19 heures et des poussières. Trois filles et moi entrons dans la salle de cinéma sur présentation du carton d’invitation. Nous nous installons et tout autant que le visionnage du film, on attend tous la même chose : les « stars ». 20h05, elles arrivent. Frédérique Calandra, maire du 20e arrondissement de Paris, ou encore Jean Paul Huchon, président de la région Ile-de-France sont présents et adressent quelques mots de bienvenue à l’équipe du film, et même « la médaille du 20e ». Le grand absent, c’est Bertrand Delanoë, qui transmet tout de même « ses chaleureuses félicitations ».

Bon, le film, maintenant. Les lumières s’éteignent et dès que « Palme d’or » apparaît à l’écran, tout le monde se met à applaudir et on applaudira encore quand le titre du film fera son apparition ! Un sentiment de fierté se saisit de la salle, et puis il faut rappeler que cela fait plus de 20 ans que le Palme d’Or n’avait pas été française.

Le film commence, un plan sur la nuque de François (on sent d’entrée la patte d’un cinéaste indépendant !). S’ensuivent des scènes où on rit, d’autres où on se fâche. Des élèves aussi insupportables qu’adorables sont les acteurs de ce long-métrage. Des questions bêtes, des réflexions intelligentes, des pétages de plombs, des mots déplacés. Les préoccupations des profs (comment faire pour aider les élèves… la machine à café…) et aussi celles des élèves (« ça veut dire quoi intuition? » ou viré ou pas viré ?). Du conseil de discipline à la remise des bulletins, on parle de la vie de classe d’ « Entre les murs », ceux de l’école française.

Avant le film et en voyant arriver tous ces « élèves stars », j’avais les yeux qui brillaient. Pendant la projection, j’avais l’impression de retourner au collège et de faire partie de leur classe. Le film terminé et la standing ovation de la salle, j’ai été libérée de certaines de mes appréhensions. J’avais peur que les élèves jouent comme dans une série d’AB Productions et que les clichés fusent, mais on est assez loin de tout ça. Le film raconte une histoire sans en faire des tonnes. Et plus que l’histoire, j’ai retenu le naturel des acteurs. Ils crèvent tous, à leur manière, l’écran. Mon coup de cœur va à Franck Keïta, 17 ans, qui interprète à la perfection Souleymane, un élève au caractère bien trempé.

Il me raconte son aventure : « Il y a eu un casting au collège, j’y ai participé ! Après ça, on a tourné le film pendant les vacances d’été de 2006. Ça a duré trois semaines et ç’a été de l’improvisation pendant presque tout le film. » C’est presque incroyable, au vu de la qualité des interprétations des personnages. « Avant le tournage du film, comme pour beaucoup d’entre nous, je n’avais jamais joué la comédie ni fait de théâtre. Et puis quand j’ai vu le film pour la première fois, j’ai été surpris, ça faisait bizarre. »

Et Cannes alors? « C’était magnifique, poursuit Franck, on a rencontré Sean Penn qui a beaucoup aimé le film et même Robert de Niro, c’était magique – Ça te dit de continuer le cinéma? – Pourquoi pas, si c’est possible. » Il m’annonce qu’il est sur un projet mais rien de sûr. Déjà, la superstition du comédien. Esmeralda, 16 ans, était aussi au casting du film (c’est celle qui a un chignon sur l’affiche). Elle dit : « Oui, c’est sûr, le film m’a donné envie d’être actrice mais je n’ai encore eu aucune proposition, alors on verra. » Contrairement à elle, Boubacar, 17 ans, a déjà reçu une proposition, mais il précise : « Le cinéma n’est pas dans mes priorités, mais je reste ouvert à toute proposition. »

Tiens, on me prend pour une élève ayant participé au film… Direction le cocktail ! C’est l’occasion pour moi de rencontrer le rappeur Passi. Cette année, pas de Star Academy pour lui, mais promis, il ira voir le film dont il a raté la projection ce mercredi, et dont il a « entendu beaucoup de bien ».

Ce cocktail, c’est aussi l’occasion de rencontrer une vieille connaissance : Mr Muth, mon prof d’histoire-géo au lycée. On parle de ces trois années passées, de mes sales notes dans son cours et puis enfin : « Mais alors en tant que prof, comment avez-vous ressenti le film? – J’ai beaucoup aimé, mais il ne faut pas y chercher à tout prix la vérité, ça reste une fiction. Certains moments comme ceux de la salle des profs m’ont semblé moins proches de la réalité. – En quoi? – L’attitude des enseignants, leur langage et le coup du champagne, j’ai trouvé ça moyen mais en même temps ce n’est pas un documentaire, c’est un film et mis à part tout ça, j’ai beaucoup aimé le film. »

Après Passi et Mr Muth, j’entame une discussion avec Amandina, Florent et Aunica, qui sont respectivement la mère, le père et la cousine d’Angelica, autre « élève-star » du film. Ils sont tous les trois d’accord pour dire qu’ « Angelica est restée elle-même dans le film. Elle ne jouait pas, elle se récitait ». Le père en est encore ému, ajoutez à cela que c’est la première fois qu’ils voient le film. Kadiatou, 23 ans, une des filles avec lesquelles je suis rentrée au MK2 Gambetta, a aussi beaucoup apprécié le film : « Rien que le fait que ça ne se passe pas en banlieue retire le poids du cliché, ça change et c’est bien. Sinon, je pense vraiment que c’est une expérience qu’ils n’oublieront jamais et c’est vraiment quelque chose d’exceptionnel qui leur arrive à tous. »

Pour l’heure, « Entre les murs » n’a reçu que louanges. Le « vrai » verdict, celui du public, tombera à partir du 24 septembre, date de la sortie du film en salles.

Ndembo Boueya

Ndembo Boueya

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