laquelle il tourne un thriller en huis-clos, Le vernissage.

« Meilleur film » de sa filmographie, Le commencement permet à un autre Guillaume (Canet) de devenir parrain de Mille Visages. Espérant que le film circule en festival pour « donner une image artistique et non-délinquante des quartiers », Guillaume souligne : « Dans le 16ème, les histoires d’amour sont pareilles. Peut-être pas avec les mêmes mots mais avec les mêmes sentiments ».

La banlieue, il la filme « avec une caméra » (rires). En tout cas pour donner une autre image de la banlieue. « Pas comme dans Le Droit de Savoir, une émission qui m’a énervée.  En 2007 – je pense que c’est ce qui a fait gagner Sarkozy et monter le FN – on ne montrait que des formes de violences dans les cités. On ne voit jamais ce qui se passe derrière et ce qui conditionne les gens qui se comportent comme ça ».

Soutenu par sa famille chez qui il loge encore (« ça me met la pression parce que j’ai envie qu’ils soient fiers de moi »), Guillaume a conscience que le cinéma est fait « de rencontres, de travail et de chance » et ne se leurre pas quand à sa position de débutant. «Je n’ai pas encore réussi car je n’en vis pas. Quand j’aurai fait un long-métrage, je pourrai dire que j’ai un pied dedans. Pour l’instant, je n’ai qu’un orteil… »

Claire Diao

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