Vainqueur du Festival de Fiction TV de La Rochelle avec la deuxième saison de la série Lascars co-écrite avec ElDiablo et Eric Benzekri, le scénariste Ismaël Sy Savané aka IZM, 43 ans, revient sur son parcours et son succès. Portrait.

Il nous accueille dans les locaux du Comedy Club, en haut d’un étroit escalier de bois dont il avale les marches à grands pas. Lui, c’est Ismaël Sy Savané – plus connu sous le pseudo d’IZM qu’il a glané dans le milieu du rap américain – scénariste de la mini-série animée, puis du long-métrage et aujourd’hui de la série en prise de vue réelle Lascars, inventée par ses amis d’enfance Alexis Dolivet et ElDiablo.

« D’abord il y a eu le basculement du format de une minute au long, puis le producteur – qui y pensait depuis le début parce que l’animation prend du temps et coûte cher – a proposé à Canal + la série en prise de vues réelle ». Ainsi sont nés les personnages de Jo, Polo, Malik et Barkette « le seul point commun entre le long-métrage et la série, c’est le nom de la ville : Condé-sur-Ginette ».

Commune fictive inventée pour les besoins de cette série humoristique, Condé-sur-Ginette n’est donc pas la ville où IZM a vu le jour. Pour remonter ses traces, prenez le RER B direction Robinson et arrêtez-vous à la station Fontenay-aux-Roses (92), cette ville « cool » au « mélange parfait, bien mélangée et qui ne craint pas » située entre Sceaux et Bagneux.

C’est là qu’IZM, fils unique né en 1971 d’une mère normande secrétaire et d’un père Guinéo-malien mécanographe (« un métier qui n’existe plus »), aîné de six demi-frères et sœurs, connaît une enfance « mélangée » dit-il, « j’avais envie de grandir et de partir à l’étranger. Avec mon père venant d’un autre pays, je ne me voyais pas adulte en France ».

Élève « bon, mais dissipé », IZM gère seul sa scolarité, mais veille à présenter chaque trimestre un bon bulletin à ses parents. Victime du racisme dès la maternelle (« la maîtresse me faisait me sentir sale »), IZM met un poing d’honneur à s’appliquer et s’oriente vers un Bac D (scientifique) « par pur orgueil » mais révise son bac en une semaine « J’ai fait un burn-out, ça m’a écoeuré des études ». Quelques années plus tôt, à l’âge de 12 ans, il rencontre Alexis Dolivet et son cousin Boris « ElDiablo ». Avec qui il formera le talentueux trio qu’on connaît

Inscrit à la fac Scientifique d’Orsay (91), IZM la délaisse très vite pour enchaîner les aller-retour entre Paris et les États-Unis. «En tant que métis, en Afrique t’es blanc, en France t’es noir, alors que là-bas, j’étais dans le truc, le hip-hop, j’habitais Harlem… Je n’avais pas l’impression d’être un extraterrestre ».

À la même époque, « l’âge d’or du rap français », IZM se lance dans la musique. Officiant au sein du groupe Mama Intellect, il pose aux côtés de Chimiste de La Cliqua, participe au collectif Time Bomb, collabore avec le rappeur américain SK, tourne avec le groupe sénégalais BBC Sound System et apparaît même dans le clip Heal Yourself de BDP (1991) avec les mythiques KRS One, Big Daddy Kane et Run DMC.

Les États-Unis lui donnent du recul par rapport à la France qu’il considère « avec les mêmes problèmes raciaux que là-bas, mais on ne s’en rend pas compte » et réalise que « Paris est un village, c’est petit ».

Pour lui qui, enfant, lisait les critiques de Télérama, filait au cinéma le mercredi « dès que je pouvais », et affectionnait particulièrement Mon nom est Personne qu’il connaît par cœur, le cinéma a toujours été une passion. Souhaitant intégrer une école de cinéma à New York, il renonce du fait des frais d’inscription et, de retour en France après le décès de son père, s’inscrit à Paris 8.

Après une « traversée du désert » où, ne pouvant pas vivre de la musique, il enchaîne les petits boulots, IZM décide de se lancer pleinement dans les Lascars auquel ses amis le convient « je me suis dit, il y a une chance qui passe, il faut que tu la saisisses pour que si ça ne marche pas, cela ne soit pas de ta faute ». Le concept du dessin animé Les Lascars, au format d’une minute innovant pour l’époque, cartonne. Sketchs, long-métrage, BD, série… Depuis, IZM vit essentiellement de son travail de scénariste et développe des projets en tant que réalisateur.

Le cinéma français dans lequel il se retrouve davantage aujourd’hui (« ça arrive, on va dans le bon sens »), IZM le considère encore « trop frileux et pas très original ». Tout comme le traitement médiatique des banlieues encore trop « fantasmé » selon lui.« Les gens ont peur et on alimente cela. J’ai toujours l’impression qu’il faut se justifier : on est toujours le problème, jamais la solution ».

Alors, pour écrire la banlieue telle qu’elle sera filmée, IZM met beaucoup d’« humour », parce que la banlieue est « un décor comme un autre : les histoires humaines sont les mêmes partout ».

 Claire Diao

 

Lascars saison 2 – 2014 – 12 x 15 minutes – écrite par IZM, ElDiablo, Eric Benzekri, réalisée par Barthélémy Grossmann est actuellement diffusée sur Canal + Séries à 11h55.

Articles liés

  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021
  • Swag Dance Studio : l’école des profs de danse étrangers

    Créé en janvier dernier, le Swag Dance Studio emploie des personnes immigrées : expatriés, exilés avec ou sans papiers dans le cadre de cours ouverts aux adultes débutants. Une initiative qui a pour but de démocratiser l’accès à la danse, tout en changeant le regard porté sur la migration. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 29/09/2021
  • Sequenza 9.3 : initier et décomplexer la culture musicale dans les quartiers

    Sequenza 9.3 est un ensemble vocal lyrique qui tente de renouer le lien entre culture musicale et les populations issues des quartiers populaires en Seine-Saint-Denis. À travers de nombreuses initiatives, le collectif permet de faire découvrir le chant lyrique d’un côté, et légitimer le patrimoine culturel des habitants. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 22/09/2021