Mardi soir aux alentours de 20h30, les abords de la Maison de la Radio sont bondés. Et pour cause : quatre artistes-phares de la scène rap s’apprêtent à se produire dans un live que les centaines de spectateurs privilégiés attendent comme un moment d’anthologie. Privilégiés car, pour cette nouvelle édition, les places sont parties en moins de cinq minutes ! L’excitation était donc palpable chez les spectateurs qui se sont précipités dans l’Auditorium dès l’ouverture des portes afin d’être les mieux placés. Les plus malchanceux passeront la soirée sur les marches.

Le public est assez divers, ce qui n’est pas sans déplaire à Bruno Laforestrie, directeur de Mouv’ et à la baguette de cet événement : « Cette année, on a invité un certain nombre de classes de collèges et lycées, on invite des gens qui ne seraient certainement jamais venus à Radio France sans cet évènement. Il y a vraiment des gens qui viennent de partout et c’est pour cela qu’on a souhaité rendre l’évènement gratuit ». A Issam Krimi, l’autre grand initiateur de la soirée présent à ses côtés,  d’ajouter : « Il faut savoir que dans cette maison il y a toutes les semaines des concerts gratuits où se produisent le meilleur orchestre du pays. Moi qui venais du conservatoire d’Aubervilliers-La Courneuve, quand j’ai découvert ça, toutes les semaines j’étais ici ».

Il est 21 heures lorsque les lumières se tamisent, signifiant ainsi le début de soirée. C’est à Chilla que revient l’honneur d’ouvrir cette nouvelle édition. La seule artiste féminine de la soirée gratifie l’audience d’une interprétation d’« Aimer » morceau issu de son dernier album « Mun » sorti en juillet dernier. La rappeuse lyonnaise avait déjà collaboré avec Issam Krimi par le passé comme il l’expliquait au moment d’évoquer le choix des artistes pour cette nouvelle édition : « L’avantage avec Chilla, c’est qu’on se connaît par cœur, donc il y a une amitié naturelle qui s’est installée entre nous ».

Ninho, SCH, Rim’K et Chilla : plateau de luxe pour le public de la Maison de la Radio / (C) Nesrine Slaoui

Rim’K a mis le feu

Par la suite, c’est Ninho qui apparaît sur la scène de l’auditorium sous l’acclamation d’un public enchanté de voir celui qui vient d’être auréolé d’un triple disque de platine (300 000 albums vendus) pour son dernier projet « Destin ». C’est en chœur avec les spectateurs qu’il interprète « La vie qu’on mène ». Mais le grand vainqueur de l’applaudimètre ce soir-là, c’est le légendaire Rim’k, avec son interprétation de son classique « Tonton du Bled » qui a créé une véritable ébullition dans la salle.

Le temps d’une version étendue pour l’occasion, la Maison de la Radio s’est transformée en une célébration algérienne, rythmé par la derbouka et les youyous du public. Tout le monde était debout, les plus timides ont légèrement bougé la tête, pour d’autres c’étaient carrément la chorégraphie avec les paroles chantées par cœur. Le rappeur de Vitry, rencontré la veille lors des répétions, revenait avec nostalgie sur l’album « Les princes de la Ville » qui fêtait fin octobre ses vingt ans : « A l’époque on avait vingt ans et on était des sales môme, on peut le dire, se souvient-il dans un éclat de rire. Il y’avait zéro calcul. A l’époque on ne voulait pas faire de la musique comme les autres, on se disait que la musique était assez vaste pour faire son propre son. Cet album reste la plus grande fierté de ma carrière et marquera ma vie à jamais. »

La particularité de cette quatrième édition était que les artistes se sont produits plusieurs fois au cours de la soirée. Ainsi Chilla a pu interpréter en piano-voix « Pour la Vie » sous les flashes du public, la prestation de Ninho sur « Goutte d’eau » fut également l’un des moments forts de la soirée notamment grâce au solo de guitare de Fabien Coronado, membre de « The Ice Kream » qui est venu conclure le morceau. Le plus impressionné et le plus ému parmi les artistes présents semblait être SCH, le rappeur marseillais venu interpréter « Otto » et « Le Code » a longuement remercié l’orchestre puis Issam à la fin de sa performance, avec une vive émotion dans la voix.

Ninho la veille du concert en répétition

Juste magnifique

Le Hip-Hop Symphonique a demandé des mois de préparation et de réunions avec les artistes, afin de décider quels morceaux seraient joués avec l’orchestre et de façonner l’écriture des partitions pour chaque instrument. Certains artistes comme Ninho ont dû mettre leur tournée entre parenthèses pour se consacrer pleinement à ce concert : « Le Hip Hop Symphonique requiert la pleine implication des artistes. Il ne s’agit pas juste de venir pour faire de la promo, il y a énormément de travail en amont pour en arriver à ce résultat », nous disait la veille encore le directeur de Mouv’.

La soirée s’est conclue avec le hit « Air Max » que partagent Ninho et Rim’K, puis un deuxième tour de « Tonton du Bled », pour le plus grand bonheur du public. Les plus jeunes comme les plus anciens, amateurs de rap ou de musique classique sont sortis de là émerveillés par le show, à l’image de Fif Tibossi, l’un des fondateurs du média Booska-P, rencontré après le live : « C’était juste magnifique ! A vrai dire je ne sais même pas quoi dire, c’est la deuxième ou troisième fois que je viens ici et à chaque fois ça prend en puissance. Voir le rap collaborer avec tous ces artistes de musique classique, c’est juste incroyable ! ». Une chose est sûre, toutes les personnes présentes ce soir-là auront vécu une expérience mémorable et ne bouderont pas leur plaisir de revivre cela lors d’une éventuelle cinquième édition.

Félix MUBENGA

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