Hicham Ayouch, 36 ans, présente en avant-première mondiale son troisième long-métrage, Fièvres, interprété par Slimane Dazi et Didier Michon, jeune pantinois bientôt à l’affiche du prochain film de Tony Gatlif. Portrait.
Il nous donne rendez-vous dans un café de Ménilmontant (Paris 20e) où il a ses habitudes. Appelle le patron par son prénom, le remercie en portugais, salue des gens dans la rue, observe et commente le comportement de certains passants… Lui, c’est Hicham Ayouch, ancien journaliste télévisé devenu réalisateur qui vient de terminer son troisième long-métrage. « Fièvres, c’est l’histoire d’un jeune ado basculé de foyer en foyer qui décide d’aller vivre chez son père qu’il ne connaît pas. Ce père, interprété par Slimane Dazi, vit chez ses parents et porte le poids de la vie sur ses épaules. Le jeune va mettre la fièvre dans ce foyer », raconte Aïcha Bélaïdi, déléguée générale des Pépites du Cinéma qui a accompagné ce projet et le présentera ce soir au Louxor (Paris 18e). « Aïcha Bélaïdi est une femme extraordinaire, confesse Hicham Ayouch. C’est par amour que j’ai accepté de passer aux Pépites, pour la remercier du soutien artistique et affectif qu’elle nous a apporté ».
Tourné à la cité du Londeau de Noisy-le-Sec (93) avec des acteurs « magnifiques qui ont beaucoup donné » (Didier Michon, Farida Amrouche, Lounès Tazairt, Pascal Elso, Tony Harrisson…), Fièvres offre un casting diversifié savamment élaboré : « Pour moi, c’est comme ça que les gens devraient penser : quand ils écrivent des rôles et se demandent à qui le donner, qu’ils ne pensent pas en terme de rebeu, de renoi ou de Gaulois mais en terme d’acteurs ».
Le cinéma français est pour Hicham un « cinéma de classe » : « je m’en fous d’où tu viens, qui tu es, par contre ça me dérange quand ça influe sur les productions artistiques des gens et là, ça manque de vitalité, d’histoires fortes ». Lui qui apprécie le cinéma américain des années 1970, les films de Joan Crawford ou le cinéma inspiré du théâtre, considère que c’est de banlieue que viendra la relève des cinéastes français « pas tant parce qu’ils viennent de milieux populaires, mais parce qu’ils ont une autre façon de voir les choses, des origines musulmanes, africaines ou chrétiennes, un regard transversal sur l’existence, davantage la rage et de choses à dire qui influent sur les films qui se font et qui manquent cruellement dans le cinéma français ».
Il a vu le jour à Paris en 1976, benjamin d’une famille de deux enfants nés d’un père publicitaire au Maroc et d’une mère professeur. Lui aime se définir comme « bougnoule et youpin » : « c’est important pour moi de souligner que c’est compatible. La preuve, je suis là ». Franco-marocain grandissant entre Sarcelles (95), Paris 5e et Ménilmontant (« comme j’ai des racines africaines, juives, musulmanes, c’est parfait ici pour moi »), il ne se sent ni d’ici ni d’ailleurs : « je suis là où mes pieds me portent ».
Élève « agité et insolent », voire « hyperactif possédé par le sheitan », Hicham décroche un Bac L « quatre langues » persuadé que « les gens littéraires étaient puissants intellectuellement ». Rêvant d’être journaliste sportif, « mes parents n’ont pas compris que j’aurai dû aller dans l’art », il part travailler au Maroc puis intègre l’école de journalisme de Bordeaux et des rédactions télé (TF1, TV5, France 5) avant de tout quitter : « C’est un grand cirque l’information. Donc quitte à faire de la manipulation, je préfère faire la mienne ».
En 2005, il réalise son premier court-métrage Bombllywood qu’il ne montre à personne (« ça m’a permis de me rendre compte que je n’étais pas un génie alors qu’à l’époque je croyais en être un »), puis deux documentaires, sur la réforme du Code de la Femme au Maroc, Les reines du roi (2006) et sur les autistes qui font du sport, Poussières d’ange (2007). Son premier téléfilm de fiction, Les arêtes du cœur (2007), tourné en berbère, « une langue qu’[il] ne comprends pas »,  pour la télévision marocaine est nominé au festival Cinémed de Montpellier. Mais c’est son second long-métrage de fiction tourné sans scénario en douze jours et distribué en France et au Maroc, Fissures, qui lui donne une reconnaissance internationale. À l’instar de son grand frère Nabil Ayouch, également cinéaste : « c’était son truc depuis longtemps, mais moi ce n’était pas du tout calculé ».
Lui qui a vécu cinq ans au Maroc parce que « l’Afrique bouillonne, les gens ont des choses à dire, se battent au quotidien pour des choses qui valent le coup », considère que le traitement médiatique des banlieues françaises est pathétique : « la France est une vieille pute ridée qui, quand elle se regarde dans la glace, voit une jouvencelle. C’est dommage parce qu’une des rares choses qui pourrait la sauver de son marasme vient de la banlieue ». Alors, pour la filmer, Hicham a choisi de « la transcender, la sublimer », « comme un conte » et d’en faire « un univers parallèle » pour « emmener les gens dans un ailleurs ».
Claire Diao
Lire aussi : Hicham Ayouch leur a mis la fièvre
Crédit photo : Khalil Nemmouche


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