La sonnerie retentit dans le hall du cinéma Jacques Prévert à Aulnay-sous-Bois. Dans un joyeux brouhaha, les jeunes cinéphiles rassemblés samedi 25 novembre à Aulnay-sous-Bois regagnent leur siège dans la salle Méliès. Les plus gourmands s’empressent d’avaler les pastels et les samoussas vendus à la buvette. Pas de nourriture pendant la projection.

Cette année, le festival Hallnaywood n’a pas pu voir de sixième édition pour des raisons logistiques. Les fondateurs ont toutefois à maintenir la Carte blanche Hallnaywood : une journée de projection pour rendre hommage à ceux qui ont participé aux éditions précédentes du festival de court-métrages d’Aulnay-sous-Bois. Toute l’après-midi, au cours des quatre séances d’une heure, une quinzaine de court-métrages ont été projetés.

Au programme : des mecs de cité qui s’entraînent à danser la kizumba, une fratrie de gitans qui doivent sauver leur père malade du Covid, Roméo et Juliette aux 4000 de la Courneuve… Les récits qui défilent à l’écran apportent un vent de fraîcheur au « cinéma de banlieue » auquel nous ont habitué les grandes productions. Les spectateur·ices présents ont bien fait de braver le froid et la pluie.

« Des personnes qui nous ressemblent »

Les jeunes professionnels du cinéma venus de toute l’Île-de-France n’auraient raté ce rendez-vous pour rien au monde. « J’avais envie de valoriser les réalisateurs et les réalisatrices issus de tout univers et tout endroit », confirme Larif Mze, fondateur du festival Hallnaywood. À en croire JP, « LeRenoi » sur sa chaîne YouTube, c’est mission accomplie. Le comédien de 26 ans originaire de Sevran est venu pour soutenir Lafabrik Origin, son école de cinéma, qui a projeté deux films : Le Monde est à nous et Hermanos, réalisés par Abraham Touré Thompson.

« Je rêve de devenir acteur et d’en vivre », explique JP. « Voir des personnes qui me ressemblent qui ont fait de mon rêve une réalité, ça me motive à venir à ce type d’événement. C’est un cadre propice à l’entraide et un moyen pour créer des connexions. »

« Au début de ma carrière, c’est au festival d’Hallnaywood que j’ai eu un de mes premiers prix », se remémore Enricka M.H. « C’est aussi un vecteur de rencontre. Je croise des personnes qui ont la même mentalité, les mêmes intérêts que moi. Et surtout, mes œuvres peuvent faire mieux échos aux festivaliers d’Hallnaywood », confie la réalisatrice. Elle projette deux films aujourd’hui : La K-Z et Dorlis.

« La salle de projection, c’est mon école de cinéma à moi »

Beaucoup d’autodidactes sont présents, à l’image de Yassine Iguenfer, 31 ans. Deux de ses films ont été projetés : Verres vides et Hicham. « J’adore les festivals. Quand tu n’as pas fait d’école, c’est l’occasion de croiser d’autres autodidactes », explique-t-il. « En regardant les projets des autres, tu peux te dire que ça paraît difficile. Puis, tu échanges avec eux et tu te dis “OK c’est possible”, et tu crées ton réseau ! », se réjouit le réalisateur et scénariste venu de Bezons (95). « Cette salle de ciné, pour moi, c’est un amphithéâtre, c’est mon école de cinéma à moi ! »

Hamza, réalisateur et comédien de 28 ans a assisté à la dernière édition de Hallnaywood. Le jeune Sevranais a l’habitude de ce genre d’événement. C’est l’occasion pour lui de tisser des liens. « On recroise les mêmes personnes et on peut voir la continuité de leurs projets », confie-t-il. « À CinéBanlieue, j’ai pu rencontrer des réalisateurs comme Djigui Diarra de Grigny (91) qui projette son film Malgré eux cet après-midi. J’ai rencontré plein de personnes dans ce genre de festivals ! », s’enthousiasme-t-il. Ça tombe bien, c’était précisément l’intention du créateur du festival, Larif Mze : « Je voulais vraiment faire en sorte de crée un lieu où on peut se rencontrer, dans tous les domaines. »

Dans les festivals un peu bobos, je compte les racisés. Dans les festivals de banlieue, je compte les femmes 

En effet, le cinéma français est connu pour être un milieu très fermé. Des événements comme la Carte blanche Hallnaywood participent à y remédier. « Le festival est né d’une envie de partager des œuvres à tout public et surtout aux quartiers prioritaires », explique Larif. Toutefois, il reste du chemin à parcourir. « Dans les festivals un peu bobos, on se compte entre racisés, et dans les festivals de banlieue, on se compte entre femmes », résume Enricka.

La réalisatrice sait de quoi elle parle. C’est la première femme lauréate du festival d’Hallnaywood en cinq éditions. C’est la seule réalisatrice mise à l’honneur aujourd’hui. Quand elle a fait la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, ils étaient deux racisés, rapporte-t-elle. Deux de ses films ont été projetés cet après-midi : la comédie La K-Z et Dorlis, un drame sur l’inceste tourné en Martinique.

Il fait nuit dehors et la pluie s’est arrêtée. Dans la salle Méliès, les derniers applaudissements sonnent la fin de la journée. Les festivaliers se donnent rendez-vous pour la prochaine édition.

Zahra Oukaci et Hadrien Akanati-Urbanet

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