Hassan Strauss a découvert le quartier des Fauvettes de Neuilly-sur-Marne (93) à l’occasion du tournage de son film Police/Population. À travers différentes interviews d’habitants, il s’intéresse au poste de Délégué à la cohésion Police Population initié par le Plan Banlieue en 2008. « Le fait que ce poste ait été créé prouve qu’il y a un problème. La police dans les quartiers a peur de discuter, de faire son boulot ».

La responsable de l’association Ville & Avenir de Neuilly-sur-Marne lui propose ensuite un projet de série tournée dans un hall d’immeuble avec des habitants et Wahid Bouzidi du Jamel Comedy Club. Hassan fonce tête baissée. « Outre le fait de mélanger tous les gens du quartier avec un professionnel, ce projet permet de faire émerger des talents ». Il s’extasie sur les acteurs-nés, dont il a l’impression « qu’ils ont fait ça toute leur vie », et espère produire, avec la société De l’autre côté du périph’, une série professionnelle qui fera la tournée des villes. « Il y a un délire, une culture, dans chaque quartier. Ce ne sont pas les mêmes langages, pas les mêmes survêt’… Ce serait une manière de voir un panel de la banlieue comme jamais tu ne pourrais le voir. »

Le quartier d’Hassan est à Aubervilliers. Plus précisément à l’Office municipal de la jeunesse d’Aubervilliers. « L’OMJA et moi, c’est un peu une histoire d’amour. J’ai grandi dans le milieu associatif depuis la piscine à 3F jusqu’à Génération Court ». Vainqueur de la première édition du festival, Hassan y avait présenté Mon Hall en 2006. Tourné dans son immeuble, le film dépeint avec humour les préjugés que les gens peuvent avoir sur les jeunes. « Le hall d’immeuble est un lieu de vie pour des millions de Français. Il n’y a pas que des jeunes qui fument de la drogue : les gens passent jeter leurs poubelles, le livreur de pizza reste coincé, les mecs se retrouvent après l’école, d’ ‘autres prennent leur courrier… »

À l’OMJA, Rachid Kadioui le décrit comme un garçon « brillant ». Son passage par l’atelier BD lui permet de trouver ses premiers emplois dans l’animation. Sur France 3, au Maroc et sur la série Etoitékoi des Indivisibles, « les dessins que ma mère refusait que je fasse m’ont finalement permis de gagner ma vie ».

Quelques années auparavant, c’est en tant qu’animateur scientifique qu’il travaillait en apprenant la patience: « Tu vois les cités où il y a des émeutes parce que les gens cherchent du travail ? Ils t’envoient, toi, pour faire des trucs avec des ballons percés, des fusées… alors que les mecs attendent autre chose. C’était vraiment pour les calmer ».

La discrimination, Hassan ne l’a pas connue. Sauf lors d’un stage en Productique-Mécanique. Sa bête noire. Bon élève au collège Jean Moulin où son frère aîné l’inscrit en Section Européenne « pour que je réussisse dans la vie », Hassan atterrit dans une classe de filles aujourd’hui docteurs ou stylistes. « Ma hantise, c’était de redoubler ».

En 3e, il rencontre un conseiller d’orientation. « Son métier c’est de te dire  » Tu veux faire ça ? Non, fais plutôt ça » ». La passion d’Hassan, c’est le dessin. Dans la culture berbère de ses parents, c’est un loisir, pas un travail. Le conseiller l’oriente en Productique-Mécanique où il dessine des boulons toute la journée « avec des mecs qui ont redoublé vingt fois ». Jusqu’en BTS. « Dans Productique-Mécanique, il y a mécanique. Ma mère me disait « Oh non, c’est sale, tu vas travailler dans un garage ! » Maintenant, l’Éducation Nationale appelle ça « ISI » : Initiation aux Sciences de l’Ingénieur. Mes parents auraient aimé : ingénieur ! »

Son humour mordant, il le doit à son père, 78 ans, ancien « ingénieur » (PSA, Peugeot…) et à sa mère « astronaute…  forcément ». Benjamin d’une fratrie de trois, Hassan est un millésime 1985 né un critérium à la main « pour apprendre à mon père qu’un poulet ne se dessine pas avec quatre pattes ».

Aujourd’hui marié et père de famille, influencé par des films comme Les aventures du baron de Münchausen, Hassan filme la banlieue tel qu’il est. Avec le sens de l’humour. « Parce que, pour la vivre, il faut avoir du second degré ».

Claire Diao

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