Depuis qu’il a vu « Neuilly sa mère », Haroun, neuf ans et demi, veut faire du cinéma comme Samy Seghir, jeune comédien, l’un des rôles principaux de ce film. C’est Idriss qui lui avait prêté le DVD. Haroun dit : « J’adorerais faire acteur. » Il prétend même avoir toujours voulu faire partie du monde du cinéma. Qu’il en soit ainsi : sa mère (moi) décide de lui faire découvrir ce fameux monde cinématographique, avec l’envers du décor en plus. Un des avantages d’habiter Paris, c’est de pouvoir approcher des milieux qui sont en temps normal inaccessibles, et, c’est maman qui parle, de les démystifier.

C’est par hasard qu’une occasion se présente dans La gazette du 19e, journal local où figure une annonce selon laquelle le réalisateur Brahim Fritah recherche des enfants pour son projet de film, « Chroniques d’une cour de récré ». Un film qui racontera les souvenirs d’enfance de son auteur à travers le regard de Brahim, 10 ans. Il nous fera découvrir avec poésie et humour le quotidien de sa famille marocaine dont le père était gardien d’une usine à Pierrefitte-sur-Seine en 1981…

Pour le rôle principal, le réalisateur recherche un garçon de 10 ans de type maghrébin. Haroun est métisse kabylo-guadeloupéen. Je lui propose donc de tenter le casting. Ça paraît sérieux, connaissant La Gazette du 19e, ça ne peut être que du sérieux. Haroun a déjà écrit une chronique sur l’ambiance footeuse de sa cour de récré !

Il faut au préalable envoyer une photo-portrait et de plain pied d’Haroun, afin que l’équipe du film puisse vérifier qu’il corresponde bien au profil recherché. Il semble que oui, car quelques jours plus tard, une dame appelle et propose un rendez vous à Haroun. Ceci étant fait, elle nous maile le texte à apprendre (lire plus bas). Je suggère à Haroun de le mémoriser d’abord sous forme de poésie. En dix minutes, Haroun connaît son texte par cœur. Je ne l’ai jamais vu apprendre une leçon aussi facilement. Je lui en parle, il dit n’avoir rien remarqué…

Le jour J, soit le samedi 8 mai aux alentours de 12 heures, dans les bureaux de Futurikon du coté de Saint-Paul, nous somme reçus pas Brahim Fritah en personne et la dame du téléphone, Myriem Aouidad, la directrice de casting. Quelques enfants sont déjà là. Nous nous installons sur les fauteuils, nous patientons. C’est à nous, enfin, c’est à Haroun. Brahim vient le chercher. « Au début, j’avais un peu peur d’avoir le trac, mais après, ça allait mieux parce qu’il était gentil. Je me suis présenté, j’ai dit mon texte, Brahim m’a dit « c’est bien ». » En me ramenant mon fils, Brahim Fritah me dit : « A cet âge-là, jamais je n’aurais pu faire le quart de ce qu’il a fait, tellement j’étais timide ! » Ah les années 80 ! Mission accomplie pour Haroun en tous les cas

Mais qui est Brahim Fritah ? Il est né à Paris en 1973. Il a étudié à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs. On dit de lui qu’il a développé une écriture originale au fil des années. Il a déjà réalisé « Chroniques d’un balayeur en 1999 », « La femme seule » en 2004, « Le train » en 2005 et « Le tableau » en 2008. En 2003, il a intégré la Cinéfondation, résidence d’écriture lors du Festival de Cannes. Il y a écrit un projet de long-métrage, « Slimane le magnifique».

« Haroun le magnifique » prochainement sur vos écrans ? On en est encore loin mais il n’est pas interdit de rêver. Demandons-lui plutôt de nous parler de son rêve.

« Quel genre de film regardes-tu ?
– Je regarde « Neuilly sa mère », ou « The Mask » ou « Avatar ». Ce sont mes films préférés. Mes acteurs préférés, c’est Samy Seghir et celui qui joue Patrick Jane (Simon Baker, photo, ndlr) dans « Mentalist ».
– Regardes-tu les images du festival de Cannes à la télévision ?
– J’ai déjà vu la remise des prix, c’était bien. 
– Explique ton rêve de cinéma.
– Depuis que j’ai vu « Neuilly sa mère », je veux faire acteur parce. Je ne savais pas que c’était aussi bien de faire des films. Comme par exemple jouer la comédie ou faire genre je pleure ou je fais de l’humour.
– Tu sais que ce n’est pas donné à tout le monde de faire du cinéma ?
Je sais que si je suis pas assez convaincant, je serai pas pris. C’est normal. Mais c’est pas grave, je m’inscrirai à d’autres castings et c’est pas grave s’ils me prennent pas. »

Haroun fait la part des choses et c’est ça le plus important. Alors, que les meilleurs gagnent !

Nadia Méhouri

Texte d’essai : BRAHIM (Haroun)
Classe. Int/jour.

La maîtresse : « Suite au terrible accident, le maire a proposé que tous les enfants de Pierrefitte dessinent, peignent ou photographient leur maison, comme de nouvelles archives. » La maîtresse distribue des feuilles blanches à chaque élève. Brahim sort ses crayons, Salvador reste impassible, bras croisés devant sa feuille.
Brahim, à Salvador : « J’crois qu’j’vais faire une grue… Tu sais pourquoi ? »
Aucune réaction de Salvador, Brahim poursuit, imperturbable.
Brahim, à Salvador : « Parce que sans les grues y’aurait pas de maisons, pas de villes, rien ! Mais c’est pas les grues comme les oiseaux, que j’parle moi ! Nan, c’est les grues d’chantiers, tout en métal, super grandes ! Et attention, les grues, j’m’y connais, moi ! Petites, grandes, vieilles, anciennes, modernes, j’les connais toutes ! »
Salvador, lapidaire : « J’m’en fous. »
La sonnerie de la récréation retentit.

Fin du texte.

L’équipe du réalisateur Brahim Fritah cherche des enfants âgés de 10 à 12 ans. Pour plus d’infos :

castingchronique2010@gmail.com

Nadia Méhouri

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