Jusqu’au 28 février, «Bouge de là» investit l’Art Studio Théâtre (Paris 19e). Cette pièce écrite par Marcel Zang, mise en scène par Kazem Shahryari, traite des questions de la diversité, de l’immigration et de l’expulsion.

 « La pièce se passe dans le sous-sol d’un commissariat parisien, où des hommes et des femmes attendent, dans la chaleur et la promiscuité, d’être expulsés. Devant l’attitude irrespectueuse d’un des policiers, un des détenu s’insurge… » C’est à travers ces quelques lignes que le metteur en scène Kazem Shahryari présente son oeuvre. Aux antipodes du rappeur MC qui murmurait à l’oreille de « Caroline » Bouge de là est une pièce de théâtre reflétant des problèmes sociétales. Elle a été écrite par le dramaturge franco camerounais Marcel Zang en 2002 (éditions Actes Sud-papiers). En décembre 2014, le metteur en scène d’origine iranienne Kazem Shahryari prend le relais et l’adapte dans son temple dédié à la dramaturgie : « l’Art Studio Théâtre » fondé en 1986.

C’est la bérézina dans le bastion de l’ordre

Ils sont 5 comédiens à faire vivre «Bouge de là» dans ce rez-de-chaussée d’immeuble, cette salle de théâtre atypique. Les spectateurs sont installés à quelques centimètres de la scène, ce qui prête à la confidence. À peine arrivée dans le huit clos de ce commissariat, l’équipe est en place armé jusqu’au dent dans leur interprétation faisant des rondes à tout va… On ne sait pas à quel sauce on va être mangé. L’action démarre sur des chapeaux de roues nous entrainant dans une cacophonie orchestrés de toute pièce, avec un jeu le lumière déstabilisant. Au fur et à mesure, les choses s’éclaircissent et l’histoire prend forme avec sous le bras une tonne de clichés… On les balaye tout en les attisant sous différente forme d’expression, c’est l’arroseur arrosé ! On aurait pu prendre la pièce pour une comédie musicale mais le chant et la danse semblent être des intermèdes qui, par moment, un tantinet trop long et font perdre le fil de l’histoire.

Les gardiens font face à une rébellion des prisonniers au sein de leur commissariat. C’est la bérézina dans le bastion de l’ordre. Ils mènent leur enquête pour savoir ce qu’il s’est réellement passé. On apprend qu’à la tête de ce soulèvement il y a le « grand Georges », un africain en instance d’être expulsé de l’hexagone. Il rejette les figures d’autorité sauf « Bol d’air » (un jeu de mot avec le père du spleen) le policier le plus sensible du groupe avec lequel, il tisse des profonds liens d’amitié. Les forces de l’ordre sont volontairement singées tout au long pour souligner l’incongruité de la situation. Il y a une incompréhension palpable entre ces deux mondes mis sur le devant de la scène.

Le « grand Georges » est marginalisé avec les autres détenus alors qu’il scande vouloir simplement de la dignité, du respect. La mise en scène est efficace, audacieuse et déroutante. On passe du coq à l’âne par des situations cocasses empruntant les codes du burlesque avec des gags à répétition à l’image de Buster Keaton, Charlie Chaplin… On fini par plonger dans le spleen, le vogue à l’âme par le désarroi du grand Georges dépeint par « bol d’air » en récitant les vers : « Abel et Caïn » qui confirme à l’idée que cette pièce est pour un public averti, donc élitiste.

«Bouge de là» est une pièce engagée, complètement barrée, qui n’hésite pas pointer le curseur sur de grinçante vérités. La pièce est touchante, divertissante malgré ses nombreux clichés, autant de raison pour prendre place dans ce poste de police qui flirt avec la réalité des commissariats français.

Lansala Delcielo

Articles liés

  • Les créateurs d’origine africaine : entre couture et culture

    Alors que la fashion week masculine bat son plein à Paris, l’accès aux maisons de haute couture est plus difficile pour certains créateurs. Les artistes issus des minorités ethniques choisissent pour beaucoup l’indépendance en créant leurs marques, et en affichant leur héritage culturel comme source d’inspiration. Une revendication de ce qui constitue leur identité. Loin des appropriations culturelles des grandes maisons. Témoignages.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 21/01/2022
  • Placés : de l’ombre à la lumière des Maisons d’enfance

    Sorti en salles le 12 janvier dernier, Placés est le premier film du réalisateur Nessim Chikhaoui qui raconte le quotidien haut en couleurs d'une bande de gamins placés à l'Aide Sociale à l'enfance. Un film drôle, touchant, qui raconte sans détours une réalité souvent douloureuse. Un coup de coeur pour notre contributeur Félix Mubenga. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 20/01/2022
  • Avec « Nous », Alice Diop retisse la trame de notre société

    Comment des personnes aussi différentes les unes des autres font-elles société ? Comment passer de la somme des 'je' individuels à la formation du 'nous' collectif ? C'est avec cette intrigue sociale et politique que la réalisatrice Alice Diop a démarré son documentaire 'Nous'. Un film qui sortira en février 2022, disponible actuellement sur Arte, et qu'a vu Nassera Tamer. Critique.

    Par Nassera Tamer
    Le 22/12/2021