« Ils » ce sont les scénaristes qui sont derrière ce projet : Said Bahij, Rachid Akiyahou (également réalisateurs), Majid Eddaikhane et Khalid Balfoul. Tous originaires de Mantes, ils parlent de leur ville avec une tendresse particulière dans un film ou les punchlines s’enchaînent. Et quand on leur demande à quel point la fiction est inspirée du « système Bédier », Rachid Akiyahou rappelle qu’en regardant le film à aucun moment il n’y voit Pierre Bédier (ancien maire de Mantes-la-Jolie). Il se contente de raconter le clientélisme, la corruption comme cela a pu se passer dans certaines villes comme Corbeil-Essonnes (91). Ce qui lui importe c’est que « tous les artistes de Mantes, des acteurs de la vie de Mantes sont dans ce film ». Il raconte même que cette idée leur est venue en regardant le film « Président par accident » et qu’ils se sont dit « tiens pourquoi on ne le ferait pas ? ». Chacun y a mis quelques fonds personnels, une cagnotte sur Ulule, des acteurs bénévoles et le tour était joué. De l’idée au montage final, ce film a pris deux ans.

Évidemment, avec un tel scénario, les réalisateurs ont voulu faire passer un message. « Il faut inciter les jeunes à avoir une conscience politique » martèle Said Bahij. Il souhaite que les gens de banlieue soient « les auteurs de leur histoire » mais cela prend du temps « c’est comme un handicapé qui se relève pour la première fois, il va pas se mettre à courir tout de suite ». Ce militant de la culture voit ce film comme un vrai « acte politique », car il a une « vraie identité, une vraie culture de banlieue ». Faire ce film a été pour lui « pédagogique et ludique ». Et quand on demande à Rachid Akiyahou si l’histoire racontée dans le film pourrait devenir réelle, il acquiesce sans hésitation aucune, car il estime que désormais c’est au peuple de prendre le pouvoir.

« 5 km2, 20 000 habitants »

Ainsi, tout au long du film, le slogan du candidat Khalifa Camara résonne « votez pour nous c’est votez pour vous ». Mais comme tout homme politique en campagne municipale, il lui arrive de céder lui aussi aux sirènes du clientélisme et promet emplois et appartements, l’adoption pour tous et la nourriture halal dans toutes les cantines. Les scénaristes se jouent des clichés à chaque instant dans cette comédie populaire, genre qui prend ici tout son sens. C’est particulièrement touchant de voir les habitants du Val Fourré acteurs, des mamas africaines aux jeunes dont on dit que tout ce qu’ils savent faire c’est tenir les murs.

De voir le candidat Camara se révéler dans une scène de débat intense avec le maire sortant. C’était fort aussi de voir tous les gens venus féliciter les personnes qui ont porté ce projet à la fin de la projection. Réalisateurs, scénaristes, acteurs, ont raconté et joué leur ville, leur quartier, celui du Val Fourré. Cet ancien aérodrome sur lequel on a fait pousser des tours dans les années 60 fait « 5 km2, 20 000 habitants », et  une solidarité qui naît instinctivement se plaît à dire Rachid Akiyahou « les gens ne me croient pas quand je leur dis que j’ai 40 amis proches et bien 500 amis mais quand on a vécu entassés, qu’on a été à l’école, au collège, au lycée ensemble, on connait tout le monde ». Cette solidarité et cette proximité populaires sont rendues parfaitement tout au long des 80 minutes du film. Bref, « Ils l’ont fait » c’est une comédie du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Latifa Oulkhouir

Prochaines séances :
-27 février à 21h au cinéma la Clef dans le V° arrondissement à Paris
– 5 mars à 20h30 au cinéma l’Alhambra à Marseille
– 27 mars à 21h au cinéma Grand Rex à Paris

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