«Trop de vérité ne tue-t-elle pas la vérité ? Au milieu de tout ce flot d’informations et de nouvelles technologies, explique  Aziz Hellal, auteur, metteur en scène et comédien de la pièce, il me semblait intéressant d’interpeller chacun de nous sur son libre arbitre à travers cette pièce de théâtre. » En compagnie de ma collègue Stéphanie, je suis allé voir « Icanta et les Chercheurs de vérité », en février, pour la deuxième représentation en public au Théâtre de la Salle des Fêtes de Nanterre (92).

Cinq comédiens sur scène, dont quatre amateurs. Laurent Couasnon, directeur commercial dans un groupe international du bâtiment, incarne dans la pièce Victor, le « coach ». Géraldine Ringot, professeur de français, joue Cassandre, qui symbolise la « vérité » pour le peuple indien. Aziz Hellal incarne Esteban, un jeune cadre d’entreprise. David Pinto, professeur d’économie, est Patrice, en quête de la vérité spirituelle ; et Jelila Bouraoui, danseuse de formation, incarne Lhena qui, elle, recherche la vérité tout simplement pour être en paix avec elle-même et avec les autres.

Thiane Khamvongsa est la professionnelle de la troupe, jouant le rôle de Plume, la conscience du coach qui intervient dans la pièce à l’aide d’un petit instrument de musique, le triangle. Un « gling », la pièce se fige et elle parle au coach, un second « gling » elle se remet dans l’ombre et la pièce reprend son cour.

Cette production met en scène des personnages assez différents, mais tous sont fatigués du conditionnement de la vie moderne poussant sans cesse au mensonge. Ils sont tous en quête d’une même vertu : la Vérité. Autour du coach Victor, ils bavardent, s’expriment chacun son tour sur ce qu’est le mensonge, sur ce qu’il provoque au sein de leur quotidien, sur leur propre personne. Jouer aux cow-boys et aux Indiens est une sorte de thérapie de groupe pour ces gens qui ensuite s’attribuent tous un nom indien : Itanca, Ayéna, Gouyapi, Howakan et Akuéna.

Itanca représente la pureté, la vérité. L’acceptation de ce que l’on est, l’usage de son libre arbitre. D’assumer ses décisions, ses choix sans les regretter. L’auteur de la pièce va même nommer ces hommes qui mentent, mais qui en réalité vendent du rêve à travers les moyens de communication. Ces hommes qui cherchent à nous endoctriner et dont les motivations sont souvent mal intentionnées : les Catanl (l’inverse d’Itanca). 

Mais ce n’est en réalité que le miroir de notre ère. Une toile du présent. Ces CatanI représentent aussi bien le monde commercial que financier, mais surtout politique, celui qui inonde nos esprits chaque jour à travers la presse, internet, la télévision… La pièce met en avant les préjugés de la société, les cyniques, les menteurs, les naïfs, cette faculté à se faire embobiner par de beaux discours, qui en réalité sont prononcés pour être appréciés, mais qui jamais ne seront appliqués ou alors partiellement.

Et comme le souligne l’auteur, « à l’ère d’une globalisation des échanges, des moyens de communication de plus en plus développés, ce miroir nous renvoie à l’utilisation que peuvent en faire les adeptes du conditionnement de nos esprits. Rechercher la vérité devient un combat et une quête car elle est noyée dans le flot incessant des vagues contradictoires qui inondent notre esprit. Trop d’informations tue l’information, trop de vérités tue la Vérité … ». Du coup, les personnages de cette œuvre ont décidé de mener cette quête en commençant par leurs propres vérités.

Le clin d’œil qui est fait au peuple indien n’est pas anodin. Ce peuple cultive la sagesse, la recherche de l’harmonie et de la vérité, en accord avec les éléments naturels. Bien que chassés de leurs propres terres par « les hommes de pouvoir », pleins « de cynisme », ils ont conservé  la douceur et la sagesse dans leurs mœurs. Sous Obama, les tribus indiennes ont été réhabilitées dans leurs droits au regard de l’Histoire, symbole que des siècles après, un peuple opprimé peut se relever.

Même si la pièce tarde à commencer, la partie musicale, guitare et chant de Lhena, donne le ton. Les pas de danses de Plume, la conscience, enjolive le tableau. Bien que sa tenue en noire m’a d’abord laissée croire qu’elle avait le rôle du petit diable, celui qui est sur l’épaule. Après ces deux représentations, Aziz Hellal souhaiterait atteindre le succès qu’il a rencontré pour « Mektoub Cyrano ». Je ne vois pas ce qui pourrait l’en empêcher…

Inès El Laboudy

Inès El Laboudy

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